Edito. Par Ali Mamouni (Chercheur à INRA Meknès)

Ali Mamouni, chercheur en amélioration des arbres fruitiers (CRRA Meknès)

Ali Mamouni, chercheur en amélioration des arbres fruitiers (CRRA Meknès)

Au Maroc, l’agriculture continue à constituer le véritable moteur de croissance en représentant, selon le niveau pluviométrique des campagnes, 14 à 20% du PIB (l’équivalent de plus de 100 milliards de dirhmas/an). Une vaste superficie agricole utile (8,7 millions d’hectares) combinée avec un éventail climatique couvrant tous les étages bioclimatiques (du subhumide au saharien), ont permis le développement d’une riche diversité en systèmes de production se traduisant par une très large gamme de produits agricoles, allant des produits de première nécessité comme les céréales, les légumineuses et les huiles végétales, jusqu’aux produits destinés à l’exportation comme les agrumes et les primeurs en passant par les fruits et les légumes destinées à diversifier l’offre au niveau du marché national.

En dépit des efforts déployés par le ministère de l’agriculture depuis l’indépendance à travers des projets de développement dans les différentes régions du pays et des programmes d’encouragement au niveau national comme le Plan Maroc Vert, les céréales s’accaparent encore de plus de 50% de la superficie agricole (57% de la SAU). L’importante extension de la culture des céréales traduit la dominance du système de culture en bour qui s’étend sur 80% de la SAU et témoigne de la vulnérabilité de la production en raison des aléas climatiques notamment la faiblesse des niveaux pluviométriques. En considérant le faible niveau technique des agriculteurs marocains, et même en année pluvieuse, les rendements des céréales restent faibles à cause aussi de l’insuffisance, voire l’absence total d’intrants (engrais, herbicide et fongicide) dans de vastes périmètres de production. En conséquence, le Maroc n’arrive toujours pas à se passer des importations pour couvrir ses besoins en matière de céréales.

La reconversion des terres vers des cultures plus valorisantes (maraichage et arboriculture fruitière) exige un pouvoir d’investissement plus important, la disponibilité des ressources en eau et le développement d’une infrastructure de valorisation (conservation et transformation) suffisante pour prévenir le problème de la surproduction qui se traduit par la chute des prix. En plus de ces éléments, le savoir-faire requis par de tels projets reste primordial à produire et à transmettre aux agriculteurs.

Les programmes de recherche de l’INRA continuent à produire du savoir notamment au niveau génétique et agronomique. Pour hausser le niveau de la productivité de l’agriculture en général, les résultats de ces recherches doivent être transmis aux professionnelles par différentes voies dont l’INRA Meknès Magazine.

Dans ce numéro, le lecteur dispose de quatre sujets portant sur (i) Utilisation des marqueurs moléculaires dans la vérification de l’authenticité variétale : cas du figuier, (ii) Analyse et évaluation de la qualité des graines de tournesol marocain et espagnol, (iii) Intégration des marchés et transmission des prix : cas de la pomme et (iv) Effet du stress hydrique sur le développement végétatif et reproducteur de variétés d’olivier.

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Utilisation des marqueurs moléculaires dans la vérification de l’authenticité variétale : cas du figuier (Ficus carica L.). Par Dr Jamal CHARAFI, Chercheur en Biotechnologie et amélioration des plantes (CRRA Meknès)

Dr Jamal Charafi, Chercheur à l'URAPCRG du CRRA Meknès

Dr Jamal Charafi, Chercheur à l’URAPCRG du CRRA Meknès

La culture du figuier (Ficus carica L.), très ancienne et importante au Maroc, est cultivée dans différentes régions sous conditions environnementales contrastées. Le plan Maroc vert a tracé une politique de développement de figuier basée sur l’extension des superficies cultivées et la modernisation du secteur. Cette stratégie est confrontée au problème de disponibilité des plants authentiques et des variétés sélectionnées. Cependant, une grande diversité génétique et une richesse variétale de cette culture ont été mises en évidence par de nombreuses études au Maroc, surtout dans les agroécosystèmes des montagnes du nord. L’identification des génotypes par les agriculteurs se fait à travers des caractères morphologiques comme la taille et la forme du fruit et de la feuille, ainsi que la couleur de l’épiderme. De ce fait, la culture du figuier reste confrontée à un problème de confusion variétale, de synonymies et d’homonymies.  Les variétés qui sont largement cultivées au Maroc sont de type polyclonale et elles présentent des problèmes d’authentification.

L’amélioration de la production passe par le choix du matériel végétal performant et adapté. L’étude de la variation génétique intra-variétale est souvent confrontée à l’instabilité et au faible nombre de caractères phénotypiques discriminants.  La caractérisation moléculaire a été utilisée pour contourner ces problèmes et plusieurs types de marqueurs ont été adoptés dans l’authentification variétale et l’étude de la diversité intra-variétale.  Les marqueurs microsatellites (SSR) sont parmi les plus adaptés grâce à leur stabilité, polymorphisme élevé, codominance et reproductibilité. Continuer la lecture

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Performance et qualité des semences de cultivars de tournesols marocains et espagnols utilisés pour la grignotine ou graines de bouche. Par Dr Abdelghani NABLOUSSI et Mohamed El Fechtali

Dr Abdelghani Nabloussi, Amélioration génétique des oléagineux annuels, Coordinateur de l’URAPCRG - CRRA Meknès

Dr Abdelghani Nabloussi, Amélioration génétique des oléagineux annuels, Coordinateur de l’URAPCRG – CRRA Meknès

Environ 10% des graines de tournesol produites chaque année dans le monde sont utilisées à des fins non oléagineuses, principalement pour la confiserie et les grignotines (tournesol de bouche), ainsi que pour l’alimentation d’oiseaux et d’animaux de compagnie. Les graines de tournesol entrant sur les marchés non oléagineux proviennent à la fois de cultivars de type confiserie et de cultivars de type oléagineux. Les cultivars de type confiserie sont caractérisés par de grands achènes noirs (ou gris) et à rayures blanches et qui contiennent un pourcentage de coque élevé, alors que les cultivars de type oléagineux produisent des achènes noirs plus petits et à faible teneur en coques (Figure 1). L’Espagne est le plus grand importateur de graines de tournesol de confiserie en coque. Le pays a une longue tradition de les consommer comme grignotine, mais sa production nationale a chuté de manière drastique après son entrée dans l’Union Européenne  en raison de la politique agricole commune de cette dernière  qui limitait la subvention à la production de tournesol de type oléagineux. En revanche, la production a été maintenue à petite échelle, en se basant principalement sur les variétés locales. Les consommateurs espagnols exigent surtout des graines en coque de confiserie. La Turquie et la Chine sont aussi des pays dans lesquels on consomme beaucoup de graines de confiserie comme grignotines.  À l’inverse, les consommateurs d’autres pays, comme ceux de la région des Balkans, préfèrent les graines noires en coque, de type oléagineux. C’est également le cas du Maroc, où la plupart des graines de tournesol sur le marché local du tournesol de bouche sont de type oléagineux. 
La production de semences de type confiserie en plus des graines de type oléagineux pourrait être avantageuse pour les producteurs du tournesol dans notre pays. En raison de la disponibilité limitée des cultivars de confiserie, l’évaluation des cultivars espagnols est une approche intéressante pour initier la sélection de génotypes adaptés aux conditions environnementales locales marocaines. En conséquence, un travail de recherche fût réalisé afin d’évaluer et de comparer la performance et la qualité des graines d’un ensemble de variétés locales de tournesol de confiserie en provenance d’Espagne et de certains cultivars marocains actuellement utilisés à double fin, en tant que sources d’huile et comme graines de bouche. Continuer la lecture

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Effet du déficit hydrique sur le développement végétatif et reproducteur des variétés locales d’olivier. Par Hadiddou Amal et Mekaoui Abderrahman (INRA Meknès)

Amal Hadiddou, Chercheuse en amélioration génétique de l'olivier, INRA Meknès
Amal Hadiddou, Chercheuse en amélioration génétique de l’olivier, URAPCRG – CRRA Meknès

L’olivier est réputé pour sa tolérance au manque d’eau, toutefois cette tolérance s’accompagne d’une réduction de la production par rapport au potentiel de l’arbre. L’objectif de la présente étude est d’évaluer les effets du stress hydrique sur la productivité en suivant le développement végétatif et reproducteur de variétés locales d’olivier dans deux sites distincts.

Matériel et méthodes :

Il s’agit de deux collections installées en 2010 à Ain Taoujdate et à Tahla avec un matériel végétal constitué de Haouzia, Menara et huit génotypes issus de prospections dans les anciennes oliveraies du Maroc. Les deux essai sont constitués de 2 lignes chacun où chaque génotype étudié est représentés par 2 arbres. Ils reçoivent une conduite technique adéquate selon les conditions des deux milieux. Le site de Tahla est conduit en pluvial alors qu’à Ain Taoujdate les oliviers sont irrigués. Durant les quatre dernières années le suivi a concerné la croissance et le développement végétatifs, la floraison, la nouaison, le rendement en olives. Continuer la lecture

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Intégration des Marchés et Transmission des Prix : Cas des Pommes*. Par O. Elalaoui (ENA Meknès), A. Fadlaoui (INRA Meknès), A. Ibrahimy (ENA Meknès) & R. Arrach (DSS-MAPMDREF)

Ouahiba El Alaoui, Ingénieur Agro-Economiste

Ouahiba El Alaoui, Ingénieur Agro-Economiste

Objectifs & démarche

L’arboriculture fruitière a enregistré une croissance importante tant en superficie qu’en production. Toutefois, la commercialisation demeure un maillon faible pour cette filière comme en en témoignent les déclarations récurrentes des acteurs. Ces derniers dénoncent non seulement la responsabilité des intermédiaires, mais aussi l’organisation et la gestion des marchés qui sont encore régies par le dahir n° 1-62-008 du 7 février 1962 et l’arrêté d’application du ministre de l’intérieur du 22 mai 1962. En vue de doter les acteurs de connaissances chiffrées leur permettant de mieux ajuster leurs décisions, des recherches ont été initiées sur l’intégration des marchés et la transmission des prix. Celles-ci visent à : a) évaluer le degré d’intégration des marchés ; b) cerner l’évolution de l’intégration de ces marchés et c) analyser la nature, symétrique ou asymétrique, de la transmission des prix. La présence d’asymétrie est un signe révélateur de défaillance. Des marchés bien intégrés transmettent les baisses et les hausses des prix de la même manière.

L’analyse empirique a reposé sur des séries temporelles, des prix mensuels des pommes, collectées par la direction de la stratégie et des statistiques du ministère de l’agriculture sur la période allant de septembre 1993 à juin 2017. Ces dernières correspondent aux prix fréquents observés sur les marchés de gros. Cinq marchés ont été retenus, à savoir ceux de Meknès, Casablanca, Marrakech, Agadir et Oujda. Ce choix s’est basé sur la disponibilité de longues séries de données, la représentativité des régions de production, de consommation et de distribution ainsi que leur dispersion géographique. Le traitement des données s’est effectué moyennant les modèles économétriques de cointégration permettant de saisir comment se répercutent les changements des prix d’un marché sur un autre. 

Principaux constats relevés

Les statistiques descriptives des prix des pommes observées ont révélé des écarts entre les marchés excédentaires et ceux déficitaires. Les moyennes les plus basses ont été enregistrées sur les marchés de Casablanca et Meknès. Les marchés d’Agadir et de Marrakech ont affiché les moyennes les plus élevées. Les prix présentent des variations saisonnières assez prononcées imputables à la saisonnalité de l’offre (Figure 1). Continuer la lecture

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