Fertilité des sols du Saïs. Par Dr Yamina Moujahid, Chercheur, Chimie du Sol (URGDRNESR)

Dr Yamina Moujahid, Chimie des sols (URGDRNESR - CRRA Meknès)

Dr Yamina Moujahid, Chimie des sols (URGDRNESR – CRRA Meknès)

La fertilité d’un sol cultivé correspond à son potentiel de production de nature physique, chimique et biologique. Ce potentiel dépend étroitement de la nature et de la quantité de ses constituants minéraux, organiques et biologiques. Les constituants les plus fins des sols sont les argiles, les matières organiques et les oxydes. Ces constituants présentent des surfaces spécifiques électriquement chargées qui confèrent aux sols des propriétés physiques et chimiques dont en particulier la capacité d’échange cationique (CEC), anionique (CEA) et la capacité de rétention d’eau (CRE) et de gaz.
L’évaluation de la fertilité des sols à travers l’analyse de sol permet de préserver l’environnement et d’optimiser la production des terres agricoles. Les analyses de sols les plus courantes sont de nature physique, chimique, physico-chimique et biologique. Les analyses physiques correspondent à une détermination de la texture, la capacité de rétention d’eau, la structure, la porosité, la densité et la perméabilité. Les analyses chimiques portent sur une quantification des réserves des sols en macro-éléments (N, P, K), méso-éléments (Ca, Mg, S) et oligo-éléments (Zn, Fe, Mn, B, Cu) disponibles aux plantes, le pH, les pourcentages en matière organique, calcaire total et actif. La capacité d’échange cationique (CEC) est un paramètre physico-chimique permettant la quantification de la réserve cationique totale d’un sol et correspond à la charge négative des constituants minéraux et organiques des sols. Cette charge négative est compensée par les cations échangeables (Ca2+, Mg2+, K+, Na+, H+, Al3+, NH4+, ….).

Le Saïs est une des grandes régions agricoles du Maroc ayant connue une intensification importante des cultures liée à sa richesse hydrique, circulant dans les formations superficielles. C’est un ensemble de plaines et de plateaux qui s’étend sur près de 2700 km2 et situé à une altitude moyenne de 600 m. Le plateau de Meknès constitue les 2/3 de la superficie totale du Saïs. La géologie du Saïs se caractérise par la complexité des sédiments calcaires dur et tendre. Ces formations reposent sur des sables et des marnes.

Les sols représentatifs du Saïs sont groupés dans les classes de sols calcimagnésiques, à sesquioxydes, de vertisols et de sols isohumiques. Les sols calcimagnésiques représentent 63% de la superficie totale du plateau de Meknès. Cependant, les sols fersiallitiques, les vertisols et les sols isohumiques ne représentent que respectivement 15%, 11% et 7% (Carte pédologique au 1/100.000 de la région de Meknès).

Les principales textures des sols du Saïs (Carte ci-dessous) sont argileuse, argilo-sableuse et sableuse. Les sols sableux dont les pHs sont légèrement acides à neutres présentent des capacités de rétention en eau au point de flétrissement et des capacités d’échange cationiques aux pHs des sols les plus faibles. Cependant, les sols argileux dont les pHs sont compris entre 7,5 et 8,5 présentent des capacités d’échange cationique, des teneurs en cations échangeables et des capacités de rétention en eau les plus élevées. La capacité d’échange cationique déterminée aux pHs des sols (CECsol) a été modélisée par une équation linéaire dont les variables sont les pourcentages des sols en argile et en matière organique :
CECsol = 0,385 Argile + 2,64 Matière organique, avec R2 = 0,955
Cette relation montre l’importance des teneurs en argile et de la matière organique des sols dans la rétention et l’échange des cations.

Localisation des sites d’échantillonnage des sols du Saïs

Localisation des sites d’échantillonnage des sols du Saïs

Les sols du Saïs présentent un complexe d’échange saturé. Le calcium est le cation dominant. Les teneurs des sols en magnésium échangeable sont comprises entre 2% et 36% de la CECsol. Les analyses chimiques d’échantillons de sols de la région de Meknès réalisés dans le cadre du projet national d’élaboration de la carte de fertilité des sols cultivés au Maroc (Convention INRA-MAPM-OCP) ont montré que le pH des sols varie légèrement entre acide à très basique. 54% des sols présentent des teneurs en matière organique inférieure à 2% et seul 15% des sols ont des teneurs supérieures à 3%. 38% de ces sols ont des teneurs en K2O échangeable inférieures à 200ppm et 36% des sols ont des teneurs supérieures à 300 ppm. 44% de ces sols sont pauvres en phosphore assimilable, 36% des sols ont des teneurs moyennes et 20% des sols sont bien pourvus en phosphore assimilable. Ces résultats montrent que les sols en bour de la région de Meknès présentent un état global de fertilité qui est faible en azote, moyen en phosphore et élevé en potassium. Cet état de fertilité est le résultat d’une sous fertilisation phospho-azotée des sols.

Au niveau de chaque exploitation, l’analyse du sol est un outil indispensable à l’optimisation de la productivité des cultures et à la préservation de l’environnement.

 

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