Charaf Ed-dine Kassimi12, Rafik El Mernissi2, Ibtissame Guirrou1, Lhoussain Hajji2, Lahcen Hssaini1
1INRA CRRA Meknès URGRNSEQ. – 2FS UMI Meknès.

Alors que Ficus carica L. a traditionnellement suscité un intérêt prédominant pour son sycone comestible largement valorisé, les akènes (graines), illustrés en Figure 1, sont demeurés un constituant marginalisé, dont la caractérisation scientifique est restée lacunaire. Récemment, l’INRA, notamment le CRRA de Meknès, a accordé une attention particulière à l’exploitation et à l’étude des propriétés lipobiochimiques des akènes de figue. Ces travaux ont révélé la diversité chémotypique des cultivars et permis d’explorer la variabilité des profils lipidiques et biochimiques des graines ainsi que des huiles extraites, présentées en figure 2. Par ailleurs, une réévaluation conceptuelle suggère que cet élément, longtemps relégué au second plan, recèle un ensemble de composés bioactifs au potentiel intrinsèque significatif. Les études exploratoires récentes indiquent la présence de molécules susceptibles de moduler les processus métaboliques et physiologiques humains, ouvrant des perspectives inédites pour le développement d’approches thérapeutiques novatrices. Face à l’accroissement des recherches pharmacologiques orientée vers l’identification de nouvelles entités moléculaires capables de contrer l’incidence croissante des pathologies chroniques et des désordres métaboliques, les sources lipidiques mineures, historiquement sous-estimées, sont désormais reconnues comme des réservoirs précieux de principes actifs promoteurs de santé. L’huile extraite des akènes de figue constitue un exemple éloquent de cette revalorisation.
Le présent travail propose une investigation des propriétés biologiques de l’huile de graines de F.cariocas, avec un focus particulier sur l’influence du facteur du cultivar. L’approche repose sur une analyse chémotaxonomique comparative de plusieurs cultivars conduits dans des conditions de culture identiques, afin d’identifier des signatures chimiques génotype-dépendantes et de caractériser des chémotypes distincts susceptibles d’orienter le développement d’applications thérapeutiques ciblées.
Résultats

L’évaluation pharmacologique comparative des huiles d’akènes issues de dix cultivars de F. carica révèle une variabilité phénotypique substantielle dans l’expression des activités biologiques, témoignant d’une diversité génotype-dépendante des profils bioactifs. Les données expérimentales, illustrées en Figure 3, montrent des divergences significatives tant dans les capacités anti-inflammatoires que dans les potentialités antihyperglycémiantes et analgésiques, suggérant l’existence de signatures biochimiques spécifiques à chaque cultivar.

Concernant l’activité de stabilisation membranaire, évaluée in vitro par inhibition de l’hémolyse thermique, les valeurs de CI₅₀ s’échelonnent de 158,56 ± 10,21 μg/mL pour le cultivar Sucre Vert à 308,91 ± 4,92 μg/mL pour Noukali 2254, démontrant une amplitude proche du facteur deux. Le cultivar Dottato Perguerolles affiche également une performance remarquable (184,62 ± 4,13 μg/mL), se positionnant parmi les génotypes les plus prometteurs. À titre comparatif, l’indométhacine, utilisée comme contrôle pharmacologique positif, présente une CI₅₀ de 121,63 ± 6,75 μg/mL, établissant ainsi un référentiel d’efficacité pour les extraits naturels.
L’inhibition de la dénaturation de l’albumine sérique bovine, considérée comme un marqueur indirect du potentiel anti-inflammatoire protéique, révèle une hiérarchisation similaire des cultivars. Dottato Perguerolles se distingue par une activité optimale (CI₅₀ = 194,63 ± 5,88 μg/mL), surpassant significativement les autres génotypes, dont les valeurs atteignent 458,09 ± 6,70 μg/mL pour Noukali 2254. Cette corrélation entre les deux bioessais anti-inflammatoires suggère une cohérence mécanistique sous-jacente, vraisemblablement imputable à des constituants lipidiques aux propriétés stabilisatrices membranaires et protéiques convergentes.
L’activité antihyperglycémiante, appréciée par inhibition enzymatique, révèle un spectre d’efficacité allant de 274,84 ± 4,50 μg/mL (Dottato Perguerolles) à 429,71 ± 5,80 μg/mL (White Adriatic). Bien que tous les cultivars présentent des CI₅₀ supérieures au standard pharmacologique (indométhacine : 120,33 ± 3,70 μg/mL), la différenciation génotypique demeure statistiquement pertinente, Sucre Vert, Pingo de mel et Ournakssi 2214 affichant des performances intermédiaires (351,80 à 366,45 μg/mL).
Concernant l’activité analgésique périphérique, évaluée in vivo par le test des contorsions abdominales induites, les pourcentages d’inhibition varient de 42,73 ± 3,70 % (White Adriatic) à 70,49 ± 2,70 % (Dottato Perguerolles), ce dernier approchant l’efficacité de l’indométhacine (80,45 ± 3,55 %). Les cultivars Sucre Vert (67,98 ± 3,84 %) et INRA 2501 (64,19 ± 6,22 %) démontrent également des propriétés analgésiques substantielles, consolidant leur profil pharmacologique polyvalent. L’analyse intégrative met en exergue une performance globale différenciée selon les génotypes, comme le visualise la Figure 4. Dottato Perguerolles émerge comme le chémotype le plus performant, exhibant systématiquement les activités biologiques les plus prononcées à travers l’ensemble des bioessais, tandis que Noukali 2254 et White Adriatic se situent à l’extrémité inférieure du spectre d’efficacité. Cette dichotomie phénotypique souligne l’importance du patrimoine génétique dans la biosynthèse de métabolites secondaires bioactifs et conforte l’hypothèse d’une chémotaxonomie cultivar-dépendante, susceptible d’orienter une sélection variétale rationnelle à visée nutraceutique et thérapeutique.


Conclusion
Cette étude met en lumière le potentiel thérapeutique méconnu de l’huile extraite des graines de figue, souvent considérées comme un simple déchet. Les analyses révèlent des propriétés anti-inflammatoires, analgésiques et antidiabétiques significatives, dont l’intensité varie selon le cultivar étudié, le cultivar Dottato Perguerolles se distinguant par son efficacité supérieure. Ces résultats ouvrent des perspectives prometteuses pour la valorisation scientifique et économique d’une ressource naturelle marocaine jusqu’ici peu exploitée, au service de la santé publique.

