La promotion de la filière amande, une nécessité imminente. Par Ali Mamouni, CRRA Meknès

Ali Mamouni, Chercheur en amélioration génétique des arbres fruitiers, Chef du SRD - INRA Meknès

Ali Mamouni, Chercheur en amélioration génétique des arbres fruitiers, Chef du SRD – INRA Meknès

La culture d’amandier joue un rôle socio-économique important dans plusieurs zones du Maroc aussi bien par le nombre de journées de travail qu’elle procure que les revenus provenant de la vente du produit. Ses apports restent toutefois en deçà du potentiel escompté au regard de plusieurs contraintes héritées de la structure traditionnelle et informelle de ce secteur. Au niveau international, la filière amande revêt une importance économique d’envergure pour plusieurs pays et est soumises actuellement à des contraintes écologiques majeures dont la sécheresse en l’occurrence. Aussi les différents acteurs concernés par cette filière, dont la recherche agronomique ; sont fortement interpelés pour l’adoption de mesures efficaces pour son développement.

 

L’amandier à l’échelle internationale

Environ 3 millions de tonnes d’amandes (580 000 T d’amandons) sont produites dans le monde (FAOSTAT ; 2013). La Californie en est le premier producteur mondial avec 1.8 millions de Tonnes soit 62%. La production d’amandes a doublé ces 10 dernières années notamment par une extension des superficies en Californie en raison de la rentabilité de cette culture. L’industrie de l’amande, en pleine croissance, pèse 3 milliards de dollars contre 740 millions dix ans plus tôt. L’envolée des prix de l’amande est essentiellement expliquée par une demande asiatique de plus en plus importante. Les exportations américaines ont augmenté sur cinq ans de plus de 40% vers la Chine, 20% vers l’Inde et 15% vers la Corée. Les autres consommateurs sont l’Espagne, l’Allemagne et les Emirats Arabes Unis mais les plus grands consommateurs restent les américains avec une consommation moyenne de l’ordre 0.8 kg/habitant en 2012, soit une augmentation de 36 % par rapport à 2008. Le phénomène d’intolérance au lactose a également contribué à l’augmentation de la demande du lait d’amande.

L’ascension fulgurante des prix s’est d’autant plus accentuée, ces dernières années, que la Californie, le plus gros exportateur des amandes dans le monde, fait face à une sécheresse dont les conséquences se répercutent sur la production (arrachage de plantations).

La filière amande au Maroc

La production des amandes, estimée en 2013 à 96 000 T (FAOSTAT ; 2013) soit 24 000 T d’amandons n’arrive pas à satisfaire les besoins de la consommation locale, et ce, en dépit de l’importante superficie qu’occupe l’amandier (153 000 ha). Ces statistiques révèlent une faiblesse apparente de la productivité du secteur (06T/ha) du fait qu’une bonne proportion (plus de 50%) des superficies appartient au secteur traditionnel. Ce dernier se concentre particulièrement dans les zones montagneuses (Aloceiman, Taza, Béni Mellal, Azilal, Amezmiz, Imintanout ; Tafraouet) et dans les oasis où le déficit hydrique s’est accentué depuis deux décennies. Ce qui affecte non seulement le niveau de productivité mais également la survie même des plantations mettant en péril l’une des diversités génétiques les plus représentatives à l’échelle méditerranéen (Germoplasme méditerranéen d’amandier, FAO).

A ce problème de sécheresse récurrente ; la faible productivité dans ce secteur est également liée à l’hétérogénéité des plantations (semis de hasard) où les époques de floraison ne sont pas toujours concordantes ce qui impacte négativement le taux de fleurs pollinisées.

Apport de la recherche agronomique

Depuis les années 60 du siècle dernier, les programmes de la recherche agronomique marocaine se sont toujours intéressés à l’amélioration de cette espèce typiquement méditerranéenne. Ainsi, des variétés sélectionnées dans plusieurs pays, ont été introduites dans les domaines expérimentaux (Domaine d’Ain Taoujdate, Tassaouet, Menara, Ahla Souss,….). Parallèlement à cela, des prospections, dans les zones traditionnelles de culture d’amandier, ont été opérées au fil des années en plus des hybridations contrôlées pour créer de nouveaux génotypes ayant les caractères recherchés. Les génotypes, issus des trois voies (introduction, prospection et création), dont le nombre dépasse les 300 actuellement au domaine d’Ain Taoujdate, sont soumis à des études de comportement, selon des descripteurs morphologiques, physiologiques et pomologiques. Ces évaluations ont permis de sélectionner des variétés qui ont permis l’extension de la culture d’amandier dans les régions favorables à sa culture. Des vergers intensifs se sont donc développés dans les régions de Saïs, Meknès, Tadla et le Haouz. Ces vergers qui constituent actuellement 50 % environ de la superficie produisent plus de 80% de la production nationale grâce au recours aux variétés sélectionnées et à l’optimisation de la conduite technique.

Les études de comportement ont permis de mettre à la disposition des agriculteurs des associations variétales en fonction des époques de floraison dont :

- Groupe des variétés de saison (Marcona- Fournat de Brezenaud) qui était le plus dominant grâce à des caractéristiques intéressantes de Marcona (variété de fond). Le décalage de floraison au sein de cette association constitue actuellement un frein à son développement au profit du groupe à floraison tardive.

- Groupe des variétés à floraison tardive (Ferragnès, Ferraduel), et autofertiles (Tuono, Guara, Lauranne, Steliette,..). Ce groupe ne cesse de prendre de l’importance pour plusieurs raisons dont la tardiveté de floraison (moindre risque de gelée), caractéristiques pomologiques intéressantes et autofertilités.

- Sélection clonale: l’étude des types apparentés naturellement à Marcona et à travers des croisements dirigés a permis de retenir L157 et L158, XI-5-13, Ferragnès x Princesse/23, XI-5-6 et II-A-10

- Deux nouveaux génotypes, caractérisés par l’autofertilité et la tardiveté de floraison, sont sélectionnés pour la culture.

Le Plan Maroc Vert offre de réelles opportunités de développement de la filière amande à travers un programme spécifique basé sur l’extension de la superficie par des plantations régulières et basées sur des variétés sélectionnées et la réhabilitation des anciennes plantations par la pratique collective de certaines techniques culturales (impluvium, taille, fertilisation et traitements phytosanitaires) en plus de programmes d’accompagnement en matière de renforcement des capacités et d’organisation. L’entrée en production des nouvelles plantations et le résultat des autres efforts du ministère sont en mesure de permettre une augmentation substantielle de la production nationale au cours des prochaines années. Le challenge en la matière concerne en fait l’augmentation substantielle des rendements afin d’assurer la sécurité alimentaire du Royaume pour cette filière.

Ce contenu a été publié dans Amélioration génétique, Arboriculture fruitière, Résultats de recherche agronomique, avec comme mot(s)-clef(s) , , , . Vous pouvez le mettre en favoris avec ce permalien.

Les commentaires sont fermés.