EXPÉRIENCE DE L’ECOLE NATIONALE D’AGRICULTURE DE MEKNÈS EN AGRICULTURE DE CONSERVATION. Par Dr Abdellah Aboudrare (ENA Meknès)

Dr. Abdellah ABOUDRARE Unité de Machinisme Agricole Ecole Nationale d’Agriculture de Meknès

Dr. Abdellah ABOUDRARE
Unité de Machinisme Agricole
Ecole Nationale d’Agriculture de Meknès

EXPÉRIENCE DE L’ECOLE NATIONALE D’AGRICULTURE DE MEKNÈS EN AGRICULTURE DE CONSERVATION.

Plus de 30 années de Recherche-Développement dans le domaine du Semis Direct pour une transition vers une agriculture de conservation résiliente et durable

Dans le contexte du changement climatique, l’adoption des bonnes pratiques de production durable des cultures visant l’optimisation de la production et la conservation des ressources naturelles (sol, eau, air, biodiversité, etc.) s’avère nécessaire. L’agriculture de conservation permet la production durable des cultures tout en favorisant la préservation des ressources naturelles. Ce mode de production connait aujourd’hui une extension importante à travers le monde (180 Millions d’hectares), notamment en Amérique du nord, Amérique du sud et en Australie, et constitue aujourd’hui l’une des priorités de la politique agricole du Maroc dans la stratégie Green Génération (2020-2030). L’agriculture de conservation repose sur trois principes à savoir, la perturbation minimale du sol (non travail du sol, semis direct), la couverture permanente du sol et la diversification culturale. Elle suppose également une gestion raisonnée et durable des autres pratiques culturales (semences, fertilisation, désherbage, gestion des maladies et ravageurs, etc.). La technologie de semis direct, constituant l’un des piliers de l’agriculture de conservation, contribue à la conservation des ressources en sol et en eau et de la biodiversité du sol. Elle a également un impact positif sur la séquestration du carbone dans le sol et par conséquent contribue à l’atténuation des effets du changement climatique. Elle permet également le gain du temps et la réduction du tassement du sol, des émissions du CO2 et des charges de travail en raison de la réduction du nombre de passage des tracteurs et des outils agricoles.

Dans le cadre de ses activités, l’Ecole Nationale d’Agriculture de Meknès a entamé les recherches sur la technique de semis direct des grandes cultures (céréales, oléagineux et légumineuses) depuis le début des années 90, et notamment dans le cadre du projet de coopération Marocco-Allemande GTZ (1989-1998) sur le développement de la mécanisation agricole dans la région de Meknès.

Ces recherches ont débouché sur des résultats importants qui ont montré que la région de Meknès présente un potentiel important de production en semis direct (Chekli, 1991; Aboudrare, 1992, Boutahar, 1996 ; El Qortobi (non publié)). Cette technique est même plus performante que les autres séquences de travail du sol conventionnel durant les années sèches (Aboudrare, 1992 ; Boutahar, 1996) où l’amélioration du rendement des céréales dépasse 50% par rapport au travail conventionnel à base d’un labour à la charrue à socs ou à disques. Néanmoins, certains problèmes de parasitisme, liés aux résidus des récoltes, peuvent réduire les rendements du blé (Nebras, 1992). Sur le plan économique, les recherches conduites ont montré que le semis direct permet de gagner du temps et d’augmenter le nombre de jours disponibles.

En effet, le temps de travail à l’hectare dans le cas du semis direct se limite à celui du désherbage (20 à 35 minutes) et du semis (40 minutes) (Boutahar, 1996 ; Mekraz, 1993). Il permet aussi d’économiser le gasoil et de réduire le coût à l’hectare de l’installation de la culture, dont les charges de la main d’œuvre (Boutahar, 1996). La consommation en gasoil, pour l’installation du blé s’élève pour le travail conventionnel à 67 litres contre 5 à 6 litres dans le cas du semis direct. La comparaison des coûts de production a montré que le semis direct assure une économie de 500 à 900 DH/ha par rapport au travail conventionnel. Cette économie pourrait être contrebalancée par les coûts des herbicides et des insecticides en cas de forte infestation par les mauvaises herbes et d’attaque des ravageurs.

Ces recherches laissent recommander, dans un souci d’économie d’énergie, de stabilisation des rendements et de conservation de l’eau et du sol, la diffusion de cette technique à large échelle. Ceci pourrait améliorer la résilience des cultures aux impacts du changement climatiques, dont principalement la sécheresse et de lutter contre l’érosion. Cependant, des mesures appropriées doivent être prises pour assurer l’adoption de cette technique. Ces mesures doivent concerner, entre autres, les coûts des herbicides, des insecticides et des semoirs spécifiques.

Malheureusement, avant l’année 2008, début de démarrage de la stratégie du Plan Maroc Vert, la technique d’agriculture de conservation n’avait pas bénéficié d’un appui de la politique agricole. Ce qui n’a pas favorisé la diffusion des résultats de recherche entrepris à l’ENA de Meknès sur la technique du semis direct auprès des agriculteurs.

Ce n’est qu’au début des années 2010, après les années de sécheresse consécutives qu’a connu le pays au côté des nouvelles exigences du développement durable, que cette technique a commencé à bénéficier de l’intérêt des pouvoirs publics et de certains agriculteurs qui commençaient à la pratiquer. C’est à ce moment-là que l’Ecole Nationale d’Agriculture de Meknès a relancé son programme de recherche-développement avec la conduite d’autres essais sur les successions et les rotations culturales au sein de la Ferme Pédagogique et de Recherche. L’EN de Meknès a également accompagné plusieurs agriculteurs et organisations professionnelles agricoles au niveau régional et national pour l’adoption de cette technique. En effet, en 2016, un record national du rendement de blé tendre, de 92 qx/ha, a été réalisé dans une plateforme de démonstration du semis direct à Had Kourt avec l’encadrement des enseignant-chercheurs de l’ENA de Meknès et l’appui de l’ONCA. Cette année avait constitué l’année du véritable départ de la technologie du semis direct au Maroc. Cette technologie a en effet été placée dans les priorités agricoles nationales pour la conduite des céréales, déjà dans le cadre de la stratégie du Plan Maroc Vert, mais surtout dans le cadre de la nouvelle stratégie Génération Green qui a fixé un objectif d’un million d’hectares de semis direct à l’horizon 2030.

Dans le cadre de cette dynamique, l’ENA de Meknès a installé une plateforme permanente de semis direct à la Ferme Pédagogique et de Recherche d’une superficie de 28 hectares depuis l’année 2017-2018 avec différentes espèces céréalières (blé tendre, blé dur et orge). Cette plateforme vise aussi bien le renforcement des capacités de formation et de recherche de l’établissement que la promotion et le transfert des technologies et des bonnes pratiques d’agriculture durable aux agriculteurs et aux professionnels. C’est ainsi que des visites et des journées d’information et de communication autour de cette plateforme sont organisées en collaboration avec les Directions Régionales de l’ONCA.

A côté de ces activités de transfert de la technologie de semis direct en milieu réel, l’ENA de Meknès mène des recherches sur les questions de semis direct associées aux rotations culturales (monoculture et rotations biennales et triennales). Cela concerne les principales grandes cultures pratiquées à l’échelle nationale, à savoir les céréales, les oléagineux et les légumineuses. Ces recherches visent, d’une part, à étudier les meilleures techniques de conduite de ces cultures sous semis direct (type de semoir, semences, désherbage, etc.) et, d’autre part, à dégager les limites et les contraintes dela conduite de ces cultures en semis direct dans le cadre de ces rotations.

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Remerciements : L’auteur remercie l’ensemble du personnel scientifique et technique des deux structures impliquées dans les activités de recherche-développement sur le semis direct menées à l’ENA de Meknès à savoir l’Unité de Machinisme Agricole et la Ferme Pédagogique et de Recherche.

© Crédit photos : A. Aboudrare.

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