La recherche agronomique au service de projets collectifs de reconversion à l’irrigation localisée dans la petite et moyenne hydraulique – Par Lahssan Bekkari (Sociologie Rurale – URGDRNESR – CRRA Meknès)

Lahssan Bekkari, Sociologie Rurale – URGDRNESR – CRRA Meknès

Lahssan Bekkari, Sociologie Rurale – URGDRNESR – CRRA Meknès

Pour faire face à la rareté de l’eau, l’économie de l’eau est érigée en priorité nationale par les pouvoirs publics marocains. Le Programme National d’Economie d’Eau en Irrigation (PNEEI) ambitionne de moderniser les systèmes d’irrigation afin d’augmenter la valorisation de l’eau. Il prévoit la reconversion à l’irrigation localisée d’environ 550 000 ha en 15 ans pour les réseaux collectifs et privés d’irrigation.

Le Programme prévoit la réduction des pertes en eau à travers l’introduction de nouvelles techniques au service de l’efficience de l’utilisation de cette ressource naturelle. L’irrigation localisée dite du goutte-à-goutte demeure la technique largement encouragée par les programmes étatiques. Le Fond de Développement Agricole (FDA) offre des subventions, plafonnée, pouvant aller jusqu’à 100 % des frais d’installation de systèmes d’irrigation localisée pour des projets collectifs.

Force est de constater que la technique du goutte à goutte qui a été conçue pour des projets individuels d’irrigation, avec un accès privé à l’eau est adoptée avec un rythme faible dans les périmètres de petite et moyenne hydraulique. Et c’est afin de contribuer à améliorer les possibilités d’introduction de l’irrigation localisée dans les systèmes irrigués de la PMH que plusieurs programmes de recherche sont conduits par l’INRA en partenariat avec différentes institutions de recherche.

Projet collectif d'irrigation localisé à Bittit (Province d'El Hajeb)

Projet collectif d’irrigation localisé à Bittit (Province d’El Hajeb)

Une recherche a été conduite dans le cadre de la composante recherche du Projet MCA (Millenium Challenge Account) par le consortium ENA-INRA-IAV Hassan II pour l’élaboration d’une démarche d’accompagnement de projets collectifs d’irrigation localisée. La conception d’une telle démarche a été basée sur l’analyse des expériences passées avec un regard multidisciplinaire sur la base d’une grille d’évaluation. Les étapes de la démarche proposée ont été testées sur le terrain au niveau de deux oasis du Tafilalet. La démarche a fait l’objet d’un article scientifique à paraître intitulé « Grille d’analyse de la maturation de projets collectifs de conversion à l’irrigation localisée : application dans des oasis du Maroc ».

Une autre recherche a été conduite dans le cadre du projet Improved Water Management for Sustainable Mountain Agriculture, en collaboration avec l’ICARDA (International Center for Agricultural Research in the Dry Areas) dans la région du Moyen Atlas Oriental (Commune rurale de Talzemt, Immouzer Marmoucha). Elle a pour objectif une étude de faisabilité d’un projet collectif de reconversion à l’irrigation localisée à partir des eaux de surface. Il s’agit principalement d’étudier les possibilités réelles pour la mise en place d’un projet collectif d’irrigation localisée à travers l’identification des conditions favorables et des contraintes pour la mise en place d’une telle initiative. Le cadre conceptuel emprunté par notre recherche se base sur l’approche socio-technique de l’innovation technique (P. Flichy, 1995) pour prendre en compte la dimension sociale de la technique de l’irrigation localisée.

L’étude de terrain se base sur une approche globale de tout le système agraire, avec une analyse des stratégies d’adaptation individuelles et collectives des agriculteurs pour faire face à la rareté des ressources en eau. Des entretiens collectifs et individuels auprès d’un échantillon ont ciblé l’analyse historique du système d’irrigation, les principaux changements observés. Afin d’approcher les attitudes des agriculteurs par rapport à la technique de l’irrigation localisée, une échelle d’attitudes a été adoptée.

Plusieurs contraintes sont évoquées par les agriculteurs. La non sécurisation des droits d’eau est souvent avancée comme la principale source de risque d’un projet collectif de reconversion. D’autres facteurs de blocage sont cités : le morcellement des terres ; les inégalités des parts d’eau, la divergence des objectifs des agriculteurs ; l’absentéisme des chefs d’exploitation (mode de faire valoir indirect).

Vue globale du périmètre de Talzemt (Province de Boulemane)

Vue globale du périmètre de Talzemt (Province de Boulemane)

L’accès à la subvention de l’Etat est jugé difficile par la majorité des agriculteurs de notre échantillon. En effet, le statut collectif des terres agricoles ne permet pas l’accès facile à l’aide du Fond de Développement Agricole (FDA), les démarches à entreprendre sont qualifiées de laborieuses.

L’étude de terrain a montré une attitude négative à conflictuelle des agriculteurs pour un projet collectif de reconversion. La prédisposition à adhérer à une telle initiative reste tributaire d’autres facteurs tels que l’aide directe de l’Etat.

La conjoncture climatique actuelle offre une eau relativement suffisante pour répondre aux besoins des cultures. Elle induit une faible prédisposition des agriculteurs à adhérer à un projet collectif d’irrigation localisée. Des contraintes structurelles limitent également le développement d’un tel projet. Le tableau suivant présente une synthèse des contraintes et des possibilités pour un projet collectif au niveau du site.

Tableau : contraintes et possibilités pour un projet de reconversion à Talzemt

Tableau : contraintes et possibilités pour un projet de reconversion à Talzemt

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