Edito : La recherche scientifique au service de la nouvelle stratégie Génération Green 2020-2030.

Dr Ahmed El Bakkali (Biotechnologie et amélioration des plantes, URAPCRG, CRRA Meknès)

Dr Ahmed El Bakkali, chercheur en biotechnologie et amélioration des plantes (URAPCRG – CRRA Meknès)

L’année 2020, a été une année difficile sur tous les plans ; sanitaire, social et économique. Malgré les contraintes liées à la pandémie, l’INRA, par son positionnement scientifique et technologique, a multiplié ses efforts pour assurer la continuité des travaux de recherche au profit de l’agriculture marocaine. Ainsi, de nouveaux programmes de recherche à moyen terme (PRMT), pour la période 2021-2024, ont été établis en concertation avec les principaux acteurs institutionnels et professionnels du secteur agricole au Maroc. Ces programmes couvrent les différentes filières prioritaires et émergeantes (olivier, arboriculture-viticulture, céréaliculture, palmier dattier, cactus, etc.), les domaines prioritaires (agriculture digitale, parcours, etc.) et les axes transverses (biotechnologie, valorisation, chaine de valeur, etc.). La finalité principale de ces programmes de recherche est de répondre à la nouvelle stratégie agricole nationale Génération Green 2020-2030 qui intervient aussi en consolidation des actions entreprises dans le cadre du Plan Maroc Vert (PMV).

Le transfert des innovations et leur communication est une partie prenante du travail des équipes de recherche domiciliées à l’INRA. D’ailleurs lors de l’élaboration des nouveaux programmes de recherche, une attention particulière a été accordée à l’aspect de ‘transfert’ qui reste intimement lié à l’aspect de ‘communication’. Sans l’un et l’autre, la communauté scientifique, les professionnels et les étudiants ne pourraient avancer. A cet égard, et comme à l’accoutumée, « INRA Meknès Magazine » offre aux lecteurs quatre articles inscrits dans le cadre des travaux de recherche conduits dans le centre Régional de la Recherche Agronomique de Meknès. Les thématiques proposées dans cette présente édition touchent à différents aspects et couvrent des sujets de recherche qui s’alignent parfaitement avec les orientations et les objectifs de la nouvelle stratégie Génération Green 2020-2030 à savoir : l’amélioration de l’efficacité hydrique, le développement de l’agriculture digitale, la promotion de l’agriculture solidaire, l’augmentation de la productivité et le développement de nouvelles variétés productives et résilientes au changement climatique.

Ainsi, le premier article traite la tolérance à la sécheresse chez l’olivier, notamment l’aspect du déficit hydrique dont l’impact est indéniable sur la productivité de cette culture. A travers cet article, l’auteur a mis l’accent sur l’importance de la mise en place d’outils et de descripteurs morpho-physiologiques permettant l’identification et la sélection de variétés plus adaptées à la sécheresse. Toujours sur olivier, la deuxième publication s’intéresse à l’agriculture de précision dans le secteur oléicole. Une telle thématique trouve toute son importance dans la gestion modulée des systèmes de production intensifs et hyper-intensifs et ainsi répondre aux différents impératifs économiques et environnementaux qu’exige la conjoncture actuelle. Conscient de l’impact du digital sur l’agriculture de demain, l’auteure a présenté un aperçu sur l’apport et la faisabilité d’appliquer des approches relevant de l’agriculture de précision pour la mise en place d’outils d’aide à la décision en vue d’une gestion raisonnée des oliveraies. Le troisième article s’intéresse quant à lui à la diversité génétique du noyer au Maroc. Malgré les nombreux atouts de cette espèce lui valant le caractère de ‘culture stratégique’ pour les zones de montagne, les travaux de recherche sur le noyer restent très limités. A cet égard, l’article a mis l’accent sur l’importance et la spécificité du patrimoine génétique local du noyer. Ce travail constitue une ébauche de recherche pour de nouveaux programmes portant sur la sélection de nouvelles variétés pouvant servir à l’extension et la modernisation de cette culture et ainsi promouvoir l’agriculture dans les zones de montagne. Enfin, le dernier article est une synthèse du secteur des céréales au Maroc. Les auteurs ont apporté un éclairage sur les atouts et les difficultés de cette filière et le rôle que l’INRA joue, tant sur les plans scientifique que technologique, pour la création variétale et la promotion de la céréaliculture au Maroc dans le contexte du changement climatique.

Bonne lecture.

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TOLERANCE A LA SECHERESSE CHEZ L’OLIVIER : IDENTIFICATION DE MARQUEURS MORPHO-PHYSIOLOGIQUES DISCRIMINANTS ET CLASSEMENT DE 32 VARIETES. Par Rachid Razouk et Ahmed El Bakkali

Dr Rachid Razouk, Chercheur en agrophysiologie des arbres fruitiers et de l’olivier (URAPV - CRRA Meknès)

Dr Rachid Razouk, Chercheur en agrophysiologie des arbres fruitiers et de l’olivier (URAPV – CRRA Meknès)

La sécheresse est le stress environnemental majeur qui affecte fréquemment et significativement les niveaux des productions agricoles au Maroc. Les efforts déployés par l’Etat en termes de gestion et d’économie d’eau en agriculture, dont les plus importants sont la construction des barrages et la promotion de l’irrigation localisée, restent désormais insuffisants pour satisfaire la demande en eau qui augmente continuellement, conjuguée à la faiblesse et l’irrégularité de la pluviométrie (Hssaisoune et al., 2020). D’autres stratégies devraient donc être prises en agissant en aval pour consolider ces efforts, notamment en matière d’optimisation de l’irrigation déficitaire et la sélection de matériel végétal tolérant à la sècheresse. Ces stratégies, faisant appel à la recherche agronomique, sont toutes les deux intéressantes à entreprendre, bien que la deuxième stratégie semble plus justifiée dans le cas de l’olivier, étant largement cultivé en pluvial ou sous régimes sévères d’irrigation déficitaire. En outre, la sélection de variétés d’olivier tolérantes à la sécheresse est un objectif de recherche prometteur en raison de la rusticité de l’espèce et de sa tolérance connue à la sécheresse.

Dans ce contexte, deux essais complémentaires ont été menés sur une collection de variétés méditerranéennes d’olivier au domaine expérimental de l’INRA à Ain Taoujdate. Le premier essai a consisté en l’évaluation de la réponse au stress hydrique, induit tout au long du cycle de croissance des arbres, chez cinq variétés : « Arbequine », « Frantoio », « Madural », « Picholine Marocaine » et « Seviellanca ». En effet, pour chacune de ces variétés, deux régimes hydriques, pluvial et irrigué, ont été comparés sur la base des niveaux de croissance végétative (surface foliaire, densité du feuillage) et de production (rendement en fruit, rendement en huile, calibre du fruit, teneur en huile). Dans le deuxième essai, un screening morpho-physiologique pour la tolérance à la sècheresse a été réalisé sur 32 variétés, incluant celles testées pour la réponse au stress hydrique dans le premier essai. Ce screening s’est basé sur certains traits liés à l’efficience d’utilisation de l’eau et la régulation du statut hydrique chez l’olivier, à savoir : nombre de feuilles par inflorescence, nombre de feuilles par 10 cm de la pousse (densité du feuillage), surface foliaire, densité du bois, élasticité du pétiole, taux de déshydratation de feuilles détachées à 30°C, densité stomatique et taille des stomates (évaluée par mesure de la longueur du pore stomatique).

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FAISABILITE ET APPORTS DE L’AGRICULTURE DE PRECISION DANS LE SECTEUR OLEICOLE. Par Salma El Iraqui El Houssaini*

Dr Salma Iraqui El Houssaïni, Chercheuse entomologiste au CRRA Meknès

Dr Salma Iraqui El Houssaïni, Chercheuse entomologiste en Protection des Plantes - CRRA Meknès

L’agriculture de précision (AP) est un nouveau concept, fondé sur l’intégration de l’information numérique pour caractériser un système de production agricole dans toute sa variabilité spatiale. Elle a connu un véritable essor ces dernières années et a permis l’avènement d’outils de gestion intéressants pour les producteurs. Ces derniers permettent de générer des indicateurs sur la végétation (densité́ et charge), la présence d’un stress (hydrique, nutritionnel et/ou sanitaire) et même de raisonner l’itinéraire et la date de la récolte et ce en identifiant les variations spatiales et temporelles dans une même parcelle (variabilité intra-parcellaire). Les informations fournies par ces outils technologiques, représentent des données cruciales permettant au producteur d’ajuster, de moduler et d’optimiser son système de production dans le but d’améliorer la productivité et la rentabilité (Robert, 2000; McBratney et al. 2005). C’est un concept caractérisé par: (i) le développement massif de systèmes automatiques de mesure ; qu’ils soient fixes (station météorologique, capteurs pour la caractérisation du sol et de la plante), embarqués sur machine (capteurs de rendement, de biomasse, de chlorophylle), ou aéroportés (drones, avions, satellites); (ii) la géo-localisation systématique de ces informations grâce à l’utilisation du système de positionnement absolu (Global Positioning System ; GPS) et (iii) le développement de systèmes permettant de stocker, de visualiser, de manipuler et d’échanger de gros volumes d’informations.

En pratique, l’AP est un ensemble de méthodes basées sur l’acquisition de l’information. Elle permet de diagnostiquer, d’identifier certains problèmes, de valider qu’ils ont bien été résolus et par conséquent d’optimiser les performances d’une exploitation agricole et ce sur plusieurs axes. D’abord sur un plan technique en optimisant les performances agronomiques d’une culture; sur un plan économique en maximisant le gain et la rentabilité économique de l’exploitation et sur un plan environnemental en limitant l’utilisation excessive des intrants.

Concept cyclique de l’Agriculture de Précision

Généralement, quatre étapes sont définies dans la mise en place d’un système de gestion relevant de l’AP et qui s’avèrent nécessaires à la gestion modulée des cultures (Figure 1) dont le processus central est le géo-référencement des données récoltées : Continuer la lecture

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LE NOYER (Juglans regia L.) AU MAROC : DIVERSITE ET STRUCTURATION GENETIQUE SPATIALE. Par J. Charafi, K. Houmanat, L. Hssaini, R. Razouk et A. Kajji

Dr Jamal Charafi, chercheur,Biotechnologie et amélioration des plantes, URAPCRG - CRRA Meknès

Dr Jamal Charafi, chercheur, Biotechnologie et amélioration des plantes, URAPCRG – CRRA Meknès

Avec une superficie d’environ 7702 ha et une production estimée à 12467 tonnes  de noix non décortiquées au Maroc (FAOSTAT, 2018), le noyer commun (Juglans regia) joue un rôle socio-économique important. Malgré la faiblesse de la productivité, l’hétérogénéité des plantations et l’absence des pratiques culturales, cette espèce continue à apporter à l’agriculteur paysan un revenu non négligeable grâce aux prix offerts sur le marché. Le noyer est considéré comme étant une espèce forestière plutôt qu’horticole. Les arbres sont souvent groupés autour des villages le long des cours d’eau, à cause de ses besoins importants en froid et en eau, cette culture est concentrée dans les zones montagnardes au-delà de 1200m d’altitude, comme celles d’Azilal, Ourika, Rif, Midelt et de Rich.

Le noyer au Maroc est susceptible de renfermer une diversité génétique importante du faite qu’il est multiplié en grande partie par le semis. Les changements climatiques et le manque d’une stratégie de conservation conduisent à une érosion génétique importante de l’espèce. Tout programme d’amélioration génétique doit prendre en considération l’évaluation de la diversité génétique des peuplements locaux et établir une stratégie d’amélioration qui prendra en considération les besoins nationaux en plants performants et adaptés.

L’approche moléculaire est l’outil de caractérisation génétique le plus adapté à la détection du niveau de diversité réelle permettant ainsi l’élaboration le traçage d’une stratégie de conservation et d’amélioration génétique du noyer au Maroc.

Dans ce cadre, la présente étude s’intéresse au niveau de diversité des ressources génétiques du noyer entre deux principales zones de la culture à l’aide des marqueurs ISSR. Continuer la lecture

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SECTEUR DES CÉRÉALES AU MAROC*. Par Dr M. Ferrahi & Dr F. Bekkaoui

Dr Moha Ferrahi, chercheur au CRRA Meknès

Dr Moha Ferrahi, chercheur au CRRA Meknès

L’importance du secteur des céréales au Maroc est clairement démontrée par sa contribution au PIB agricole (plus de 20%), l’étendue de son occupation des sols (plus de 5 millions d’ha, 75% des terres arables), sa contribution à la satisfaction des besoins de la population et du bétail et son poids socio-économique (offre de 40% de la main d’œuvre). En moyenne, le blé tendre est cultivé sur environ 2 millions d’hectares alors que le blé dur, qui était la culture traditionnelle du pays, est cultivé en gros sur 0,9 à 1 million d’hectares et l’orge occupe à peine plus de 2 millions d’hectares. La superficie irriguée représente environ 2% de la surface totale (la superficie totale irriguée au Maroc est d’environ 0,85 million d’hectares). Les rendements dépendent de la saison de culture et se situent autour de 2t/ha dans les zones pluviales et 4t/ha dans les zones irriguées.

Malgré cette importance, le Maroc est soumis, à l’instar des autres pays importateurs, aux risques de sécurité alimentaire résultant de sa forte dépendance à l’égard des importations de céréales. Le volume des importations ne cesse d’augmenter malgré des productions nationales record ces dernières années. La sécheresse est le stress abiotique le plus important pour l’agriculture pluviale, affectant la production agricole et limitant l’expression du potentiel du rendement et de sa stabilité. Dans la région méditerranéenne, la sécheresse se manifeste par des périodes de plus en plus longues et plus fréquentes avec une grande variabilité intra et inter annuelle des régimes des précipitations et des températures. Au Maroc, la tendance prévue à la baisse des précipitations et à la hausse des températures risquent de compromettre la sécurité alimentaire du pays.

Généralement, le rendement constitue le principal critère de sélection pour la tolérance à la sécheresse, car il intègre automatiquement tous les facteurs connus et inconnus qui y contribuent. Toutefois, la complexité du phénomène de sécheresse (timing, intensité, étendue), la complexité des mécanismes de réponses de la plante, la taille du génome du blé et l’interaction génotype x environnement rendent difficile la sélection efficiente des meilleurs génotypes. En ce qui concerne les stress biotiques, la mouche de Hesse, la rouille jaune et la rouille brune et la séptoriose sont des maladies courantes qui affectent le rendement chaque année. Continuer la lecture

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