PROPRIETES DU SOL DANS LES SYSTEMES DE CULTURES INTERCALAIRES DANS LE SAIS. Par Bouhafa K., L. Moughli, K. Daoui, A. Douaik et Y. Taarabt

Dr Karima Bouhafa, chercheuse en sciences du sol (URGDRNESR - CRRA Meknès)

Dr Karima Bouhafa, chercheuse en sciences du sol (URGDRNESR – CRRA Meknès)

La fertilité du sol est un facteur déterminant dans le raisonnement de la fertilisation d’une culture donnée. La fertilité d’un sol agricole est définie comme sa capacité à fournir aux plantes une nourriture équilibrée, d’une façon durable, pour des rendements satisfaisants. Le maintien d’une fertilité durable d’une terre de culture est conditionné par la nécessité de restituer au sol des matières organiques, à l’instar de la forêt qui  recycle en permanence les matériaux qu’elle produit (feuilles, petits branchages, racines), alimentant ainsi le système édaphique (humique) (David Sanchez).

C’est le cas des systèmes d’agroforesterie, une pratique qui consiste à produire entre les lignes des arbres des cultures herbacées. Elle est largement pratiquée par les oléiculteurs marocains surtout au niveau des oliveraies. En effet, l’étude de diagnostic que nous avons réalisée dans la région du Saïs a montré qu’environ la moitié (48.3 %) des vergers d’olivier enquêtés sont associés à des cultures intercalaires (Bouhafa et al., 2016). Lors d’une étude réalisée au Maroc sur ces systèmes associant l’olivier et les cultures annuelles, les agriculteurs ont indiqué que les interventions techniques (labour, fertilisation) concernent essentiellement les cultures annuelles faisant ainsi profiter la production des arbres de l’olivier (Daoui and Fatemi, 2014). Des chercheurs français ont rapporté également que les arbres des systèmes de cultures intercalaires pourraient notamment tirer parti de la fertilisation azotée dévolue aux cultures, soit en récupérant l’azote en profondeur après sa lixiviation, soit en prélevant la proportion appliquée directement dans la bande non cultivée (Dupraz et al., 1999a).

Ces interactions qui pourraient se produire entre les arbres de l’olivier et les cultures intercalaires, dans de tels systèmes de production, auraient certainement un impact sur la fertilité du sol au niveau de ces oliveraies. C’est dans cette optique que s’inscrit une étude que nous avons réalisé dans la région du Saïs traitant la variation de la fertilité du sol dans des vergers d’olivier associé à des cultures annuelles.

Cette étude a été réalisée au niveau de trois vergers d’olivier conduits en conditions pluviales, chez trois agriculteurs de la région de Douyet. Le choix des vergers étudiés a pris en considération la proximité entre les sites de l’étude et la représentativité de  trois cultures intercalaires différentes, les plus utilisées dans la région (blé, fève et pois chiche). Les vergers choisis sont caractérisés par le même âge (12 ans), la même densité de plantation (10*10 m2) et la même variété (Picholine marocaine). Le dispositif expérimental adopté est en blocs aléatoires complets avec quatre répétitions et le facteur étudié est la distance par rapport à la rangée d’arbres d’olivier. Après la récolte des cultures annuelles, des échantillons de sol ont été prélevés sur chaque mètre en allant d’un arbre d’olivier vers un autre (0, 1, 2, 3, 4, 5, 6, 7, 8, et 9 m) et dans la couche 0-30 cm afin de déterminer leurs niveaux de fertilité.

Les rendements en olives réalisés ont été de 1.7, 2.5 et 3 T/ha, respectivement, pour les oliviers associés au blé, à la fève et au pois chiche, montrant ainsi un effet positif des légumineuses sur le rendement en olives, en comparaison avec le blé. Cet effet bénéfique des légumineuses sur le rendement en olives pourrait être dû à l’importance, en termes de quantité et de qualité, des résidus des légumineuses par rapport au blé attribués à leur fixation biologique de l’azote. En plus, les légumineuses présentent une faible compétitivité par rapport à l’olivier suite à la nature de leur semis en ligne à au moins 0.5 m de la rangée d’olivier (Daoui and Fatemi, 2014). Sans oublier que leur cycle court ainsi que les pratiques du désherbage mécanique durant le mois de  février, pourraient permettre un meilleur stockage des eaux de pluies (Daoui et al., 2012).

L’étude de l’effet de la distance par rapport à la rangée d’olivier sur les paramètres mesurés de la fertilité du sol (nitrates, phosphore assimilable, potassium échangeable et matière organique) a montré des effets différents d’une culture intercalaire à l’autre. Pour le blé, le taux de la matière organique du sol est le seul paramètre qui a été affecté par cette distance. La teneur maximale du sol en matière organique a été enregistrée à proximité de l’arbre (distance 0).Au niveau de la parcelle de la fève, aucun des paramètres du sol mesurés n’a été affecté par cette distance. Par contre, au niveau de la parcelle du pois chiche, cette distance a affecté significativement la teneur du sol en nitrates. La teneur maximale a été enregistrée à 5 mètres de la rangée d’arbres d’olivier.

Figure 1 : Teneur du sol en nitrate en fonction de la distance de la rangée d'olivier dans les trois parcelles de culture intercalaire.

Figure 1 : Teneur du sol en nitrate en fonction de la distance de la rangée d’olivier dans les trois parcelles de culture intercalaire.

La figure 1 montre une teneur plus importante du sol en azote au milieu des allées et qui diminue en s’approchant des rangées d’arbres d’olivier. La même allure de la courbe a été observée pour la teneur du sol en nitrates dans la parcelle de la fève. Ce résultat a été rapporté également par des chercheurs au Canada (Rivest et al., 2008) qui ont trouvé que la teneur en azote minéral du sol a été plus élevée à 5 mètres qu’à 0 mètre de la rangée d’arbres de peuplier hybride à différentes dates d’échantillonnage du sol.

Cette étude a montré que la fertilisation du système olivier-cultures intercalaires doit tenir compte de l’espèce de la culture associée à l’olivier et de sa distance par rapport à la rangée d’arbres pour une utilisation efficiente de la fertilisation minérale.

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Bibliographie :

Karima Bouhafa, Lhoussaine Moughli, Khalid Daoui, Ahmed Douik and Younes Taarabt, 2015. Soil Properties at Different Distances of Intercropping in Three Olive Orchards in Morocco. International Journal of Plant and Soil Science. 7(4): 238-245, 2015.

Daoui, K., and Z. Fatemi, 2014. Agroforestry systems in Morocco: The case of olive tree and annual crops association in Sais region. Science, Policy and Politics of Modern Agricultural system. Publisher Spring Netherlands. 2014; 281-289.

Daoui, K., Z. Fatemi, A. Bendidi, R. Razouk, A. Chergaoui, A. Ramdani, 2012. Olive tree and annual crops association’s productivities under Moroccan conditions. In Book of abstracts first European Scientific Conference on Agriforestry in Brussels on October 9-12, 2012.

Dupraz, C., C. Fournier, Y. Balvay, M. Dauzat, S. Pesteur, and V. Simorte, 1999a. Influence de quatre années de culture intercalaire de blé et de colza sur la croissance de noyers hybrides en agroforesterie. Dans Actes du colloque de Clermont-Ferrand : Bois et forêts des agriculteurs. pp. 95–114. CEMAGREF, Antony, France. 1999a.

Rivest, D., A. Cogliastro, A. Vanasse, and A. Olivier, 2008. Production of soybean associated with different hybrid poplar clones in a tree-based intercropping system in south westerns Québec, Canada. Agric. Ecosyst. Environ. In press. 2008.

 

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