Prédiction du rendement du blé, de la biomasse et de l’indice foliaire par télédétection, machine learning et modèle APSIM : cas de trois parcelles dans la plaine du Saïs (Maroc)

Par Amal LABAIOUI(1),  Imane EL AMRANI(1,2)

1 : INRA CRRA Meknès – 2 : USMBA FST Fès

Ir Amal Labaioui, Chercheure (URGRNSEQ - CRRA Meknes)
Ir Amal Labaioui,
Chercheure
URGRNSEQ – CRRA Meknes

L’agriculture constitue un pilier majeur de l’économie marocaine, représentant près de 14 % du PIB national et assurant plus de 40 % des emplois, notamment en milieu rural (Touhtouh et al., 2015). Ce secteur joue un rôle essentiel dans la sécurité alimentaire du pays et dans la stabilité socio-économique des populations agricoles. Toutefois, sa forte dépendance aux précipitations et aux ressources naturelles rend la production particulièrement vulnérable à la variabilité climatique, au déficit hydrique et à l’élévation progressive des températures.

La plaine du Saïs, située au nord du Maroc, figure parmi les principales zones céréalières du pays. Malgré un climat favorable à la culture du blé, cette région a connu au cours des dernières décennies plusieurs épisodes de stress hydrique et thermique ayant affecté les rendements. Les sols y sont variés, dominés par des vertisols, sols fersiallitiques et calcimagnésiques, caractérisés par une bonne capacité de rétention en eau et un potentiel agronomique élevé (Bregaglio et al., 2014). L’agriculture locale repose sur un mélange d’exploitations modernes et de petites exploitations familiales, confrontées à des défis croissants liés à l’optimisation des pratiques culturales et à l’adaptation aux changements climatiques (Fofack et al., 2018).

Dans ce contexte, l’amélioration de l’estimation et de la prédiction de la performance du blé constitue un enjeu majeur pour la gestion durable des ressources et la prise de décisions agricoles. Les approches émergentes basées sur la télédétection, les modèles agronomiques et l’apprentissage automatique offrent des outils complémentaires permettant d’accéder à des informations spatialisées, dynamiques et plus précises.

L’objectif principal de cette étude est de développer et comparer différentes méthodes d’estimation du rendement, de la biomasse et de l’indice de surface foliaire (LAI) du blé au niveau de trois parcelles dans la plaine du Saïs à travers l’intégration de données satellitaires, de modèles agronomiques et d’algorithmes de machine learning.

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Premiers stades, grands enjeux : évaluer la tolérance du blé dur à la sécheresse précoce

Par Oumaima Rachik1, Abdelghani Nabloussi1, Loubna Belqadi2, Hafssa Kabbaj3, Moha Ferrahi4

1 : INRA CRRA Meknès. – 2 : IAV Hassan II – 3 : ICARDA Rabat – 4 : INRA DS Rabat.

Ir Oumaima Rachik, chercheure, Amélioration génétique des céréales, INRA CRRA Meknès
Ir Oumaima Rachik, Chercheure
Amélioration génétique des céréales
INRA CRRA Meknès

Le blé dur (Triticum turgidum ssp. durum) occupe une place stratégique dans la sécurité alimentaire mondiale et constitue, en région méditerranéenne, une culture fondamentale pour l’alimentation humaine. Pourtant, sa production est aujourd’hui menacée par la recrudescence des épisodes de sécheresse, l’irrégularité des précipitations et l’élévation des températures. Le Maroc, dont la culture reste majoritairement pluviale, se trouve particulièrement exposé à ces contraintes. Après plusieurs campagnes agricoles marquées par des déficits pluviométriques récurrents, la production céréalière nationale a connu de fortes fluctuations, atteignant en moyenne 11 millions de quintaux entre 2019 et 2025 (MAPMDREF, 2019–2025). Ce niveau représente une baisse de 54 % par rapport à la campagne favorable de 2017–2018, caractérisée par un cumul de précipitations de 400 mm et une récolte de 24,2 millions de quintaux (MAPMDREF, 2018). Ces fluctuations interannuelles de rendement ne reflètent pas uniquement la quantité totale de précipitations, mais également leur répartition au cours du cycle cultural. La campagne 2024–2025 illustre de manière particulièrement saisissante cette réalité, avec un automne et un hiver exceptionnellement secs repoussant l’arrivée des premières pluies jusqu’au mois de mars, aboutissant à une production nationale estimée à 10 millions de quintaux (AgriMaroc, 2025). Cette situation révèle l’ampleur d’une contrainte, qui est la sécheresse en début de cycle cultural. Quelles sont alors ses conséquences sur la culture du blé dur ?

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Situation phytosanitaire des blés et d’orge dans la région Fès-Meknès durant la campagne 2024/2025 : enjeux de changement climatique

Par Meriem Guartoumi El Idrissi et Abdellatif Benbouazza (INRA-CRRA Meknès)

Ir Meriem Guartoumi El Idrissi, Chercheure
Malherbologie
URPP – CRRA Meknès

Au Maroc, le secteur céréalier revêt une importance économique et sociale majeure. Il mobilise près de 70 % des surfaces cultivées en cultures annuelles et constitue la base de l’alimentation nationale (MAPMDREF, 2020). Malgré cette importance, la production reste déficitaire en raison de l’accroissement démographique de la population et de la baisse des récoltes (Khanfri et al., 2018). Cette insuffisance résulte du cumul de plusieurs contraintes abiotiques, dont les aléas climatiques (Langridge et al., 2022). A cela, s’ajoute l’effet des contraintes biotiques, notamment les maladies, les mauvaises herbes et les ravageurs, dont les maladies fongiques constituent la principale menace pour la filière en causant des pertes massives et destructrices (Tadesse et al., 2024 ; Dehbi et Lahlali, 2024). Au Maroc, les rouilles (jaune, brune et noire), l’oïdium, la septoriose et la rhynchosporiose de l’orge comptent parmi les maladies les plus fréquentes, dont la prévalence et la sévérité varient selon la zone agro-écologique, les conditions agroclimatiques, les stades de développement des cultures et la sensibilité variétale (Bozalmat et al., 2024).

A l’échelle régionale, la zone Fès‑Meknès, s’impose comme un pôle agricole majeur du pays, distinguée par l’importance de ses cultures céréalières (blé tendre, blé dur et orge), qui contribuent significativement à la sécurité alimentaire. Durant la campagne 2024/2025, la superficie emblavée est de l’ordre de 640 611 hectares, dominée par le blé tendre, suivi du blé dur et de l’orge (311 026 ha ; 167 590 ha ; 161 995 ha respectivement) avec une contribution respective à la production de 52 %, 28 % et 20 % (DRA, 2025). Dans son contexte climatique, la région se caractérise par une diversité des zones agroclimatiques, offrant des environnements propices pour le développement et la propagation des maladies fongiques des céréales. En effet, les contrastes climatiques entre les plaines et les zones de piémont, combinés à la variabilité des pratiques culturales et du matériel végétal utilisé, influencent fortement la sévérité et la prévalence des maladies. En 2019, les taux d’infection les plus élevés ont été observés à Saïss, Tadla et dans le Moyen Atlas, dont la situation a enregistré des pertes moyennes de rendement de 20 % et 10 % sur les champs de blé tendre et de blé dur, respectivement (El Jarroudi et al., 2020). Le changement climatique et l’intensification des échanges commerciaux favorisent l’émergence de souches pathogènes plus virulentes et l’extension des zones à risque phytosanitaire, soulignant l’importance de cultivars résistants et de pratiques agricoles durables (Bozalmat et al,. 2024 ; Chakraborty et Newton 2011).

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Réaction de génotypes de colza au déficit hydrique sous différentes conditions environnementales

Abdelghani Bouchyoua1,2 & Abdelghani Nabloussi1

1 : INRA CRRA Meknès – 2 : USMBA UPD Taza

Abdelghani Bouchyoua,
PhD student INRA CRRA Meknès / USMBA UPD Taza

La sécheresse constitue l’une des principales contraintes abiotiques pour la production du colza dans les régions méditerranéennes semi-arides, où la variabilité interannuelle des précipitations et l’élévation des températures compromettent fortement la stabilité des rendements, en particulier durant les stades reproductifs (Dietz et al., 2021). Cette problématique est particulièrement préoccupante au Maroc, où les effets du changement climatique se traduisent par une augmentation de la fréquence et de l’intensité des sécheresses, une baisse progressive des précipitations et une aggravation du stress hydrique. Depuis les années 1970, le pays a connu plus de vingt années de sécheresse, tandis que les ressources en eau disponibles par habitant sont passées de près de 2 500 m³ en 1960 à moins de 650 m³ actuellement. Cette situation affecte fortement l’agriculture marocaine, qui contribue à environ 13–14 % du PIB national et demeure largement dépendante des précipitations, notamment dans les zones semi-arides où sont concentrées les principales cultures pluviales. Le colza (Brassica napus L.), deuxième culture oléagineuse mondiale après le soja, a dépassé 91 Mt de production en 2023 et se distingue par la richesse de ses graines en huile (42–45 %) et en protéines (environ 35 %), ce qui lui confère un intérêt alimentaire, industriel et énergétique majeur (FAOSTAT, 2025).

Au Maroc, cette culture présente également un intérêt stratégique dans le cadre du développement de la filière oléagineuse nationale et de la réduction de la dépendance aux importations d’huiles végétales. Toutefois, sa production reste fortement limitée par l’irrégularité des précipitations et la récurrence des épisodes de sécheresse. Les phases de floraison, de formation des siliques et de remplissage des graines sont particulièrement sensibles au déficit hydrique, car elles déterminent directement les composantes du rendement ainsi que l’accumulation finale de biomasse et d’huile. Même un stress hydrique de courte durée peut provoquer l’avortement des fleurs, réduire le nombre de siliques, limiter le remplissage des graines et entraîner des pertes de rendement pouvant atteindre 30 % (Zamani et al., 2025). Dans ce contexte, l’amélioration de la tolérance du colza à la sécheresse aux stades reproductifs constitue un enjeu majeur pour sécuriser la production dans les systèmes pluviaux méditerranéens. Dans la continuité des travaux antérieurs de notre équipe (Bouchyoua et al., 2024; Bouchyoua et al., 2025; Bouchyoua et al., 2026) ayant identifié et sélectionné certains génotypes prometteurs tolérants au stress hydrique en conditions contrôlées, durant la germination et la levée, la présente étude vise à évaluer en plein champ et dans plusieurs environnements contrastés les performances agronomiques ainsi que les réponses physiologiques et biochimiques des génotypes sélectionnés, afin de confirmer leur tolérance à la sécheresse et la stabilité de leurs performances depuis la phase végétative jusqu’à la maturité physiologique.

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Le carpocapse des pommes et des poires (Cydia pomonella L.) : entre résistance aux insecticides et alternatives biologiques émergentes

Dina Akroute et Salma El Iraqui El Houssaini (INRA Meknès)

Dina Akrout, PhD Student CRRA Meknès-FS Kenitra
Dina Akrout, PhD Student INRA CRRA Meknès – UIT FS Kenitra

Lors de nos missions dans plusieurs vergers de la région de Meknès, ainsi qu’au cœur des zones de production de pommier à Midelt, nous avons constaté l’ampleur du problème : des dégâts importants persistent malgré des traitements répétés, et les agriculteurs se montrent inquiets face à l’inefficacité apparente de certaines interventions. Ces constats soulèvent des questions essentielles : la résistance serait-elle déjà présente au Maroc ? Que signifie exactement la résistance ? Quels sont les mécanismes sous-jacents ? Comment évolue-t-elle ? Autant de questions qui ont attisé notre curiosité scientifique et nous ont poussés à approfondir nos investigations. La résistance aux insecticides reflète l’évolution accélérée par sélection naturelle. En d’autres termes, dans une population de carpocapse, certains individus possèdent naturellement, par mutation génétique, des caractéristiques les rendant moins sensibles à un insecticide donné. Lorsqu’un traitement est appliqué, la majorité des insectes meurent, mais certains individus « résistants » survivent. Ces quelques survivants se reproduisent et transmettent leurs gènes de résistance à leur descendance. Génération après génération, la proportion d’individus résistants augmente dans la population d’autant plus que le carpocapse est caractérisé par un polyvoltinisme: il produit 3 à 4 générations par an selon les régions, et cette reproduction rapide accélère considérablement la sélection des individus résistants.

Un bon rendement, une production de qualité et un profit élevé constituent les principales préoccupations des exploitations agricoles marocaines. Pour atteindre ces objectifs, elles explorent diverses méthodes de gestion et de protection des cultures. Le secteur de la pomiculture n’échappe pas à cette tendance : pour se protéger du carpocapse, un petit papillon aux dégâts considérables et à la biologie complexe, les producteurs se tournent massivement vers les insecticides. L’effet « knock-down » de ces produits répond bien aux attentes économiques, mais leur utilisation reste trop souvent excessive, et cette dépendance chimique devient préoccupante.

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