GESTION INTEGREE DE LA POURRITURE GRISE (BOTRYTIS CINEREA) SUR LA VIGNE AU MAROC. Par Faiçal Aoujil (1,2), Khaoula Habbadi (1) et Abdellatif Benbouazza (1)

Faiçal Aoujil

Faiçal Aoujil, PhD Student INRA Meknès

La viticulture est l’une des filières de production les plus importantes dans le monde, avec une superficie globale de l’ordre de 6,9 millions d’hectares et une production annuelle de 78 MT en 2020(1). Au Maroc, la superficie plantée et le rendement de la vigne en 2020 ont été respectivement de 39405 ha et de 396903 tonnes (1).  Cela dit, la vigne est soumise à une multitude de bio-agresseurs, parmi lesquels figure le champignon phytopathogène Botrytis cinerea (Pers. : Fr), responsable de la pourriture grise de la vigne.

Ce champignon polyphage au mode de vie nécrotrophe est considéré comme étant la 3éme menace, de par son importance économique, après le mildiou et l’oïdium, causant une macération, accompagnée d’une sporulation grise cendrée intense sur les organes infectés de la vigne (Figure 1) et peut causer des pertes qualitatives et quantitatives considérables pouvant aller jusqu’à 40% (2).

D’après nos observations sur le terrain, la pourriture grise fait partie des maladies cryptogamiques les plus problématiques au Maroc. Ceci pour plusieurs raisons, dont l’encépagement du vignoble marocain qui est composé essentiellement de variétés moyennement sensibles à sensible au Botrytis cinerea en l’occurrence : Cinsault, Muscat d’Alexandrie et Doukkali et la non maitrise des traitements botryticides qui n’ont lieu qu’après la véraison rendant difficile le contrôle de la maladie.

Malgré l’importance de ce pathogène, il n’y a eu jusqu’à présent aucune étude sur les populations de Botrytis cinerea affectant le raisin au Maroc. Partant de ce constat, s’est inscrite une thèse de doctorat entre le centre régional de recherche agronomique de Meknès en collaboration avec la faculté des sciences de Meknès, dans le cadre d’un projet Prima, dont le but est de fournir de nouvelles informations pour le contrôle de la pourriture grise sur la vigne par :

  1. La caractérisation des différents profils de résistance aux fongicides des populations de B.cinerea;
  2. L’étude de la diversité génétique des populations de B.cinerea;
  3. La recherche de moyen de lutte biologique, efficace et durable contre la pourriture grise.

Cycle biologique et épidémiologique

Figure 1 : Attaque de Botrytis cinerea sur baies de raisin cv. Aledo (A) ; cv. Red globe (B). Région Fès-Meknès, durant la campagne 2020-2021. Source : (F.Aoujil, 2021)

Figure 1 : Attaque de Botrytis cinerea sur baies de raisin cv. Aledo (A) ; cv. Red globe (B). Région Fès-Meknès, durant la campagne 2020-2021. Source : (F.Aoujil, 2021)

Généralement, ce champignon existe sous quatre formes selon son cycle biologique : sclérotes, mycélium, conidies et apothécies. Il passe l’hiver sur les débris végétaux et sur le sol sous forme de sclérotes (organes de résistance). Les sclérotes germent au cours du printemps, forment d’importantes masses de mycélium qui produisent des spores qui seront ensuite, dispersées par le vent ou la pluie. La propagation des infections en début de saison est généralement limitée en raison des systèmes de défense physiques et chimiques renforcés de la vigne qui conduisent le pathogène à devenir latent dans le tissu hôte. Les tissus floraux sénescents sont hautement sensibles à la maladie et sont souvent la source d’infections secondaires. Ces tissus peuvent devenir une source majeure d’infection, en particulier après la véraison lorsque l’humidité des grappes et les concentrations en sucre augmentent, et que les concentrations en composés antifongiques diminuent dans les baies (3). Botrytis cinerea peut infecter tous les organes de la vigne après sa pénétration. Les conséquences de son infection sont plus importantes au niveau des fleurs et des baies. Différents groupes de populations de B. cinerea peuvent être à l’origine de l’infection de ces organes. Cependant, l’infection des fleurs peut expliquer jusqu’à 78% de la pourriture grise identifiée au niveau des baies (4).

Gestion intégrée de la Pourriture grise :

Prophylaxie :

Elle consiste à :

  • Eliminer les sources d’inoculum primaire, constituées par les déchets végétaux et les bois de l’année contaminés ;
  • Diminuer la vigueur de la vigne par la maîtrise de la fertilisation azotée ;
  • Et enfin, à augmenter l’aération des grappes par des éclaircissages et des effeuillages réguliers.

Par ailleurs, la prévention des blessures de la grappe par le contrôle de l’oïdium ainsi que la lutte contre les insectes vecteurs (Eudémis) permettent également de réduire les contaminations secondaires.

Choix de la variété :

La sensibilité variétale est essentiellement liée à la compacité de la grappe, l’épaisseur de la cuticule, la quantité de lenticelles de la baie, la production de phytoalexines et la précocité du stade de sensibilité de la baie. Le vignoble de table marocain est occupé à 42% par le cépage « Doukkali » réputé sensible à la pourriture grise mais qui reste désormais parmi les types les plus prisés par le consommateur, ce qui limite l’intérêt de la résistance variétale. Cependant, l’incorporation de la résistance dans les cépages adaptés aux conditions marocaines est à explorer.

Lutte biologique :

Elle repose sur l’utilisation d’agent de contrôle biologique ou de leur extrait.  Au Maroc, trois préparations à base d’Aureobasidium de Pythium et d’extrait de Reynoutria sont homologuées. Ces produits agissent par sécrétion de molécules à activité fongicide, par parasitisme ou encore par stimulation des défenses naturelles de la plante.

Lutte chimique :

La lutte chimique est encore largement utilisée dans de nombreux vignobles où le risque épidémiologique est important. Les traitements doivent être envisagés au stade A (chute des capuchons floraux), pour limiter l’infection des pièces florales par les contaminations primaires, au stade B (fermeture de la grappe), afin de limiter les infections du rachis et protège l’intérieur de la grappe, et au stade C (véraison), qui correspond au stade de réceptivité maximale des baies.

Au Maroc, pour lutter contre la pourriture grise de la vigne, 11 produits commerciaux sont homologués impliquant 7 modes d’actions différents. Cette diversité autorise des stratégies d’alternance lors de l’établissement du programme de traitement.

Néanmoins, Botrytis cinerea est reconnu pour sa résistance acquise aux fongicides, due à sa large variabilité génétique en conditions défavorables. L’apparition et la propagation de la résistance réduisent l’efficacité de la lutte contre la pourriture grise sur plusieurs cultures dans différents pays (5). La combinaison des différentes stratégies de lutte est donc essentielle pour contrôler efficacement et durablement la pourriture grise de la vigne.

 

Références bibliographiques :

1-FAOSTAT. (2022). FAO. Consulté le 14 mai 2022, à l’adresse : https://www.fao.org/faostat/fr/#data/QI

2- Elad, Y., Williamson, B., Tudzynski, P., & Delen, N. (Eds.). (2004). Botrytis: biology, pathology and control. Springer Science & Business Media.

3- Walker, A. S. (2013). Diversité et adaptation aux fongicides des populations de Botrytis cinerea, agent de la pourriture grise(Doctoral dissertation, Université Louis Pasteur (Strasbourg 1)).

4- Loqman, S. (2009). La lutte biologique contre la pourriture grise de la vigne : Isolement, caractérisation de souches de bactéries Actinomycétales antagonistes à partir des sols rhizosphériques de vignes saines sauvages d’origine marocaine (Doctoral dissertation, Reims).

5-  Jacometti, M. A., Wratten, S. D., & Walter, M. (2010). Alternatives to synthetic fungicides for Botrytis cinerea management in vineyards. Australian Journal of Grape and Wine Research16(1), 154-172.

 

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(1) : INRA Meknès – (2) : FS Meknes.

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