Caractérisation de la dormance de génotypes locaux d’abricotier. Par A. Mamouni, A. Oukabli et A. Mekaoui (CRRA Meknès)

Ali Mamouni, Chercheur en amélioration génétique des arbres fruitiers, Chef du SRD - INRA Meknès

Ali Mamouni, Chercheur en amélioration génétique des arbres fruitiers, Chef du SRD – INRA Meknès

L’abricotier cultivé (Prunus armeriacaL.) a évolué à travers le temps pour constituer plusieurs groupes (ou phylums) adaptés à des conditions climatiques distinctes. Les besoins en froid ont conditionné la répartition écologique des différents phylums. Au Maroc, le matériel végétal d’abricotier qui fut introduit à partir du phylum Irano-Caucasien aurait acquis un pouvoir d’adaptation aux conditions arides et semi-aride. L’introduction, au 19ème siècle, de nouvelles variétés étrangères (Canino, Delpariarca) a permis d’élargir la base génétique par le brassage naturel avec le matériel végétal local.

L’objectif de ce travail concerne la caractérisation de la dormance chez des génotypes locaux d’abricotier en vue de vérifier l’hypothèse que la sélection locale a été orientée vers le caractère «faibles disponibilités en froid».

Le matériel végétal étudié est constitué de 15 génotypes, issus de prospections dans différentes régions oasiennes du sud marocain où l’abricotier est multiplié par semis. Ces génotypes (Rtil4, RK2, Gay2, Marou4, Marou16, V18, Outat2, Boum A4, KMG6, SKT1, SKH1 AgdezA8 et Guer2) représentent les localités prospectées (Guersif, OutatElhaj, Missour, Rich, Boumalene Dades, Kalaat Meggouna, Sekkoura et Zagora) et les deux variétés anciennement introduites au Maroc (Del Patriarca et Canino). Ce matériel a été greffé sur le semis de Mech-Mech et installé, depuis l’année 2000, en collection ex situ au Domaine expérimental d’Aïn Taoujdate (550m d’altitude et 400 mm de pluviométrie).
Les modèles Weinberger (Weinberger, 1950) et Utah (Richardson, 1974) ont été utilisés pour calculer les quantités de froid à partir du mois d’Octobre de l’année (n) jusqu’à la fin du mois de Février de l’année (n+1).

La caractérisation de la dormance a été approchée par le test biologique de bouture de nœuds et appuyée par des observations phénologiques. Les besoins en froid de la population d’abricotier, ont différé selon le modèle d’estimation utilisé. Ils ont été plus élevés pour le modèle Utah en comparaison avec celui de Weinberger. Le même ordre de différence a été obtenu chez d’autres variétés d’abricotier étudiées en Espagne (Ruiz D, et al ; 2007). La variabilité a été plus élevée pour le modèle Utah dans les conditions marocaines alors qu’elle l’a été pour le modèle Weinberger en Espagne. La classification des génotypes, selon les deux modèles est quasi similaire pour les deux approches mais le modèle Weinberger semble être plus adapté aux conditions marocaines. Considérant le classement des variétés en fonction de leurs besoins en froid, tous les génotypes étudiés y compris Canino et Del Patriarca sont à faible besoin en froid du fait que les valeurs obtenus sont dans tous les cas inférieures à 600 UF (Ruz D et al., 2007). Selon le modèle Weinberger, les besoins en froid de la population locale d’abricotier se sont situés entre 131 et 319 HF (fig. 1) et entre 303 et 523 UF (fig 1). Ces besoins paraissent être plus faibles par rapport à d’autres variétés comme Bergeron, Orange Red, et Currot, conduites au sud de l’Espagne (Ruiz D, 2007). Ces résultats confirment la classification de Faust et al (1996) qui considère que le phylum nord africain est à faible besoin en froid. La sélection, exercée par les agriculteurs marocains, a donc favorisé les génotypes ayant de faibles besoins en froid. A l’exception des variétés Canino et Delpariarca, l’introduction d’autres variétés européennes n’ont pas connu de succès au Maroc. L’inadaptation variétale chez l’abricotier, due au manque de froid, se manifeste par une faible productivité, une croissance insuffisante, des irrégularités au niveau de l’induction et de la différenciation florale et l’avortement floral.

Comparativement à d’autres rosacées fruitières comme le pommier et le cerisier où la dormance profonde est précédée par un préalable, l’abricotier perd d’une manière continue les capacités de croissance pour entamer la phase de dormance hivernale qui se prolonge jusqu’à la fin de janvier où les basses températures sont continues. En effet, les mois de Décembre et Janvier étaient, indépendamment des années, les plus efficaces dans l’accumulation des températures froides pour la levée de la dormance chez l’abricotier (fig 1). Le mois de février a apporté un supplément en froid sans qu’il soit déterminant dans la levée de la dormance dans le contexte de notre étude.

Figure 1 : Unités froides accumulées selon les 2 modèles pour 2007/2008 (A) et 2011/2012 (B) au niveau du site expérimental AïnTaoujdate

Figure 1 : Unités froides accumulées selon les 2 modèles pour 2007/2008 (A) et 2011/2012 (B) au niveau du site expérimental AïnTaoujdate

A partir de Février, la dormance s’élimine rapidement contrairement au pommier où cette élimination est progressive sous des conditions climatiques similaires. L’élimination facile de la dormance apparaît bien liée à la faiblesse des besoins en froid.
Les observations phénologiques ont d’ailleurs montré que le débourrement au champ s’est déroulé dès le début de ce mois et que la floraison a été groupée sur deux semaines. Cette floraison, relativement précoce et groupée dans le temps, traduit une satisfaction des besoins en froid de l’ensemble des génotypes. Elle corrobore les résultats du test de bouture de nœud utilisé pour évaluer les besoins en froid des différents génotypes
Cette étude montre donc l’adaptation des génotypes locaux aux conditions climatiques marocaines et que les génotypes sélectionnés à partir de cette population pourraient être plantés dans toutes les régions marocaines les disponibilités en froid sont inférieurs à 400UF selon le modèle Weinberger.

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