Bilan 2017-20 des recherches en Gestion des Ressources Naturelles, Socio-Economie et Qualité

Dr Aziz Fadlaoui, agroéconomie, Coordinateur de l'URGRNSEQ - CRRA Meknès

Dr Aziz Fadlaoui, agroéconomiste, Coordinateur de l’URGRNSEQ – CRRA Meknès

L’Unité de Recherche Gestion des Ressources Naturelles, Socio-Economie et Qualité se démarque par son caractère transdisciplinaire comme en attestent les profils des chercheurs. Les disciplines représentées au sein de l’unité portent sur les sciences de l’alimentation, les sciences du sol et les prévisions des impacts des changements climatiques, et les sciences économiques. Les activités de recherche et de R&D, menées au cours de la période 2017-2020, ont été inscrites dans deux principales orientations. Il s’agit de : 1) la promotion de la valorisation des produits agricoles par la transformation agroalimentaire et la démarche qualité ; et 2) la gestion conservatoire des ressources naturelles et le développement des bonnes pratiques agricoles préservatrices de l’environnement et résilientes aux changements climatiques.

Bilan des recherches 2017-20

1. Promotion de la valorisation des produits agricoles par la transformation agroalimentaire et la démarche qualité 

Cette orientation a porté sur deux thématiques. La première thématique a concerné deux sujets de recherche. Le premier sujet a consisté à la valorisation, à travers la transformation, des produits agricoles à faible valeur marchande. La finalité étant d’élargir le marché de ces denrées et d’améliorer les revenus des opérateurs des filières. A cet égard, deux types de cultures ont été considérés. Il s’agit des figues et des légumineuses alimentaires (fève, pois chiche, et lentille). Au total, 27 produits alimentaires, innovants dont certains n’existent pas sur le marché, ont été conçus. Pour les figues, 5 produits ont été élaborés et ont porté sur le vinaigre, sirop, confiserie, gâteaux, et confiture (Figure 1). Pour les légumineuses alimentaires, les produits transformés comptent 22 réalisés sous formes de plats cuisinés, conserves, couscous renforcés, gâteaux, et farine.

Figure 1. Produits issus de la transformation des figues et des légumineuses alimentaires

Figure 1. Produits issus de la transformation des figues et des légumineuses alimentaires

Quant au second sujet, il s’est fixé comme objectif la détermination et la caractérisation de la qualité nutritionnelle des huiles végétales issues de plusieurs variétés d’oléagineuses (tournesol et colza) cultivées dans deux environnements différents du point de vue stress hydrique. Le but étant d’identifier la meilleure huile pouvant faire l’objet de recommandation aux agro-industries. Selon les deux environnements considérés, les résultats ont révélé des effets différenciés sur la teneur en huile, en polyphénols, en flavonoïdes, et en activité antioxydante entre les variétés considérées. Concernant les acides gras et le rapport Oméga 6/Oméga3, les variétés ont manifesté un comportement stable à l’égard de l’effet environnemental. En revanche, selon les variétés, ces paramètres ont été significativement différents. Ce travail a permis d’identifier les variétés prometteuses de colza et de tournesol pour la production d’huile.

La seconde thématique a traité deux sujets. Le premier s’est focalisé sur les signes distinctifs d’origine et de qualité, à travers le cas de l’Indication Géographique (IG) de la Grenade Sefri. Cette IG a généré une dynamique qui s’est manifestée par l’initiation d’un processus d’exportation, l’augmentation des prix, et l’extension de la superficie du grenadier au sein de son aire géographique. Toutefois, plusieurs défaillances ont jalonné le processus de sa qualification. En plus des contraintes organisationnelles, s’ajoutent celles liées à l’action collective et à la coordination entre les acteurs qui présentent parfois des intérêts et des points de vue différents voire même divergents. Ces derniers s’accordent sur la nécessité d’une remise en question de la gouvernance actuelle de l’IG, d’une part, et suggèrent la mise en place d’un dispositif de coordination et une définition claire du rôle de chaque acteur, d’autre part.

En vue de doter les acteurs de la filière arboricole de connaissances chiffrées leur permettant de mieux ajuster leurs décisions de commercialisation, le second sujet a mis l’accent sur l’intégration verticale des marchés à travers le cas de la pomme. Les résultats dégagés ont montré que sur une période de 23 ans (1994-2017), l’intégration des marchés des pommes n’a enregistré aucune amélioration. D’une part, ces résultats ne soutiennent pas l’hypothèse stipulant que les marchés devraient être plus intégrés actuellement qu’auparavant malgré les améliorations observées dans les infrastructures (routes et télécommunications) et l’instauration d’un système d’information sur les prix. D’autre part, ils n’ont pas pu confirmer l’assertion selon laquelle les hausses des prix des marchés d’expédition sont plus rapidement transmises que les baisses aux marchés déficitaires.

2. Gestion conservatoire des ressources naturelles et développement des bonnes pratiques agricoles préservatrices de l’environnement et résilientes aux changements climatiques

Cette orientation a été scindée en deux thématiques. La première thématique a été articulée autour de trois sujets. Le premier a été centré sur l’évaluation de la qualité des eaux souterraines et leur vulnérabilité à la pollution par les nitrates dans le bassin de Saïs. Les résultats obtenus ont montré que 55 et 57% des échantillons d’eau prélevés durant la période du printemps et d’automne, respectivement, dépassent la norme de potabilité (50 mg/l) définie par l’OMS. De fortes concentrations en nitrates ont été observées dans le Nord, Nord-Ouest et centre du bassin. Les précipitations annuelles moyennes, les teneurs en sable et en agrile du sol, le niveau piézométrique, la matière organique, et la lithologie constituent les principaux déterminants de la vulnérabilité des eaux souterraines aux nitrates. La carte de vulnérabilité générée a révélé que les classes de vulnérabilité élevée et très élevée couvrent une superficie de 36,4 et 26,5%, respectivement (Figure 2).

Le second sujet a consisté à l’étude de la productivité, la qualité et l’état nutritionnel de l’olivier dans deux systèmes de cultures (olivier associé à des cultures intercalaires et olivier conduit en monoculture) ainsi que l’évaluation de leur fertilité du sol. Le suivi de l’évolution des paramètres de la fertilité, inter et intra annuels, n’a pas révélé de différences significatives entre les deux systèmes pour le phosphore et le potassium. Néanmoins, le taux de matière organique s’est manifesté toujours supérieur au niveau du système intercalaire. Pour ce qui est de la teneur en huile, sa qualité, et les teneurs des feuilles en macroéléments, aucune différence n’a été enregistrée entre les deux systèmes considérés. Ces résultats attestent des avantages et des bénéfices générés par le système intercalaire aussi bien pour les producteurs agricoles que pour la fertilité du sol.

Figure 2. Cartes de vulnérabilités générées selon la méthode « Forêts aléatoires de classification » sur la base de 14 variables (a) et 6 variables classées importantes (b)

Figure 2. Cartes de vulnérabilités générées selon la méthode « Forêts aléatoires de classification » sur la base de 14 variables (a) et 6 variables classées importantes (b)

Le troisième sujet a abordé les implications environnementales de la technologie du semis direct en matière de stockage du carbone dans le sol dans la région du Saïs. A cet effet, des échantillons du sol ont été prélevés, au niveau d’exploitations ayant adopté cette technologie pour des durées variables allant d’un à plus de 10 ans. Pour les exploitations dont la durée d’adoption est inférieure à cinq ans, les résultats convergent tous vers la confirmation du fait que le semis direct permet d’augmenter le carbone du sol et le stockage ne semble pas dépendre du type de sol, mais plutôt du mode de conduite des cultures et de la rotation culturale pratiquée. Pour les exploitations dont la durée d’adoption dépasse dix ans, les résultats dégagés ont confirmé que le stock de carbone varie selon le type du sol et la rotation culturale. Les sols fersialitiques combinés à une rotation blé/féverole ont présenté le stock de carbone le plus élevé.

Quant à la seconde thématique, elle a cherché à capturer les prévisions des impacts potentiels des changements climatiques sur les cultures et les systèmes de production à travers deux sujets. Les activités du premier sujet ont été axées sur la production de cartes provinciales d’aptitudes des terres de la région Fès-Meknès aux principales cultures selon deux scénarios de changements climatiques, à savoir RCP4.5 et RCP8.5 (Figure 3). Les résultats montrent, globalement, que les changements prévus dans les précipitations et la température pourraient entrainer une augmentation de l’aptitude des terres à certaines cultures comme l’amandier et l’olivier dans certaines provinces qui ne présentent pas de limitations pédologiques. Le pois chiche par contre sera plus impacté par le changement dans les variables climatiques. Ceci requiert des mesures d’adaptation, notamment les variétés résistantes au stress hydrique, le semis direct, l’irrigation, et dans le cas extrême la substitution par des cultures plus adaptées.

Figure 3. Aptitudes des sols de la province d’El Hajeb à la culture de l’amandier, générées selon les scénarios climatiques RCP4.5 et RCP8.5

Le second sujet a porté sur une évaluation participative de la résilience des petites et moyennes exploitations agricoles (PMEA) de la zone de Saïs et leur capacité à faire face à des facteurs de changement climatique. Les types de PMEA identifiés sont : a) exploitations cultivant uniquement des céréales en bour ; b) exploitations cultivant des céréales, des légumineuses et initiant un processus d’introduction des cultures maraichères ; c) exploitations irriguées à dominance maraîchère ; et d) exploitations irriguées à dominance arboricole. Huit indicateurs ont été mobilisés pour évaluer leur résilience (Figure 4). Ces derniers ont été appréciés sur la base d’une grille allant de 5 (très bon) à 1 (très faible). Selon les perceptions des acteurs, les situations futures de ces différents types de PMEA pourraient garder des structures et des fonctions assez proches des situations actuelles. Néanmoins, ils seront appelés à : a) diversifier leurs activités agricoles ; b) intégrer les bonnes pratiques agricoles et les mécanismes d’atténuation des risques, tels que les polices d’assurances ; et c) recourir à des moyens de subsistance non agricoles et la diversification des marchés.

Figure 4. Performances actuelles et futures des quatre types d’exploitations considérées selon les huit indicateurs de résilience retenus

Figure 4. Performances actuelles et futures des quatre types d’exploitations considérées selon les huit indicateurs de résilience retenus

Bilan des activités de R&D, publications et encadrement 2017-20

En ce qui concerne les activités de R&D et de transfert de technologies, les chercheurs traitant les aspects biophysiques ont contribué à des sessions de formation (analyse sol-plante-eau) au profit des conseillers agricoles, d’une part, et à des essais de démonstration en milieu réel, d’autre part. Pour les sciences de l’alimentation, les activités de R&D ont porté sur l’appui et le suivi de coopératives féminines autour de produits conçus de légumineuses à travers l’équipement, l’encadrement, les analyses de laboratoire, ainsi que l’élaboration du dossier technique pour l’obtention de l’autorisation sanitaire. La contribution des socio-économistes a été plus axée sur la constitution et la coordination des plateformes d’innovation autour des chaines de valeur agricoles et des signes distinctifs d’origine et de qualité. Ces dernières ont été concrétisées par l’organisation d’une dizaine d’ateliers avec les acteurs concernés.

Parallèlement, les chercheurs de l’unité ont produit près d’une quinzaine d’articles scientifiques dans des revues à comité de lecture. Ils ont également contribué à hauteur d’une vingtaine de communications orales et/ou affichées dans des congrès scientifiques nationaux et internationaux. Quant aux publications techniques, elles s’élèvent à environ une dizaine. La participation dans les activités académiques a concerné l’encadrement de thèses doctorales, de projets de fin d’études (ingénieurs, masters, et licences) en collaboration avec des institutions nationales (ENA Meknès, IAV Hassan II, université Moulay Ismail, université Abdelmalek Essaâdi, FST de Fès, et l’Institut spécialisé en industries agroalimentaire et oléiculture de Meknès) et internationales (ICARDA, CIHEAM-IAMM, INRA Montpellier, et l’Institut National Universitaire Champollion).

 

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