REUSSIR UNE PRODUCTION DE FIGUES DESTINEE AU SECHAGE : DE LA PLANTATION A LA RECOLTE. Par Jamal Charafi, Rachid Razouk & Lahcen Hssaini.

Dr Jamal Charafi, Chercheur à l'URAPCRG du CRRA Meknès

Dr Jamal Charafi, Chercheur à l’URAPCRG du CRRA Meknès

La culture de figuier (Ficus carica L.) a pris de l’ampleur au Maroc depuis le lancement du Plan Maroc-vert. La superficie totale occupée par cette espèce est d’environ 61.500 ha pour une production de figues estimée à plus de 128 380 tonnes en 2018 (MAPMDREF, 2018).

La valorisation des figues est confrontée à plusieurs problèmes techniques. Les vergers à vocation figuicole sont absents ou rares et la plupart des plantations sont axées sur un matériel génétique hétérogène. Dans la majorité des cas, les arbres ne subissent aucune intervention culturale ou les traitements nécessaires. Ainsi, les agriculteurs maîtrisent peu les conditions nécessaires pour produire des figues destinées au séchage.

Le présent article décrit quelques principaux éléments à suivre pour réussir une production de figues de qualité valorisable par le séchage.

 I. Exigences pédo-climatiques

Le figuier s’adapte bien à une large gamme de sols, il se développe sur les sols lourds argileux et aussi sur les plus légers comme les sols sableux, mais préfère les sols limono-argileux (Roger, 2002). Pour un bon séchage, la culture du figuier est à privilégier dans des régions à faible hygrométrie avec un fort ensoleillement et des étés chauds et secs. Les températures de 32 à 37°C sont très favorables au développement et la maturité des fruits et l’arbre adulte peut résister jusqu’à -12°C (Oukabli et Mamouni, 2008).

II. Choix variétal

En plus du gros calibre, la couleur claire de l’épiderme est le premier caractère recherché par le consommateur et qui donne un aspect attirant chez les figues sèches. Les figues de couleur jaunâtre à verdâtre sont les plus aptes au séchage et donnent la couleur blanchâtre après cette opération. La peau fine est aussi un caractère important qui permet une déshydratation plus rapide pour les figues. Aussi, rester attaché à l’arbre jusqu’au début de desséchement est un bon paramètre de sélection variétale. Sans oublier qu’une teneur élevée en sucre est un caractère fortement corrélé avec l’aptitude au séchage et qui est favorisée par la caprification.

Les travaux de recherche de l’INRA ont permis de proposer à la profession et les pépiniéristes 5 types variétaux (2 Marocaines et 3 étrangères) qui présentent de très bonnes aptitudes au séchage (Figure 1). A l’exception de la variété Kadouta de type bifère, les quatre autres sont unifères et elles ont toutes des bons calibres qui varient de 30 g pour la variété « Col de dame blanche » jusqu’à 54 g pour le type « Nabout ». La couleur de leurs peaux varie du vert-jaunâtre au vert clair. La période de maturité est vers la fin du mois de juillet pour la variété Katoda, en début-août pour El Qouti et Col-de-dame-Blanche et vers la mi-août pour Nabout et Sarilope.

Figure 1. Variétés aptes au séchage recommandées par l’INRA

Figure 1. Variétés aptes au séchage recommandées par l’INRA

III. Densité, taille et architecture de l’arbre

Les arbres de figuier, dans un système de production destiné à la production de figues sèches, doivent être bien ensoleillés.  Une densité de 210 arbres par hectare est recommandée avec un espacement de 8 sur 6 m. Cependant, cette recommandation doit prendre en considération la topographie de la parcelle, la richesse du sol, le taux de précipitations et la disponibilité de l’eau d’irrigation.

Après l’installation des plantations, il est recommandé en deuxième et troisième année de procéder à des tailles de formation en hiver. Pour obtenir un arbre mono-tronc, il est suggéré de faire une incision du bourgeon apical sur une hauteur de 60 cm et laisser 4 à 5 yeux qui vont permettre de construire un figuier équilibré sous forme de gobelet. Chaque année, il convient d’effectuer une taille hivernale pour enlever le bois mort et aérer la frondaison. Pour préserver une forme moyenne des arbres, il est nécessaire d’éliminer, le plus près possible de la souche, les plus vieilles branches ayant porté des figues. Pour les variétés bifères, les figues fleurs poussent sur le bois de l’année précédente, il est donc conseillé de ne pas trop rabattre les branches pour ne pas affecter leur production.

III.1. Irrigation, fertilisation et protection phytosanitaire

Dans les régions classées comme « zone de bour favorable » le figuier peut survivre à la sécheresse sans arrosage, en particulier grâce à son système racinaire très développé. Toutefois, avec l’irrigation supplémentaire, le développement de l’arbre est plus rapide et plus important et la fructification est plus abondante. Après la plantation, les apports d’eau sont nécessaires pour permettre un bon maintien de l’arbre. Les besoins réels annuels sont de l’ordre de 600 mm, surtout au printemps et en début dété. Les arrosages doivent être espacés et copieux (Oukabli, 2003). Cependant, l’irrigation doit être réduite aux approches de la maturité afin d’obtenir des fruits riches en sucre et non éclatés.

Le figuier ne requiert pas de fortes doses de fertilisants. Dans le cas d’un sol moyennement pourvu en éléments minéraux, un apport annuel peut être de l’ordre de 100, 200, 250 unités respectivement d’azote, du phosphore et du potassium (Roger, 2002).

Au Maroc, généralement le figuier ne subit aucun traitement sanitaire et il est considéré comme un arbre rustique ne nécessitant pas beaucoup d’interventions. Or, il a été remarqué que plusieurs ennemis (maladies et ravageurs) peuvent entraver le déroulement de la production et causer des pertes quantitatives et qualitatives. L’agriculteur devrait être vigilant et utiliser les moyens de lutte appropriés.

III.2. Caprification

L’intérêt de la caprification est très connu surtout pour l’amélioration de l’aptitude des figues au séchage et pour l’obtention d’une bonne production. Cette technique est pratiquée à travers deux modes :

Le premier mode consiste à l’accrochement des caprifigues (figues de caprifiguier) sur les branches du figuier femelle à raison de plusieurs dizaines par arbre, au moment de la réceptivité qui dure deux à trois semaines. La période de réceptivité est déterminée par la couleur vert-claire des figues avant d’évoluer vers un vert-sombre (Oukabli et Mamouni, 2008). Avant de s’approprier des caprifigues, il faut s’assurer de leur qualité phytosanitaire, leur pouvoir pollinisateur et leur maturité.

Le deuxième mode est basé sur la plantation des caprifiguiers à la bordure de verger, du côté du vent dominant, ou les répartir dans le verger avec un sexe ratio de 1/15. Toutefois, il faut aussi s’assurer chez les caprifiguiers plantés de la concordance entre la période de la sortie des blastophages et la réceptivité des figues chez les plants femelles.

  III.3. Récolte

Pour la réussite du séchage, les figues doivent être récoltées au stade avancé de la maturité avec un début du flétrissement ou de séchage sur l’arbre. Durant la cueillette, il faut veiller à ne pas trop endommager les figues et éviter qu’elles tombent sur le sol qui peut être une source de saletés et de contaminations. Il est également préférable d’installer sous les arbres une sorte de support avec un filet ou des bâches en plastique ou en roseau sur une hauteur de 15 à 30 cm (Figure 2). Ces équipements doivent être rangés après la récolte et réutilisés pour les prochaines récoltes.

Figure 2. Système de récolte des figues destinées pour le séchage

Figure 2. Système de récolte des figues destinées pour le séchage

Conclusion

Pour obtenir une production qui est destinée à la production des figues sèches de bonne qualité, il est nécessaire de bien maîtriser tout le parcours de la figue depuis le choix variétal et l’installation des plantations jusqu’à la récolte. La réussite de tous les paramètres en plus de l’adoption des meilleurs procédés de séchage et de conditionnement va permettre l’amélioration des revenus des agriculteurs. Ainsi, la figue marocaine va être plus attractive dans le marché national et de conquérir plus de marchés internationaux

Références

Oukabli A. 2003. Le figuier : un patrimoine génétique diversifié à exploiter. MADER/DERD, PNTTA.

Oukabli, A, et Mamouni, A, 2008, Fiche Technique figuier (Ficus Carica L.), installation et conduite technique de la culture, Institut de la recherche agronomique, Maroc.

Roger J.P. 2002.  La Conduite Du Figuier Ficus Carica L. Famille Des Moracees Genre Ficus. Actes de la Journée Figuier -Potentialités et perspectives de développement de la figue sèche au Maroc. Meknès, 27 Juin 2002, 87p.

Ce contenu a été publié dans Agronomie, Arboriculture fruitière, Valorisation des produits de l'agriculture, avec comme mot(s)-clef(s) , , , , , , , , , . Vous pouvez le mettre en favoris avec ce permalien.

Les commentaires sont fermés.