L’agroforesterie, définie comme étant la combinaison sur la même parcelle des arbres et des cultures ainsi que l’élevage, est largement pratiquée dans le contexte marocain. Cette pratique est dominante en zones de montagne et dans les oasis où les agriculteurs cherchent à maximiser au mieux la rentabilité de leurs terrains agricoles souvent exigus. C’est dans ces contextes que la culture des allées ou les cultures intercalaires s’imposent comme composantes principales de l’agriculture.
Bien que l’agroforesterie soit traditionnellement pratiquée au Maroc, peu de recherches scientifiques à l’échelle nationale s‘y sont intéressées. A l’échelle internationale, ce sujet est entouré d’un grand intérêt notamment pour les nombreux avantages que l’agroforesterie assure dont la promotion de la biodiversité, la diversification des productions, le contrôle de l’érosion, la valorisation des intrants, la séquestration du carbone, etc.
Une équipe multidisciplinaire de chercheurs s’est penchée à l’INRA Meknès sur la problématique de l’optimisation des cultures intercalaires dans les oliveraies en pente (céréales, légumineuses, plantes aromatiques et médicinales…). Les activités de recherche ainsi conduites dans différentes zones (Ouazzane, Taounate, Taza, Khénifra, Sefrou et en station expérimentale) visent :
- La détermination des conditions pédoclimatiques et pratiques où l’association olivier – cultures intercalaires est opportune.
- L’évaluation du comportement de différentes espèces conduites en intercalaire dans les oliveraies.
- L’évaluation de l’impact des strates herbacées sur la strate arborée.
- L’optimisation du train technique pour une gestion efficiente du système : olivier – cultures intercalaires.
- L’optimisation de l’occupation spatio-temporelle des cultures annuelles dans les oliveraies pour une meilleure productivité du système.
Les premiers résultats indiquent que dans les périmètres étudiés et qui sont dédiés à la réhabilitation, la pratique des cultures intercalaires dans les oliveraies concernent en moyenne 75% des exploitations. Les 25% restant représenteraient les exploitations où la culture des allées est impossible soit à cause de la forte pente de l’oliveraie soit que celle-ci est âgées et que par conséquent les allées sont trop ombragées ; conditions qui rendent la pratique des cultures annuelles difficile alors que le pâturage demeure non exclu. D’un autre côté, il s’avère que la culture des légumineuses (fèves, féveroles, petits pois et lentilles) n’affecte pas la productivité des oliveraies conduites dans ce contexte et ce en comparaison avec la culture des céréales.
Ces résultats trouveraient leur explication dans plusieurs raisons. D’abord, à la différence des céréales, les légumineuses sont conduites en lignes et peuvent donc être éloignées de l’olivier réduisant ainsi la compétition entre les deux strates (photo 1 & 2). Cette même compétition se trouve aussi amoindrie par le fait que les légumineuses d’automne sont souvent récoltées avant la reprise de la croissance de l’olivier. Les légumineuses pourraient enfin faire bénéficier l’olivier de la fixation biologique d’azote qu’elles sont réputées réaliser.
La pratique des légumineuses dans ce contexte s’avère donc être une option fort intéressante pour la réussite de la reconversion. C’est aussi une réelle opportunité d’extension des superficies limitées dédiées à ces spéculations, variant actuellement entre 400 et 500 000 ha, sur la voie du million d’ha visés.
Au regard de la complexité des interactions entre les deux strates (arborée et herbacée) dans un système agroforestier, des recherches plus approfondies sont nécessaires afin de déterminer les conditions opportunes pour sa pratique (conditions d’installation, choix des espèces à combiner, conduite technique à adopter, etc.) Ces recherches requièrent un intérêt de premier plan considérant que la pratique des cultures intercalaires concernerait toutes les exploitations agricoles faisant partie des nombreux périmètres dédiés à la reconversion dans le cadre du Plan Maroc Vert. Il s’agit ici de pas moins d’un million d’hectares ne comptant pas les terres traditionnellement concernées par cette pratique.






