
El Houssain Bouichou, PhD student, Technicien au CRRA Meknès
L’entrepreneuriat, option stratégique pour la promotion de l’emploi des jeunes, constitue une solution attrayante pour les jeunes ruraux diplômés à travers l’auto-emploi porteur de création d’activité, de valeur et d’amélioration de la productivité ainsi que de croissance économique par voie de conséquence.
La problématique du développement rural a été longtemps marquée par une mobilisation incomplète des opportunités locales dans le milieu rural et ce malgré l’existence de potentialités importantes en matière de création d’activités économiques insuffisamment exploitées. On assiste à une saturation des activités agricoles classiques, essentiellement dans l’agriculture familiale et communautaire qui constitue la plus grande source de revenu et un moyen de stabilité pour la grande majorité des foyers ruraux comptant avec la dynamique amenée tout particulièrement par le Plan Maroc Vert.
Pour alimenter cette réflexion, il convient d’examiner de plus près les déterminants des intentions entrepreneuriales déclarées par les jeunes ruraux et d’évaluer leur esprit d’entreprendre. C’est dans cette optique qu’a été menée une enquête au niveau des communes rurales de la préfecture de Meknès auprès de 90 jeunes diplômés, dont 70 jeunes hommes et 20 jeunes femmes avec une moyenne d’âge de 33 ans. Ces jeunes ont été approchés par un questionnaire et par des observations directes. Les données collectées ont été traitées moyennant une analyse descriptive et l’Analyse Factorielle des Correspondances Multiples (AFCM).
Raisons de création d’entreprises par des jeunes ruraux et sources de financement :
En ce qui concerne les motivations du jeune entrepreneur, nous nous sommes intéressés à sonder les raison qui incitent des jeunes à devenir entrepreneurs. À travers les résultats de l’enquête, nous avons fait ressortir 7 modalités associées aux motivations (figure 1).

Figure 1 : Motifs de création d’entreprise chez les jeunes diplômés enquêtés (Bouichou et al., 2017)
Plusieurs mobiles déterminent le comportement fondateur d’entreprises par des jeunes ruraux. Les opportunités qui existent en milieu rural est la raison la plus avancée par les jeunes enquêtés avec un pourcentage de 33%, ce qui explique l’importance de la politique publique en matière de développement rural et agricole. Il s’agit en l’occurrence de l’INDH et du PMV qui ont joué un rôle vulgarisateur et mobilisateur des opportunités de l’entreprenariat en zones rurales. En second lieu, vient la motivation financière qui représente un déterminant important pour les jeunes créateurs dans la mesure où elle a été citée par 19% des enquêtés, .Ceci qui montre que le gain d’argent et l’amélioration de la situation financière des jeunes entrepreneurs constituent des facteurs motivantleur aventure entrepreneuriale. Finalement, l’environnement familial en tant que motivation de création n’a pas négligeable pour 15% des enquêtés.
Cette étude de l’acte entrepreneurial des jeunes s’inspire du modèle intégré de Gnyawali et al (1991*). Elle confirme que la question du financement constitue la principale source de vulnérabilité des jeunes ruraux qui peinent à mobiliser les capitaux de départ pour la concrétisation de leur désir d’entreprendre. En effet, la principale source de financement citée par 47 % réside dans (figure 2) ; un constat qui va dans le sens de la plupart des études et enquêtes réalisées dans ce domaine et qui certifient suggèrent que l’autofinancement est le moyen le plus sain parmi les moyens de financement. La deuxième source de financement non moins importante, est le au recours aux activités soutenues par l’INDH. Le soutien financier des projets portés par les jeunes reste une source de financement capital pour 24 % des jeunes entrepreneurs enquêtés. Et finalement, l’appui apporté par les projets du Plan Maroc Vert constitue une source de financement pour 13% des enquêtés. Il s’agit notamment de la mise en place des exploitations de production agricole et agroalimentaire.

Figure 2 : Origine du finacement des projets des jeunes enquêtés (Bouichou et al., 2017)
Contraintes de promotion de l’esprit d’entreprise chez les jeunes ruraux
Les jeunes ruraux entrepreneurs se trouvent confrontés à une multitude de contraintes de différents ordres dans le cadre du développement de leurs projets. Les résultats (figure 3) montrent que pour 34% des 50 jeunes non-entrepreneurs enquêtés l’absence le foncier se révèle comme une principale contrainte pour faire émerger un entreprenariat agricole et rural. À cet égard, les jeunes ruraux ont besoin du foncier pour créer leurs micro-entreprises et ce serait d’autant plus motivant s’ils pouvaient trouver des terres en location. En effet, le foncier devrait être recherché hors du cadre familial afin d’envisager le montage de la jeune entreprise sur des bases innovantes, bien raisonnées et solides.
Pour 26 % des jeunes enquêtés, le manque de financement demeure frein à la création d’entreprises. Ces résultats montre que ces deux problèmes en tant que contraintes majeures dans la mesure où elles ont été citées en premier lieu par 30 jeunes non-entrepreneurs enquêtés soit 60 %.Au-delà des contraintes majeurs cités par en enquêtés, d’autres ont été citées ,comme le manque d’expérience, l’appréhension du risque, le manque d’accompagnement…et qui expliquent l’inhibition des jeunes ruraux face au développement d’un projet.
8% des jeunes non-entrepreneurs enquêtés accusent l’absence de structures d’appui et d’accompagnement comme incubateurs pour l’encadrement des porteurs de projets en tant qu’obstacle pour l’entreprenariat rural des jeunes. Néanmoins, certaines initiatives publiques offrent de nouvelles opportunités aux jeunes à l’image des appels d’offres lancés par l’Agence pour le Développement Agricole (ADA) dans le cadre du programme de Partenariat Public-Privé (PPP) consistant en la location des terrains agricoles. De telles mesures peuvent certainement favoriser le rapprochement des jeunes ruraux diplômés de la catégorie d’entreprenariat à succession naturelle.

Figure 3 : Principales contraintes d’entrepreneuriales chez jeunes non entrepreneurs enquêtés (Bouichou et al., 2017)
Conclusion
Malgré les efforts de l’état pour encourager et faciliter la culture entrepreneuriale, les résultats restent en deçà des attentes et ce pour de multiples raisons. Premièrement, l’esprit d’entreprendre peine à trouver sa place chez les jeunes ruraux. En second lieu, il y a la prédominance de l’idée stipulant que le fonctionnariat est l’unique réussite sociale pour gagner sa vie et pour une meilleure insertion socioprofessionnelle des jeunes diplômés. Et finalement, les mécanismes publiques mis en placent peinent à se positionner en mesures réellement efficaces pour soutenir les initiatives entrepreneuriales en zones rurales.
L’entrepreneuriat des jeunes ruraux fait face à plusieurs contraintes entre autres la difficulté d’accès au capital foncier, au financement et à la formation en entrepreneuriat. L’accès des jeunes aux facteurs de production, particulièrement au foncier et au financement, serait un puissant moteur de l’émergence de l’entrepreneuriat. Cette étude montre également l’intérêt de saisir les différentes opportunités qui s’offrent aux jeunes ruraux dans le cadre des initiatives publiques visant la promotion de l’emploi des jeunes diplômés ou dans l’objectif d’améliorer sa situation financière, gagner en indépendance ou ce désir d’avoir les rênes de sa propres entreprise.
Enfin, il est recommandé de miser sur la mise en œuvre des programmes de formation qui visent la promotion de l’entrepreneuriat rural. Ces programmes s’appuieraient sur le savoir-faire local pour l’améliorer ou encourageraient l’adoption de nouvelles pratiques entrepreneuriales modernes.
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(*) Gnyawali, D. (1991). Promoting small business through entrepreneurship development. Washington, DC: The World Bank, Asia Technical Department.

