Irrigation déficitaire contrôlée de quelques rosacées fruitières à noyau. Par Razouk Rachid et Kajji Abdellah (URAPV – CRRA Meknès)

Rachid Razouk, Agrophysiologie des arbres fruitiers et de l’olivier (URAPV - CRRA Meknès)

Rachid Razouk, Agrophysiologie des arbres fruitiers et de l’olivier (URAPV – CRRA Meknès)

Considérant les changements climatiques, l’agriculture marocaine est de plus en plus soumise à des conditions de sécheresse prononcées, notamment en périodes printanières et estivales, provoquant un stress hydrique important et imposant l’optimisation de l’irrigation déficitaire des parcelles pour des rendements sécurisants et peu variables. L’une des techniques d’optimisation de ce type d’irrigation, pouvant être utilisée en arboriculture fruitière, est l’irrigation déficitaire contrôlée « Regulated deficit irrigation (RDI) ». Cette stratégie prévoit l’application de restrictions hydriques raisonnées aux stades moins critiques de croissance et développement des cultures. Notons que le concept de RDI a été proposé la première fois en 1981 en Australie pour contrôler la croissance excessive des pousses en vergers de pêcher. Les essais menés sur cette rosacée ont fait ressortir que cette technique peut générer une économie d’eau d’irrigation sans réduction significative du rendement.

Chez les rosacées fruitières à noyau en pleine production, les périodes moins critiques correspondent généralement aux phases de ralentissement de la croissance des fruits, durant lesquelles l’application de restrictions hydriques raisonnées pourrait augmenter leur efficience d’utilisation de l’eau et améliorer la qualité des fruits sans réduire de manière significative les niveaux de rendement. Dans ce contexte, des restrictions hydriques ont été testées pendant trois années consécutives (2011-2013) au domaine expérimental d’Aïn Taoujdate de l’INRA sur trois espèces ayant des besoins hydriques différents : pêcher cv. JH Hall (espèce exigeante en eau), amandier cv. Tuono (espèce moins exigeante en eau) et prunier cv. Stanley (espèce intermédiaire) durant les périodes de ralentissement de la croissance du fruit correspondant au stade II du développement du fruit chez le pêcher, aux stades II et la phase finale du stade III chez le prunier et aux stades II et III chez l’amandier. Ces stades ont été identifiés préalablement par suivi hebdomadaire de la croissance des fruits. Les niveaux de restrictions hydriques testés étaient: 50% et 75% de l’évapotranspiration calculée de la culture (ETc) en comparaison avec une irrigation répondant aux besoins réelles de la culture (100% de l’ETc). La réponse des arbres a été relevée sur des paramètres de production, de croissance végétative et de qualité des fruits ainsi que des paramètres physiologiques (potentiel hydrique, contenu relatif en eau, conductance stomatique, température foliaire, teneur en proline, concentration des pigments chlorophylliens a et b). Ces dernières ont été suivis au cours et en dehors des restrictions hydriques d’une part afin de pouvoir expliquer les variations de la réponse agronomique des trois rosacées aux restrictions hydriques appliquées et d’autre part d’évaluer la réponse de certains paramètres physiologiques vis- à- vis de la contrainte hydrique.

Essai d'irrigation déficitaire contrôlée sur pêcher, prunier et amandier au Domaine Expérimental d'Ain Taoujdate (CRRA Meknès)

Essai d’irrigation déficitaire contrôlée sur pêcher, prunier et amandier au Domaine Expérimental d’Ain Taoujdate (CRRA Meknès)

Les résultats ont montré que l’effet des restrictions hydriques a varié en fonction de l’espèce. La réduction de la dose d’irrigation pendant la période de ralentissement de la croissance du fruit peut aller jusqu’à 50% de l’ETc pour le prunier et l’amandier et uniquement 75% de l’ETc pour le pêcher sans affecter significativement les niveaux des rendements. L’application sévère chez le pêcher (50% de l’ETc) induit une diminution de 21% du rendement. La réduction du rendement chez cette espèce, relativement exigeante en eau, a été liée à la diminution du calibre des fruits puisque la restriction hydrique a été appliquée après la nouaison. L’effet des restrictions hydriques sur la qualité du fruit a varié également suivant l’espèce. La qualité des pêches a été améliorée dès la première année avec une augmentation de l’indice réfractométrique et une diminution de l’acidité. Chez l’amandier, la qualité des amandons n’a pas été affectée par la restriction 75% de l’ETc. Cependant, sous la restriction 50% de l’ETc, la qualité physique des amandons a été légèrement affectée, par une augmentation significative du relief des rides épidermiques. Sur le plan végétatif, les restrictions appliquées n’ont pas affecté la surface foliaire, mais le nombre des feuilles a été réduit par limitation de la croissance des pousses. Cependant, le suivi des paramètres physiologiques ont montré que l’état hydrique des trois espèces a été affecté par les restrictions hydriques, mais dont l’effet a été réversible dès le retour à l’irrigation normale (100% de l’ETc). Le potentiel hydrique minimum et le contenu relatif en eau ont été les indicateurs les plus fiables pour l’évaluation du niveau du stress hydrique en raison de leur sensibilité instantanée aux restrictions hydriques.

En conclusion, les résultats obtenus montrent qu’il est possible d’optimiser l’irrigation déficitaire de ces trois rosacées fruitières par la réduction de la dose d’irrigation pendant la période de ralentissement de la croissance des fruits tout en maintenant une irrigation normale répondant aux besoins réelles de la plante durant les périodes de croissance rapide des fruits. La réduction de la dose d’irrigation pendant cette période de ralentissement peut aller jusqu’à 50% de l’ETc pour le prunier et l’amandier et jusqu’à 75% de l’ETc pour le pêcher sans affecter significativement les niveaux des rendements. En outre, ces restrictions hydriques permettent de limiter la croissance excessive des pousses et d’améliorer considérablement la qualité des fruits, notamment par l’augmentation du rapport « sucres/acides » et la concentration de certains solutés important sur le plan nutritionnel tels les polyphénols. Il est à noter également que pendant la période de l’application des restrictions hydriques, la concentration des pigments chlorophylliens ainsi que l’équilibre hydrique de ces trois espèces pour trois paramètres (le potentiel hydrique foliaire, la conductance stomatique et le contenu relatif en eau foliaire), ont été considérablement affectés. Ces effets dépressifs observés suite à l’application des restrictions hydriques imposent une étude plus poussée sur plusieurs années afin de mieux cerner la réponse de la plante et éviter ainsi d’affecter sévèrement la croissance végétatives sur le long terme.

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