LE BLE TENDRE FACE AU CHANGEMENT CLIMATIQUE. Par Bendidi A.(1), R. Dahan(1), K. Daoui(1), M. Ibriz(2), EL. Bouichou(1) et C.D. Khalfi(1)

Dr Abderrazak Bendidi, chercheur en agrophysiologie des céréales (URAPV - CRRA Meknès)

Dr Abderrazak Bendidi, chercheur en agrophysiologie des céréales (URAPV – CRRA Meknès)

Durant le vingtième siècle, le Maroc a connu 29 années de sécheresse, reparties sur plus de dix périodes (périodes de sécheresse généralisées et d’autres moins généralisées). En effet, la récurrence des années de sécheresse accentuée durant ces dernières années a eu des effets négatifs sur l’agriculture et par conséquent sur l’économie nationale. Donc, le défi de l’autosuffisance alimentaire ne peut être gagné, qu’en intensifiant la production agricole. Face à ce  changement climatique pouvant  bouleverser le paysage agricole, des efforts en matière de conduite technique optimale doivent être développés afin d’améliorer la production ; notamment la date de semis optimale et le choix judicieux des variétés du blé les plus efficientes.

 

Matériel et méthodes

Les essais ont été menés pendant deux campagnes agricoles successives (2011-2012 et 2012-2013) au niveau de deux stations expérimentales de l’INRA ; à Douyet (plaine du Saïs) et à l’Annoceur (Moyen Atlas). Les deux facteurs ayant été testés sont la date de semis et le génotype. Deux dates de semis ont été évaluées à chacune des deux stations ainsi que trois génotypes de blé tendre (Achtar, Mehdia et Arrehane) ont été semés.

Les dates de semis au niveau de la station expérimentale de Douyet ont eu lieu respectivement le 1er et le 15 novembre. Pour la station sise à l’Annoceur, les deux dates de semis ont été décalées d’un mois et ont eu lieu le 1er et le 15 décembre.

Résultats et discussion

La campagne agricole 2011-2012 a été relativement sèche avec une pluviométrie de 299 mm à Douyet et 385 mm à l’Annoceur. Tandis que la campagne 2012-2013 a été très pluvieuse avec 702 mm à Douyet  et 766 mm au niveau de la station expérimentale de l’Annoceur.

Fig1-Effets de la date de semis sur le rendement en grain en 2011-2012 et 2012-2013 au niveau de Douyet et de Annoceur

Fig1-Effets de la date de semis sur le rendement en grain en 2011-2012 et 2012-2013 au niveau de Douyet et de Annoceur

Les semis précoces (D1) ont permis une amélioration du rendement en grains pendant les deux années de l’étude et au niveau des deux sites par rapport au semis de saison (D2). Le gain moyen en année sèche a été de 2.22 qx ha-1 pour les deux sites. Alors que pour l’année pluvieuse, le gain de rendement à l’Annoceur a été plus important (3.83 qx ha-1) que celui enregistré à Douyet (2.56 qx ha-1). La température et la nature du sol de Douyet sont probablement à l’origine de ces différences. En effet, les Vertisols de Douyet conservent plus d’eau que le sol jeune de l’Annoceur. Il est à noter que la composante du nombre de grains par unité de surface a été la plus influencée par la date de semis. En effet, les semis précoces ont bénéficié de plus de précipitations pour l’élaboration de plus de grains par unité de surface.

Effet de la date de semis sur le blé tendre à Annonceur 2011-2012

Effet de la date de semis sur le blé tendre à Annonceur 2011-2012

Fig2-Effets du génotype sur le rendement en grain en 2011-2012 et  2012-2013 au niveau de Douyet et de Annoceur

Fig2-Effets du génotype sur le rendement en grain en 2011-2012 et 2012-2013 au niveau de Douyet et de Annoceur

Concernant le génotype, les analyses statistiques révèlent, pour les deux années et au niveau des deux sites expérimentaux, un effet hautement significatif de la variété sur le rendement en grain. La variété Achtar a enregistré le rendement en grain le plus faible avec une moyenne de 20.4 qx ha-1 à l’Annoceur et 26.3 qx ha-1 à Douyet, suivie respectivement par la variété Mehdia avec une moyenne de 22.84 qx ha-1 à l’Annoceur et 27.9 qx ha-1 à Douyet et la variété Arrehane avec une moyenne de 25.3 qx ha-1 à l’Annoceur et 31.0 qx ha-1 à Douyet.

Conclusion

Grâce au nombre de grains par unité de surface qui est la résultante du nombre d’épis par unité de surface et du nombre de grains par épi, les dates de semis précoces  du blé tendre correspondant au le 1er novembre à Douyet et au 1er décembre à l’Annoceur, ont enregistré des rendements en grain plus élevés par rapport aux dates de semis de saison réalisées respectivement le 15 novembre et le 15 décembre. L’ensemble des résultats obtenus montre l’intérêt des semis précoces en début de novembre au niveau de la région du Saïs et en début décembre au niveau du moyen Atlas. Un constat qui trouve son explication dans la diminution des précipitations liées aux changements climatiques qui frappent le monde en général et le Maroc en particulier.

Les résultats indiquent que pour le rendement en grain et pour toutes les autres composantes du rendement mesurées, la variété Arrehane (enregistrée au Catalogue Officiel marocain en 1996) a dépassé les deux autres variétés Mehdia (enregistrée au Catalogue Officiel marocain en 1993) et Achtar (enregistrée au Catalogue Officiel marocain en 1988) pendant les deux années de l’expérimentation et au niveau de deux sites et indépendamment des dates de semis. Ces résultats montrent qu’il y a un progrès génétique pour les variétés marocaines de blé tendre. Cependant, ce progrès génétique reste faible ne dépassant pas les deux quintaux par décennie.

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(1) : INRA Maroc

(2) : Faculté Ibn Tofail Kenitra.

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