Cultiver la luzerne dans la zone de Khénifra : Spectre variétal, production fourragère et mode d’utilisation – Par Dr Rajae Kettani (agrophysiologie des cultures annuelles et fourragères – URAPV – CRRA Meknès)

Raja Kettani, agrophysiologie des cultures annuelles et fourragères - URAPV – CRRA Meknès

Raja Kettani, agrophysiologie des cultures annuelles et fourragères – URAPV – CRRA Meknès

Au Maroc, la luzerne (Medicago sativa L.) représente 22.7% de la superficie consacrée aux fourrages (Hammani et al., 2009)*. Elle est exclusivement cultivée en irrigué pour l’alimentation du cheptel laitier. En zone de montagne et dans les hauts plateaux caractérisés par des hivers très froids, les luzernières constituent la majorité des emblavures fourragères de la petite et moyenne hydraulique (Jaritz, 1997).

Dans la zone de Khénifra les superficies cultivées en luzerne constituent 33% de la sole fourragère totale (Kettani, 2005) et le potentiel d’extension de cette culture est loin d’être atteint. En effet, le manque de variétés adaptées au froid ainsi qu’un train technique approprié de production ont été diagnostiqués. Les variétés traditionnellement utilisées comme African et Moapa inscrites depuis 1986 sont sensibles au froid et à l’insecte ravageur hypera postica (phytonome), avec une production en matière verte et sèche décroissante par cycle d’exploitation à cause d’un épuisement rapide de la luzernière.

Dans le cadre de ce travail effectué en partenariat avec la DPA de Khénifra, des essais variétaux de luzerne ont été conduits dans trois périmètres irrigués au niveau de trois communes rurales rurales (Taghzout, Ait Bouayyach et Ouaoumana). Les résultats obtenus sont présentés dans cet article afin de servir le développement et la promotion de la luzerne dont la production en montagne reste en deçà des potentialités de son développement.

Parmi les variétés évaluées sur une période de 5 ans, les variétés Siriver et Pioneer sont les plus productives par rapport au témoin local qui est une variété population appelée Sahraouia.

Photo 1. Floraison de la variété siriver dans la province de Khénifra au périmètre irrigué de Taghzout/ commune rurale de Midelt

Ces deux variétés ont montré une bonne adaptation au froid avec un repos hivernal faible, ainsi qu’une bonne résistance aux principales maladies comme Verticillium spp, et Ditylenchus dipsaci. La production en biomasse verte et sèche a été supérieure au témoin local (figure 1). Les coupes ont été réalisées au stade 20-30% de plantes en fleurs. La production moyenne en vert sur trois années consécutives a été de 8.8t/ha/coupe  pour la variété  siriver et 9.2 t/ha/coupe  pour la variété  pioneer, ce qui revient à une production moyenne de 44 t MV/ha/an pour siriver et 46 t MV/ha/an pour pioneer à raison de 5 coupes par année de production (mars à novembre). La variété locale a produit en moyenne 34 t MV/ha. Les variétés introduites permettent donc un gain de production de 25% soit une marge de rentabilité nette supplémentaire pour l’agriculteur de 3150 dhs / ha.

Figure 1. Rendements des nouvelles variétés de luzerne évaluées dans le périmètre irrigué de Taghzout

Figure 1. Rendements des nouvelles variétés de luzerne évaluées dans le périmètre irrigué de Taghzout

Vu l’objectif de rendement préétabli sur la base des conditions agro climatiques et des contraintes techniques rencontrées, les références obtenues sur les parcelles installées sont satisfaisantes si on les compare au témoin local d’une part, et d’autre part au rendement moyen enregistré dans d’autres périmètres pionniers comme au Tadla qui produit 62 tonnes de matière verte/ha en moyenne (ORMVAT, 2008).

Concernant le mode d’utilisation, et quoique l’ensilage et la déshydratation de la luzerne soient faisables techniquement, ces deux techniques ne sont pas encore exploitables au niveau de cette zone pour plusieurs raisons à savoir l’accessibilité aux machines, l’exigüité des parcelles, le manque d’encadrement et le niveau de technicité des agriculteurs. Les deux formes d’utilisations possibles dans ce périmètre sont principalement l’affourragement en vert et le foin.

 

* Hammani A et al., Valorisation de l’eau souterraine par les cultures fourragères dans le périmètre irrigué du Tadla Maroc, CIRAD,

Ce contenu a été publié dans Agronomie, Cultures fourragères, Résultats de recherche agronomique, Transfert de technologie, avec comme mot(s)-clef(s) , , , , , , , . Vous pouvez le mettre en favoris avec ce permalien.

Les commentaires sont fermés.