SECTEUR DES CÉRÉALES AU MAROC*. Par Dr M. Ferrahi & Dr F. Bekkaoui

Dr Moha Ferrahi, chercheur au CRRA Meknès

Dr Moha Ferrahi, chercheur au CRRA Meknès

L’importance du secteur des céréales au Maroc est clairement démontrée par sa contribution au PIB agricole (plus de 20%), l’étendue de son occupation des sols (plus de 5 millions d’ha, 75% des terres arables), sa contribution à la satisfaction des besoins de la population et du bétail et son poids socio-économique (offre de 40% de la main d’œuvre). En moyenne, le blé tendre est cultivé sur environ 2 millions d’hectares alors que le blé dur, qui était la culture traditionnelle du pays, est cultivé en gros sur 0,9 à 1 million d’hectares et l’orge occupe à peine plus de 2 millions d’hectares. La superficie irriguée représente environ 2% de la surface totale (la superficie totale irriguée au Maroc est d’environ 0,85 million d’hectares). Les rendements dépendent de la saison de culture et se situent autour de 2t/ha dans les zones pluviales et 4t/ha dans les zones irriguées.

Malgré cette importance, le Maroc est soumis, à l’instar des autres pays importateurs, aux risques de sécurité alimentaire résultant de sa forte dépendance à l’égard des importations de céréales. Le volume des importations ne cesse d’augmenter malgré des productions nationales record ces dernières années. La sécheresse est le stress abiotique le plus important pour l’agriculture pluviale, affectant la production agricole et limitant l’expression du potentiel du rendement et de sa stabilité. Dans la région méditerranéenne, la sécheresse se manifeste par des périodes de plus en plus longues et plus fréquentes avec une grande variabilité intra et inter annuelle des régimes des précipitations et des températures. Au Maroc, la tendance prévue à la baisse des précipitations et à la hausse des températures risquent de compromettre la sécurité alimentaire du pays.

Généralement, le rendement constitue le principal critère de sélection pour la tolérance à la sécheresse, car il intègre automatiquement tous les facteurs connus et inconnus qui y contribuent. Toutefois, la complexité du phénomène de sécheresse (timing, intensité, étendue), la complexité des mécanismes de réponses de la plante, la taille du génome du blé et l’interaction génotype x environnement rendent difficile la sélection efficiente des meilleurs génotypes. En ce qui concerne les stress biotiques, la mouche de Hesse, la rouille jaune et la rouille brune et la séptoriose sont des maladies courantes qui affectent le rendement chaque année. Continuer la lecture →

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Edito : La protection des plantes comme priorité de recherche

Dr. El Hassan Achbani, Directeur de Recherche et Coordinateur de l’URPP – CRRA Meknès

Dr. El Hassan Achbani, Directeur de Recherche et Coordinateur de l’URPP – CRRA Meknès

La lutte contre les multiples ennemis des cultures est, depuis la nuit des temps, une préoccupation prépondérante des agriculteurs. C’est pour cette raison précisément que cet aspect se place continuellement en tête des priorités éminentes de la recherche agronomique.

L’Unité de Recherche en Protection des Plantes (URPP) du CRRA de Meknès s’intéresse depuis longtemps aux ennemis des cultures sévissant aussi bien dans les régions limitrophes de Meknès que celles des autres régions du Maroc et concernent particulièrement les filières céréalières, fruitières, maraichères et oasiennes. Le but ultime de nos recherches réside dans la proposition de solutions pour les combattre en adoptant des pistes respectueuses de l’environnement (la génétique, la lutte biologique par des microorganismes bénéfiques entre autres).

Ce nouveau numéro en ligne de « INRA Meknès Magazine » est dédié à une partie des activités de recherche axée autour des maladies des céréales, de l’olivier et du palmier dattier.

Au niveau des céréales, blé dur et blé tendre en l’occurrence, l’évaluation et la cartographie de l’importance des maladies du blé à travers le Maroc est un processus annuel permettant de connaitre l’évolution de la situation sanitaire (maladies cryptogamiques) des blés et le comportement des différentes variétés vis-à-vis des mycoses présentes au Maroc. Ce processus de recherche permet au même temps d’étudier la diversités génétique (particulièrement au niveau de virulence) d’une collection représentative des pathogènes rencontrés et leurs résistances aux fongicides utilisés.

La campagne agricole écoulée (2019-20) intervenant dans le contexte de la pandémie du Covid19 a enregistré une sérieuse sécheresse au niveau national ayant sérieusement impacté la production céréalière qui n’a pas dépassé les 30 Millions de quintaux, soit une réduction de 42% par rapport à la campagne précédente sur une superficie cultivée de 4,3 millions Ha (dont 2 millions Ha en bour complètement perdus). Les maladies des blés étudiées sont partagées entre celles dites ’type septoriose’ ; les rouilles brune, jaune et noire et les pourritures racinaires, avec une absence totale des caries, charbon et oïdium sur blés tendre et dur. Les informations actualisées sur ces maladies font l’objet de l’article de notre collègue Dr Abdelhamid Ramdani, spécialiste des maladies fongiques des céréales au CRRA Meknès.

Sur la culture d’olivier, notre UR s’intéresse et pour la première fois à une maladie fongique très ancienne de l’olivier, l’œil de Paon ou tavelure d’olivier, causée par Fusicladium oleagineum. Dr. Khaoula Habbadi à travers son article ci-après donne un aperçu général sur cette mycose très répandue dans nos oliveraies en attendant de livrer dans le futur proche les résultats de ses recherches dans le cadre d’un projet sur l’usage de l’Agriculture de précision dans le développement de cette filière dans notre pays.

Pour les deux derniers articles, nous avons traité une partie des recherches effectuées en partenariat entre l’INRA Meknès, l’ENA Meknès et un Centre de recherche en suisse. Il s’agit de chercher une alternative écologique et inoffensive afin de réduire les effets nocifs des pesticides inefficaces utilisés contre la Fusariose vasculaire ou « Bayoud » du palmier dattier, causée par Fusarium oxysporum f.sp. albedinis, champignon qui menace gravement les anciennes et les nouvelles plantations, notamment les variétés les plus sensibles (Feggouss et Mejhoul). Les recherches se focalisent sur deux voies prometteuses : d’une part l’usage des rhizobactéries promotrices de la croissance des plantes ou PGPR associées au palmier dattier et d’autre part le recours à des extraits de compost.

En effet, le criblage des PGPR a donné des résultats très prometteurs avec six souches qui ont pu inhiber complétement (100 %) la croissance du champignon. Cet effet inhibiteur est le résultat de plusieurs modes d’action mises en exergue dans ce travail laborieux détaillé amplement dans la présente édition de « INRA Meknès Magazine ».

Pour les composts, l’activité antifongique des extraits de quatre composts a été évaluée in vitro contre Fusarium oxysporum f.sp. albedinis (Foa); les plus prometteurs ont été utilisés par la suite in vivo et en plein champs (expérimentation en cours) pour étudier leurs effets suppressifs sur la fusariose du palmier dattier.

Bonne lecture.

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ETAT AGRONOMIQUE ET SANITAIRE DES BLES AU MAROC DURANT 2019-2020 : SECHERESSE EXACERBEE PAR LES ATTAQUES DE ROUILLE NOIRE. Par Dr Abdelhamid Ramdani, Dr Moha Ferrahi et Hafid Ibriz (INRA-CRRA Meknès)

Dr Abdelhamid Ramdani, Chercheur Phytopathologie / Amélioration (URPP - CRRA Meknès)

Dr Abdelhamid Ramdani, Chercheur Phytopathologie / Amélioration (URPP – CRRA Meknès)

INTRODUCTION :

Les blés sont attaqués par de nombreuses maladies cryptogamiques dont l’importance varie d’une année à l’autre et d’une région à l’autre et qui occasionnent des pertes substantielles en rendement si les conditions sont favorables au développement de ces maladies et les variétés en sont sensibles (Ramdani, 2013). Les surveillances menées durant la décennie 90 ont révélé que les maladies les plus fréquentes aussi bien sur blé dur que sur blé tendre sont le complexe Septorioses/tache bronzée et la rouille brune, et à un degré moindre les pourritures racinaires, l’oïdium, et la rouille jaune. La rouille noire, la carie et le charbon nu ont été moins fréquents (Farih, 1994 ; Mazouz et al., 1995 ; Ramdani et Jlibene, 1996 ; et Ramdani, 1997).

Durant les dix dernières années, en plus des maladies précitées (Ramdani, 2009 ; Ramdani et al., 2014c, 1014d), on note aussi l’émergence de la rouille jaune dans toutes les régions céréalières à cause de l’apparition de nouvelles races virulentes contre les gènes majeurs en l’occurrence Yr27 (Ramdani et al., 2009, 2010, 2011a, 2011b, 2014a, 2014b, 2018). Plus récemment, la rouille noire devient de plus en plus fréquente ce qui pourrait constituer une menace pour la production du blé au Maroc. Une stratégie anticipative pour l’incorporation de la résistance à cet agent pathogène est d’une grande importance, sachant que ce champignon se transmet par le vent sur de longue distance et que les variétés marocaines sont très sensibles à sa race Ug99 dans les conditions de Njoro-Kenya (Ramdani et al., 2012).

La meilleure stratégie de lutte contre les maladies du blé est l’utilisation des variétés résistantes. Or, quand les conditions d’environnement sont favorables pour l’épanouissement des maladies, même les variétés résistantes pourraient succomber. Par ailleurs, une variété devrait avoir une résistance multiple aux maladies.  A cet effet, la combinaison des deux principaux piliers de la lutte intégrée contre les maladies du blé, à savoir l’utilisation des variétés résistantes combinées avec l’utilisation des fongicides est le meilleur garant pour assurer une protection durable du blé.

La surveillance des maladies des céréales a pour but de disposer d’une base de données sur l’importance et l’évolution de chaque maladie cryptogamique dans le temps et dans l’espace, afin de pouvoir orienter les programmes de recherche sur les maladies des blés, notamment les programmes de création variétale. Continuer la lecture →

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LA TAVELURE DE L’OLIVIER CAUSEE PAR Fusicladium oleagineum. Par Khaoula Habbadi & Noura Boutrib (INRA – CRRA Meknès)

Dr Khaoula Habbadi, Chercheure en protection des arbres fruitiers (UTPP - CRRA Meknès)

Dr Khaoula Habbadi, Chercheure en protection des arbres fruitiers (UTPP – CRRA Meknès)

Le secteur oléicole au Maroc est l’un des principaux secteurs stratégiques de l’économie en général et de l’agriculture en particulier ; il représente plus de 65% de la superficie arboricole nationale, soit 11% de la SAU grâce notamment aux projets de reconversion du Plan Maroc Vert. La culture d’olivier s’étend sur tout le territoire national en raison de ses capacités d’adaptation à tous les étages bioclimatiques. Actuellement, le Maroc est le deuxième producteur mondial d’olive de conserve et le sixième producteur mon­dial d’huile d’olive derrière l’Union européenne, la Tunisie et la Turquie (Barguigua et al., 2020). En moyenne, chaque année le Maroc produit environ 160 000 tonnes d’huile d’olive et 90 000 tonnes d’olives de table (MAPM, 2018). Les exportations connaissent un accroissement notable pour l’olive de table et démarrent fortement pour l’huile d’olive sur des marchés de proximité (Europe, la Tunisie, etc.), ainsi avec d’autres partenaires du Royaume sur de nombreuses régions du Monde (USA, Russie, Pays du Golfe, Pays d’Afrique, etc.). En effet, le Maroc exporte 17.000 tonnes de l’huile d’olive et 64.000 tonnes d’olives de table vers les marchés internationaux (MAPM, 2018). Ce secteur assure une activité agricole intense permettant de générer plus de 15 millions de journées de travail/an.

Cependant, les problèmes phytosanitaires de l’olivier constituent l’une des contraintes majeures de développement du secteur oléicole marocain. En effet, cette culture est connue par sa sensibilité aux divers stress abiotiques et biotiques, en particulier les attaques causées par des microorganismes (bactéries, champignons) et certains ravageurs. Parmi les princi­paux champignons impliqués dans l’atteinte d’oliviers marocains on trouve : Fusicladium oleagineum responsable de l’œil de paon (Rongai et al., 2012), Verticil­lium dahliae l’agent causal de la verticillose (COI, 2007), Fumago salicina et Capnodium oleaginum impliqués dans l’apparition de la fumagine (APP, 2010). Pour les maladies bacté­riennes, Pseudomonas savastanoi pv savastanoi a été identifiée comme responsable de la tuberculose de l’olivier caractérisée par la présence des tubercules sur les branches et les tiges (Achbani et al., 2013; Chliyeh et al., 2017). En ce qui concerne les ravageurs d’olivier marocain, les plus nuisibles sont : la teigne de l’olivier (Prays oleae); la mouche de l’olivier (Bactrocera olea); le psylle de l’olivier (Euphyllura olivina) et la cochenille noire (Saissetia oleae) (APP, 2010; Chliyeh et al., 2017).

La tavelure de l’olivier, appelée encore l’œil de Paon est une maladie causée par le champignon imparfait Fusicladium oleagineum, anciennement appelé Cycloconium oleaginum ou Spilocaea oleagina, et classée parmi les maladies fongiques foliaires les plus redoutables qui peuvent inquiéter les agriculteurs. Continuer la lecture →

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BIOPROTECTION DU PALMIER DATTIER VIA L’APPLICATION DES RHIZOBACTERIES PROMOTRICES DE LA CROISSANCE DES PLANTES (PGPR). Par Said El kinany(1,2), El Hassan Achbani(1), Rachid Bouamri(2)

Saïd El Kinany

Saïd El Kinany

1. Introduction et objectifs

Le palmier dattier (Phoenix dactylifera L.), appartenant à la famille des Palmaceae, constitue le pivot de l’écosystème oasien dans les régions sahariennes et présahariennes du Maroc. Il joue un rôle d’écran en protégeant les oasis contre les influences désertiques et crée un microclimat propice au développement de nombreuses cultures sous- jacentes, source de vie de plusieurs familles au sein des oasis (El Bouhssini et Faleiro, 2018; Sedra, 2015).

Aujourd’hui, la phoeniciculture est pratiquée dans 30 pays dans le monde et elle a été répartie sur quatre continents ; l’Afrique, l’Amérique, l’Asie et l’Europe (El Bouhssini and Faleiro, 2018). En effet, le secteur phoenicicole est en évolution à l’échelle mondiale. La production mondiale a atteint 8,17 millions de tonnes en 2019 répartie sur une superficie de plus de 1,1 million ha (Anonyme 1). Toutefois, le Maroc est depuis longtemps classé en 12ème rang malgré la disponibilité d’une surface cultivée de plus de 60 000 ha (Anonyme 2). Parmi les principales causes de cette faiblesse, la maladie de la fusariose ou « Bayoud » (fig. 1) dont l’agent responsable est le champignon Fusarium oxysporum f. sp albedinis (Foa) (El Bouhssini and Faleiro, 2018; Sedra, 2012, 2015). Les traitements chimiques sont inefficaces en raison de la rapidité de dissémination de l’agent pathogène et de la forte tolérance des spores aux conditions sévères (El Bouhssini & Faleiro, 2018). Dans un tel contexte, les méthodes de lutte biologique s’avèrent efficaces et respectueuses de l’environnement. Parmi ces dernières, les rhizobactéries promotrices de la croissance des plantes (PGPR) qui peuvent aussi bien limiter la propagation du champignon pathogène (Foa), immuniser la plante et améliorer sa nutrition minérale (Dhaked et al., 2017; Kakembo and Lee, 2019; Pradhan et al., 2017). Continuer la lecture →

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