{"id":3877,"date":"2025-07-10T11:05:37","date_gmt":"2025-07-10T10:05:37","guid":{"rendered":"https:\/\/mag.inrameknes.info\/?p=3877"},"modified":"2025-07-10T11:20:19","modified_gmt":"2025-07-10T10:20:19","slug":"parcours-dhommes-et-de-femmes-dans-lentreprenariat-rural-une-lecture-genree-de-lecosysteme-de-fes-meknes","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/mag.inrameknes.info\/?p=3877","title":{"rendered":"PARCOURS D&rsquo;HOMMES ET DE FEMMES DANS L&rsquo;ENTREPRENARIAT RURAL : UNE LECTURE GENREE DE L&rsquo;ECOSYSTEME DE FES-MEKNES"},"content":{"rendered":"\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><strong>Par El Houssain Bouichou, Aziz Fadlaoui \u00a0et Noureddine Bahri<\/strong> <strong>(INRA CRRA Mekn\u00e8s)<\/strong><\/h2>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"alignleft size-large is-resized\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"759\" height=\"1024\" src=\"https:\/\/mag.inrameknes.info\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/Dr-El-Houssain-Bouichou1-1-759x1024.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-3879\" style=\"width:185px;height:auto\" srcset=\"https:\/\/mag.inrameknes.info\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/Dr-El-Houssain-Bouichou1-1-759x1024.jpg 759w, https:\/\/mag.inrameknes.info\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/Dr-El-Houssain-Bouichou1-1-222x300.jpg 222w, https:\/\/mag.inrameknes.info\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/Dr-El-Houssain-Bouichou1-1-768x1036.jpg 768w, https:\/\/mag.inrameknes.info\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/Dr-El-Houssain-Bouichou1-1.jpg 976w\" sizes=\"(max-width: 759px) 100vw, 759px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\"><sup>Dr El Houssain Bouichou<\/sup><br><sup>Sciences \u00e9conomiques et sociales appliqu\u00e9es en agriculture<\/sup><\/figcaption><\/figure><\/div>\n\n\n<p>L\u2019\u00e9tude de l\u2019entrepreneuriat sous l\u2019angle du genre a \u00e9merg\u00e9 dans les ann\u00e9es 70 (Holmquist et Sundin, 2020). Alors que les pays d\u00e9velopp\u00e9s ont accompli des avanc\u00e9es notables dans ce domaine, les pays en d\u00e9veloppement, dont le Maroc, demeurent encore en phase d\u2019\u00e9mergence. Selon Hoy (1987), l\u2019entrepreneuriat rural d\u00e9signe la cr\u00e9ation et la gestion d\u2019entreprises en milieu rural, contribuant \u00e0 l\u2019emploi et au d\u00e9veloppement \u00e9conomique local. Ce processus est fa\u00e7onn\u00e9 par diverses dynamiques, notamment celles li\u00e9es au genre, qui influencent les interactions sociales et \u00e9conomiques. Au Maroc, l\u2019entrepreneuriat rural s\u2019affirme comme une alternative prometteuse pour lutter contre l\u2019exode rural et renforcer l&rsquo;autonomie \u00e9conomique des populations rurales. Divers programmes incitent les jeunes \u00e0 investir dans l\u2019agro-industrie, la transformation des produits agricoles, ainsi que dans l\u2019innovation technologique appliqu\u00e9e aux secteurs agricole et non agricole, favorisant ainsi un d\u00e9veloppement local durable.&nbsp; Amen\u00e9s \u00e0 user de strat\u00e9gies innovantes et de contournement des diverses contraintes sociales et institutionnelles qui se dressent devant leur acc\u00e8s aux ressources productives (terre, eau, capital), les jeunes ruraux empruntent des chemins tels la conception de projets agricoles soumis au financement public ou l\u2019engagement dans l\u2019action collective associative ou coop\u00e9rative.<\/p>\n\n\n\n<p>La strat\u00e9gie G\u00e9n\u00e9ration Green 2020-2030 ambitionne de favoriser l\u2019\u00e9mergence d\u2019une nouvelle g\u00e9n\u00e9ration d\u2019entrepreneurs ruraux en facilitant l\u2019acc\u00e8s aux ressources et en accompagnant les projets d&rsquo;investissement. Ces initiatives contribueraient non seulement \u00e0 la cr\u00e9ation d\u2019emplois, mais \u00e9galement \u00e0 la valorisation des ressources locales et \u00e0 la modernisation des pratiques agricoles. Gr\u00e2ce \u00e0 des dispositifs de formation, de soutien \u00e0 la cr\u00e9ation d\u2019entreprise et de financement adapt\u00e9, les jeunes sont encourag\u00e9s \u00e0 investir de nouveaux secteurs d\u2019activit\u00e9 et \u00e0 d\u00e9velopper des projets innovants, en ad\u00e9quation avec les besoins du march\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Cependant, l\u2019entrepreneuriat demeure largement domin\u00e9 par les hommes, avec des in\u00e9galit\u00e9s persistantes en mati\u00e8re d\u2019acc\u00e8s au financement, aux opportunit\u00e9s et aux r\u00e9seaux d\u2019affaires. Ces disparit\u00e9s sont encore plus marqu\u00e9es en milieu rural, o\u00f9 les femmes doivent surmonter de multiples contraintes d\u2019ordre socioculturel, \u00e9conomique et institutionnel. Malgr\u00e9 les initiatives mises en place pour r\u00e9duire ces \u00e9carts, l\u2019entrepreneuriat f\u00e9minin continue de faire face \u00e0 des obstacles qui limitent son impact sur le d\u00e9veloppement local. La perception des comp\u00e9tences, l\u2019acc\u00e8s restreint aux ressources financi\u00e8res et la difficult\u00e9 \u00e0 int\u00e9grer les r\u00e9seaux professionnels constituent autant de freins \u00e0 leur r\u00e9ussite. &nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Cette \u00e9tude, centr\u00e9e sur la r\u00e9gion de F\u00e8s &#8211; Mekn\u00e8s, vise \u00e0 analyser et comparer les sp\u00e9cificit\u00e9s de l\u2019engagement entrepreneurial des hommes et des femmes. En mettant en lumi\u00e8re ces dimensions, cette recherche a pour ambition d\u2019identifier les diff\u00e9rences et similitudes entre leurs trajectoires entrepreneuriales en milieu rural, tout en examinant les d\u00e9fis et les opportunit\u00e9s propres \u00e0 chaque groupe.<\/p>\n\n\n\n<!--more-->\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><strong>D\u00e9marche m\u00e9thodologique<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p>La d\u00e9marche m\u00e9thodologique adopt\u00e9e s&rsquo;articule autour de plusieurs phases compl\u00e9mentaires, visant \u00e0 permettre une analyse approfondie des facteurs influen\u00e7ant l&rsquo;entrepreneuriat rural, avec une attention particuli\u00e8re port\u00e9e \u00e0 la dimension du genre. La phase empirique de cette \u00e9tude s\u2019est appuy\u00e9e sur une collecte de donn\u00e9es aupr\u00e8s d\u2019un \u00e9chantillon de 200 entrepreneurs ruraux r\u00e9partis dans neuf communaut\u00e9s de la r\u00e9gion de F\u00e8s-Mekn\u00e8s. Afin d\u2019assurer une repr\u00e9sentativit\u00e9 \u00e9quilibr\u00e9e, un \u00e9chantillonnage al\u00e9atoire stratifi\u00e9 a \u00e9t\u00e9 mis en \u0153uvre, int\u00e9grant \u00e0 la fois le crit\u00e8re du genre et la diversit\u00e9 g\u00e9ographique des r\u00e9pondants. L\u2019\u00e9chantillon se compose ainsi de 120 hommes et de 80 femmes, permettant une analyse comparative des dynamiques entrepreneuriales selon le genre et les conditions propres aux diff\u00e9rentes zones rurales de la r\u00e9gion. Un questionnaire structur\u00e9 a \u00e9t\u00e9 utilis\u00e9 pour recueillir des donn\u00e9es relatives aux caract\u00e9ristiques socio-\u00e9conomiques des entrepreneurs, aux sp\u00e9cificit\u00e9s de leurs activit\u00e9s, ainsi qu\u2019aux facteurs technologiques influen\u00e7ant leurs trajectoires et comportements entrepreneuriaux.<\/p>\n\n\n\n<p>Apr\u00e8s la phase de collecte, une analyse \u00e9conom\u00e9trique a \u00e9t\u00e9 men\u00e9e \u00e0 l\u2019aide d\u2019un mod\u00e8le de r\u00e9gression logistique binaire. Ce mod\u00e8le a permis d\u2019\u00e9valuer l\u2019impact des diff\u00e9rentes variables sur la r\u00e9ussite entrepreneuriale, d\u2019identifier les facteurs les plus d\u00e9terminants et de mettre en lumi\u00e8re les disparit\u00e9s entre les sexes. Enfin, une derni\u00e8re phase a \u00e9t\u00e9 consacr\u00e9e \u00e0 la formulation de recommandations visant \u00e0 renforcer l\u2019\u00e9cosyst\u00e8me entrepreneurial en milieu rural, \u00e0 partir de l\u2019analyse des \u00e9carts significatifs observ\u00e9s entre les femmes et les hommes entrepreneurs en mati\u00e8re de caract\u00e9ristiques socio-\u00e9conomiques, de choix sectoriels, d\u2019acc\u00e8s aux ressources et de comportements entrepreneuriaux.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><strong>Analyse descriptive<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p>Les premiers r\u00e9sultats mettent en \u00e9vidence des disparit\u00e9s notables entre les hommes et les femmes entrepreneurs. Une large majorit\u00e9 de femmes (81 %) pr\u00e9sentent un faible niveau d\u2019instruction (moins de 7 ann\u00e9es de scolarit\u00e9), contre 51 % des hommes (Tableau 1). En ce qui concerne les revenus hors activit\u00e9 entrepreneuriale, 76 % des femmes ne disposent d\u2019aucune source compl\u00e9mentaire, alors que 81 % des hommes b\u00e9n\u00e9ficient d\u2019un revenu additionnel, leur assurant ainsi une plus grande stabilit\u00e9 financi\u00e8re. Par ailleurs, 75 % des femmes enqu\u00eat\u00e9es sont c\u00e9libataires, contre 60 % des hommes qui sont mari\u00e9s \u2013 un facteur pouvant influencer diff\u00e9remment disponibilit\u00e9 et leur engagement entrepreneurial. Concernant l\u2019acc\u00e8s au financement bancaire, 62 % des femmes d\u00e9clarent ne pas y recourir, contre 57 % des hommes, traduisant une certaine vuln\u00e9rabilit\u00e9 \u00e9conomique. Toutefois, l\u2019acc\u00e8s aux subventions appara\u00eet plus favorable aux femmes (68 %) qu\u2019aux hommes (49 %), ce qui pourrait refl\u00e9ter une inclusion plus marqu\u00e9e des femmes dans les dispositifs d\u2019appui public ou associatif.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-full is-resized\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"675\" height=\"714\" src=\"https:\/\/mag.inrameknes.info\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/Tab-1.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-3881\" style=\"width:839px;height:auto\" srcset=\"https:\/\/mag.inrameknes.info\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/Tab-1.jpg 675w, https:\/\/mag.inrameknes.info\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/Tab-1-284x300.jpg 284w\" sizes=\"(max-width: 675px) 100vw, 675px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">Tableau 1. Profil des r\u00e9pondants n = 200.<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p>Les premiers r\u00e9sultats mettent en \u00e9vidence des disparit\u00e9s notables entre les hommes et les femmes entrepreneurs. Une large majorit\u00e9 de femmes (81 %) pr\u00e9sentent un faible niveau d\u2019instruction (moins de 7 ann\u00e9es de scolarit\u00e9), contre 51 % des hommes. En ce qui concerne les revenus hors activit\u00e9 entrepreneuriale, 76 % des femmes ne disposent d\u2019aucune source compl\u00e9mentaire, alors que 81 % des hommes b\u00e9n\u00e9ficient d\u2019un revenu additionnel, leur assurant ainsi une plus grande stabilit\u00e9 financi\u00e8re. Par ailleurs, 75 % des femmes enqu\u00eat\u00e9es sont c\u00e9libataires, contre 60 % des hommes qui sont mari\u00e9s \u2013 un facteur pouvant influencer diff\u00e9remment disponibilit\u00e9 et leur engagement entrepreneurial. Concernant l\u2019acc\u00e8s au financement bancaire, 62 % des femmes d\u00e9clarent ne pas y recourir, contre 57 % des hommes, traduisant une certaine vuln\u00e9rabilit\u00e9 \u00e9conomique. Toutefois, l\u2019acc\u00e8s aux subventions appara\u00eet plus favorable aux femmes (68 %) qu\u2019aux hommes (49 %), ce qui pourrait refl\u00e9ter une inclusion plus marqu\u00e9e des femmes dans les dispositifs d\u2019appui public ou associatif.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Les caract\u00e9ristiques des entreprises r\u00e9v\u00e8lent \u00e9galement des diff\u00e9rences notables selon le genre. Une majorit\u00e9 de femmes entrepreneures (66 %) \u00e9voluent dans les secteurs de l\u2019agriculture et de l\u2019agroalimentaire, contre seulement 17 % des hommes, ces derniers \u00e9tant majoritairement actifs dans des domaines non agricoles. Par ailleurs, 72 % des entreprises dirig\u00e9es par des femmes enregistrent un chiffre d\u2019affaires annuel inf\u00e9rieur \u00e0 400 000 dirhams, contre 54 % pour celles dirig\u00e9es par des hommes. Sur le plan juridique, 85 % des femmes optent pour le statut de coop\u00e9rative, tandis que 64 % des hommes privil\u00e9gient celui d\u2019auto-entrepreneur, ce qui illustre une tendance f\u00e9minine plus marqu\u00e9e en faveur de l\u2019entrepreneuriat collectif. De plus, les entreprises f\u00e9minines sont g\u00e9n\u00e9ralement plus r\u00e9centes : 71 % d\u2019entre elles ont \u00e9t\u00e9 cr\u00e9\u00e9es il y a moins de cinq ans, contre 42 % pour les entreprises masculines. En mati\u00e8re d\u2019int\u00e9gration technologique, seules 14 % des femmes utilisent des outils num\u00e9riques, contre 62 % des hommes. L\u2019acc\u00e8s \u00e0 la formation entrepreneuriale est \u00e9galement plus limit\u00e9 pour les femmes (24\u202f%) que pour les hommes (58\u202f%). Sur le plan comportemental, les femmes adoptent plus fr\u00e9quemment un style de management participatif (79 %), alors que 78 % des hommes privil\u00e9gient d\u2019autres formes de gestion. Par ailleurs, la propension \u00e0 la prise de risque est significativement plus faible chez les femmes (23\u202f%) que chez les hommes (63\u202f%), ce qui peut freiner la croissance et la diversification de leurs entreprises. Enfin, 66 % des femmes d\u00e9clarent entreprendre par n\u00e9cessit\u00e9, contre 58 % des hommes, r\u00e9v\u00e9lant des motivations entrepreneuriales genr\u00e9es.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><strong>Principaux r\u00e9sultats du mod\u00e8le \u00e9conom\u00e9trique<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p>Les r\u00e9sultats du mod\u00e8le \u00e9conom\u00e9trique portant sur les caract\u00e9ristiques socio-\u00e9conomiques (Tableau 2) r\u00e9v\u00e8lent des effets statistiquement significatifs, en accord avec les hypoth\u00e8ses formul\u00e9es, et mettent en \u00e9vidence des \u00e9carts notables entre les entrepreneurs hommes et femmes. Le niveau d&rsquo;instruction appara\u00eet comme un facteur d\u00e9terminant, en particulier chez les hommes&nbsp;: un niveau d&rsquo;\u00e9ducation plus \u00e9lev\u00e9 augmente significativement les chances d&rsquo;entreprendre, avec un coefficient (coeff) de 2.381 et un odds ratio (OR) de 10.82. De m\u00eame, le revenu hors entreprise joue un r\u00f4le crucial (coeff = 2,02&nbsp;; &nbsp;OR = 7,54), ce qui sugg\u00e8re que les hommes b\u00e9n\u00e9ficient davantage de sources de revenus compl\u00e9mentaires, renfor\u00e7ant leur stabilit\u00e9 financi\u00e8re. La situation familiale pr\u00e9sente un effet diff\u00e9renci\u00e9 : le coefficient n\u00e9gatif (-2,54&nbsp;; OR = 0,08) indique que les femmes c\u00e9libataires ont une probabilit\u00e9 plus \u00e9lev\u00e9e de r\u00e9ussir en entrepreneuriat que celles qui sont mari\u00e9es, comparativement aux hommes. Ce r\u00e9sultat pourrait \u00eatre li\u00e9 \u00e0 des contraintes domestiques ou sociales pesant plus lourdement sur les femmes mari\u00e9es. L&rsquo;acc\u00e8s au cr\u00e9dit bancaire constitue un obstacle plus marqu\u00e9 pour les femmes (coeff. = -1,92 ; OR = 0,15), traduisant une exclusion financi\u00e8re persistante. De m\u00eame, le financement hors subventions reste limit\u00e9 chez les femmes (-1,20 ; OR = 0,30), soulignant leur d\u00e9pendance aux dispositifs publics de soutien. Toutefois, l\u2019acc\u00e8s aux subventions constitue un levier essentiel, bien qu\u2019il reste in\u00e9galement distribu\u00e9. En somme, les hommes semblent b\u00e9n\u00e9ficier de conditions plus favorables, tant en mati\u00e8re de ressources financi\u00e8res que de diversification d\u2019activit\u00e9s, alors que les femmes sont davantage contraintes par leur environnement socio-\u00e9conomique.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"658\" src=\"https:\/\/mag.inrameknes.info\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/Tab-2-1024x658.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-3882\" srcset=\"https:\/\/mag.inrameknes.info\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/Tab-2-1024x658.jpg 1024w, https:\/\/mag.inrameknes.info\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/Tab-2-300x193.jpg 300w, https:\/\/mag.inrameknes.info\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/Tab-2-768x494.jpg 768w, https:\/\/mag.inrameknes.info\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/Tab-2.jpg 1120w\" sizes=\"(max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">Tableau 2. Mod\u00e8le \u00e9conom\u00e9trique \u2013 Variable d\u00e9pendante : Probabilit\u00e9 que l\u2019entrepreneur soit une femme.<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p>Les r\u00e9sultats \u00e9conom\u00e9triques relatifs au second type d\u2019indicateurs, portant sur les caract\u00e9ristiques de l\u2019entreprise, r\u00e9v\u00e8lent que les femmes entrepreneures sont majoritairement actives dans le secteur agricole et agroalimentaire (coeff. = -1,76 ; OR = 0,17), avec un chiffre d\u2019affaires g\u00e9n\u00e9ralement inf\u00e9rieur \u00e0 celui de leurs homologues masculins ( -1.71&nbsp;; OR ,18) . Le statut juridique constitue \u00e9galement un facteur distinctif (coeff = 2,05&nbsp;; OR = 7,73) : les femmes privil\u00e9gient le mod\u00e8le coop\u00e9ratif, tandis que les hommes optent plus fr\u00e9quemment pour le statut d\u2019auto-entrepreneur. Les femmes rurales saisissent en effet l\u2019int\u00e9r\u00eat marqu\u00e9 des programmes et m\u00e9canismes nationaux et internationaux de d\u00e9veloppement pour int\u00e9grer des associations et coop\u00e9ratives qui constituent un levier de leur promotion \u00e9conomique et sociale. Par ailleurs, les entreprises dirig\u00e9es par des femmes sont souvent plus r\u00e9centes et orient\u00e9es principalement vers le march\u00e9 local, avec une probabilit\u00e9 nettement plus faible d\u2019acc\u00e9der aux march\u00e9s nationaux ou internationaux (coeff = -3,51&nbsp;; OR = 0,03). Ces \u00e9carts sont en grande partie li\u00e9s \u00e0 des contraintes structurelles et financi\u00e8res. En particulier, l\u2019acc\u00e8s restreint au cr\u00e9dit et aux financements hors subventions limite la capacit\u00e9 d\u2019investissement des femmes entrepreneures, freinant ainsi la croissance de leurs activit\u00e9s. Le recours plus marqu\u00e9 aux structures coop\u00e9ratives t\u00e9moigne d\u2019une strat\u00e9gie de mutualisation des ressources visant \u00e0 surmonter ces obstacles.<\/p>\n\n\n\n<p>Les facteurs technologiques, et le comportement entrepreneurial, influencent de mani\u00e8re significative la diff\u00e9renciation entre femmes et hommes entrepreneurs. L&rsquo;adoption des technologies num\u00e9riques ainsi que la formation en entrepreneuriat, cette derni\u00e8re ayant l\u2019effet le plus marqu\u00e9 (coeff = 3,05&nbsp;; OR = 21,03) augmentent fortement la probabilit\u00e9 d\u2019entrepreneuriat masculin. \u00c0 l\u2019inverse, les femmes adoptent plus fr\u00e9quemment un style de management participatif et manifestent une aversion plus marqu\u00e9e au risque, ce qui r\u00e9duit la probabilit\u00e9 de s\u2019engager dans une d\u00e9marche entrepreneuriale individuelle (coeff = -1,17&nbsp;; OR = 0,31). En outre, leur forte ouverture sur les dynamiques de d\u00e9veloppement rural et leurs profils entrepreneuriaux sp\u00e9cifiques orientent leurs initiatives vers des formes d\u2019entrepreneuriat collectif ou \u00e0 finalit\u00e9 sociale, quand il ne s\u2019agirait pas de strat\u00e9gie palliative de l\u00e9gitimation sociale de l\u2019acc\u00e8s des femmes au march\u00e9 sous forme de collectifs f\u00e9minins ou mixtes.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><strong>Conclusion et implications<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p>Les r\u00e9sultats de cette \u00e9tude mettent en \u00e9vidence des \u00e9carts significatifs entre les trajectoires entrepreneuriales des hommes et des femmes, fa\u00e7onn\u00e9s par des facteurs socio-\u00e9conomiques, structurels et comportementaux. Les femmes s\u2019orientent majoritairement vers l&rsquo;entrepreneuriat coop\u00e9ratif, en particulier dans les secteurs agricoles et agroalimentaires, en r\u00e9ponse \u00e0 un acc\u00e8s plus restreint aux financements et aux march\u00e9s. \u00c0 l\u2019inverse, les hommes b\u00e9n\u00e9ficient d\u2019une plus grande autonomie financi\u00e8re et s\u2019engagent davantage dans des mod\u00e8les entrepreneuriaux individuels. L\u2019int\u00e9gration des technologies num\u00e9riques et l\u2019acc\u00e8s \u00e0 la formation en entrepreneuriat \u00e9mergent comme des leviers strat\u00e9giques pour renforcer l\u2019autonomie et la performance des femmes entrepreneures. Ces constats soulignent l\u2019importance de mettre en place des politiques cibl\u00e9es, favorisant l\u2019\u00e9galit\u00e9 des chances : am\u00e9lioration de l\u2019acc\u00e8s au cr\u00e9dit, dispositifs de formation adapt\u00e9s et accompagnement personnalis\u00e9 sont autant de mesures cl\u00e9s pour promouvoir un \u00e9cosyst\u00e8me entrepreneurial rural plus inclusif et \u00e9quitable.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><strong>R\u00e9f\u00e9rences<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<ul>\n<li>Holmquist, C., &amp; Sundin, E. (2020). Is there a place for gender questions in studies on entrepreneurship, or for entrepreneurship questions in gender studies?&nbsp;<em>International journal of gender and entrepreneurship<\/em>,&nbsp;<em>12<\/em>(1), 89-101.<\/li>\n\n\n\n<li>Hoy, F. S. (1987). Who are the rural entrepreneurs?&nbsp;<em>SRDC series-Southern Rural Development Center (USA)<\/em>.<\/li>\n<\/ul>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Par El Houssain Bouichou, Aziz Fadlaoui \u00a0et Noureddine Bahri (INRA CRRA Mekn\u00e8s) L\u2019\u00e9tude de l\u2019entrepreneuriat sous l\u2019angle du genre a \u00e9merg\u00e9 dans les ann\u00e9es 70 (Holmquist et Sundin, 2020). Alors que les pays d\u00e9velopp\u00e9s ont accompli des avanc\u00e9es notables dans &hellip; <a href=\"https:\/\/mag.inrameknes.info\/?p=3877\">Continuer la lecture <span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[14],"tags":[336],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/mag.inrameknes.info\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/3877"}],"collection":[{"href":"https:\/\/mag.inrameknes.info\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/mag.inrameknes.info\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/mag.inrameknes.info\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/mag.inrameknes.info\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=3877"}],"version-history":[{"count":7,"href":"https:\/\/mag.inrameknes.info\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/3877\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":3903,"href":"https:\/\/mag.inrameknes.info\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/3877\/revisions\/3903"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/mag.inrameknes.info\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=3877"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/mag.inrameknes.info\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=3877"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/mag.inrameknes.info\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=3877"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}