MAUVAISES HERBES DU BLE TENDRE : INVENTAIRE DES ESPECES DANS LE SAIS ET EFFICACITE DE SIX HERBICIDES. Par Mariam El HARSAL(1), El Hassane BENSELLAM(2), El Hassan ACHBANI(1) et Hafid IBRIZ(1)

Ir Mariam El Harsal, Chercheuse - URPP CRRA Meknès

Ir Mariam El Harsal, Chercheuse – URPP CRRA Meknès

Les céréales constituent l’élément de base du régime alimentaire marocain. Cependant, la production nationale ne permet de couvrir que 54% des besoins en moyenne (ONICL, 2021). Par conséquent, le Maroc qui était jadis un exportateur de blé, doit s’affronter annuellement face à deux alternatives : continuer d’importer pour combler l’autre moitié des besoins, ou doubler la production nationale. Pour ce dernier objectif, l’intensification de la culture reste désormais la seule option, compte tenu des limites d’extension de la culture.

L’utilisation des pesticides, dont les herbicides, permet généralement d’augmenter le rendement des céréales en année normale (Bouhache et al., 2000). En effet, en absence de toute intervention contre les mauvaises herbes, les pertes de rendement chez les céréales  sont importantes et varient entre 15 et 68% selon les régions, les conditions climatiques de l’année et la nature de la flore adventice (Taleb, 2007). En plus, les infestations massives gênent les opérations de moisson et peuvent aussi causer des problèmes de stockage des productions (Boutahar, 2000 ; Hajjaj, 2010).

La lutte chimique et notamment le désherbage précoce reste le moyen de lutte le plus efficace contre les espèces nuisibles. Sans désherbage précoce, les intrants investis ne seraient pas bien rentabilisés (Bouhache et al., 2000). Toutefois, la multiplicité des espèces adventices ainsi que des matières actives disponibles pose problématique pour une gestion efficiente de cette opération culturale.

Dans ce contexte, une étude a été menée sur un champ de blé à Douyet dans l’objectif de recenser les principales espèces de mauvaises herbes envahissant cette culture ainsi que de comparer l’efficacité de six herbicides.

L’essai a été réalisé à la station expérimentale Douyet, durant la campagne agricole 2020-2021, suivant un dispositif en blocs aléatoires complets avec quatre répétitions. Le semis a été effectué le 14 décembre 2020, par un semoir mécanique, sur un antécédent cultural jachère non travaillée, et les semences utilisées sont issues de la variété de blé tendre « Resultón ». Les six herbicides testés figurent dans le tableau 1.

Tableau 1 : Liste des herbicides testés sur blé tendre à Douyet

Tableau 1 : Liste des herbicides testés sur blé tendre à Douyet

Ainsi, l’efficacité des herbicides a été appréciée selon l’échelle de la Commission des Essais Biologique de la Société Française de Phytiatrie et de Phytopharmacie (C.E.B) :

  • 100-95% : Très bonne efficacité
  • 95-80% : Bonne efficacité
  • 80-60% : Efficacité moyenne
  • 60-40% : Efficacité faible
  • < 40% : Efficacité sans intérêt pratique

L’inventaire des mauvaises herbes présentes durant tout le cycle de la culture a permis de recenser 42 espèces, appartenant à 38 genres et 15 familles botaniques, dont les Asteraceae, les Poaceae et les Fabaceae représentent à elles seules 50% de l’effectif (Figure 1), avec une dominance des dicotylédones (88%) et des espèces annuelles (79%). Les adventices  les plus problématiques ont été  Avena sterilis, Papaver rhoeas, Ammi majus, Phalaris sp. et Centaurea diluta.

Figure 1 : Importance des familles botaniques des adventices recensées en champ expérimental de blé tendre

Figure 1 : Importance des familles botaniques des adventices recensées en champ expérimental de blé tendre

Les six traitements étaient d’une efficacité faible à moyenne, ayant permis d’augmenter le rendement grain et ses composantes, par rapport au témoin non désherbé (Tableau 2).

Tableau 2 : Appréciation de l’efficacité des herbicides sur les adventices du blé tendre

Tableau 2 : Appréciation de l’efficacité des herbicides sur les adventices du blé tendre

Les produits qui ont montré une efficacité moyenne sur les adventices étaient T3, T5 à base de ‘Mésosulfuron-méthyl+Iodosulfuron-méthyl’ et T1 à base de ‘Clodinafop-propargyl+ Cloquintocet-mexy’. Nos résultats pour les deux premiers traitements sont en accord avec ceux de Bensellam et al. (2021), ayant aussi recommandé l’utilisation de mésosulfuron-méthyl + iodosulfuron-méthyl, sous les deux formulations.

Cependant, les désherbants à base de Prosulfocarb, Sulfosulfuron et 2-4 D + 2-4 MCPA n’ont pas fait preuve d’efficacité satisfaisante vis-à-vis des adventices, car Prosulfocarb n’a pas pu lutter au début du cycle contre les populations de Phalaris sp. et des dicotylédones, notamment le Papaver rhoeas. Ce constat a été confirmé également par Hajjaj et al., (2016) qui déclaraient que ce traitement n’a pas contrôlé Papaver rhoeas.

Le traitement T5 ‘Mésosulfuron-méthyl+Iodosulfuron-méthyl’ s’affichait le meilleur avec un gain en rendement grain de 116% par rapport au témoin non désherbé. Ce résultat est conforme à ceux rapportés par d’autres auteurs dans le contexte marocain (Hajjaj et al., 2016 ; Bensellam et al., 2021).

Pourtant, il est à noter que le choix du produit de désherbage, uniquement sur la base du rendement est insuffisant, d’où l’importance de considérer la marge bénéficiaire de chaque traitement pour en déduire le produit le plus efficace et le plus rentable pour l’agriculteur. Le tableau 3 indique le rendement et la marge bénéficiaire générés par chaque traitement.

Tableau 3 : Marge bénéficiaire générée par traitement sur la culture du blé tendre

Tableau 3 : Marge bénéficiaire générée par traitement sur la culture du blé tendre

Dans ce sens, l’herbicide T5 a engendré le plus de gain et de marge bénéficiaire avec 13 000 dh /ha, suivis des traitements T4 (9532 dh/ha), T3 (6371 dh/ha), T1 (6167,3 dh/ha) et enfin T6 (2920 dh/ha). Quant à l’herbicide T2, il a entrainé une perte en termes de marge bénéficiaire, à cause de son coût élevé sur le marché ; de sa faible efficacité vis-à-vis des mauvaises herbes présentes et du rendement obtenu non satisfaisant.

En conclusion, les champs de blé (Sais) connaissent l’envahissement de plus de 40 espèces adventices dont les plus dominants sont Avena sterilis, Papaver rhoeas, Ammi majus, Phalaris sp. et Centaurea diluta.

Par ailleurs, tous les traitements testés ont été d’une efficacité faible à moyenne, mais ayant permis une augmentation significative du rendement grain et ses composantes. Parmi les matières actives testées, ‘Mésosulfuron-méthyl + Iodosulfuron-méthyl’ s’est montré le plus efficace compte tenu de son effet sur le rendement grain et la rentabilité économique. Toutefois, le désherbant à base de ‘Prosulfocarb’ a engendré une perte en termes de rentabilité économique ; à cause de son coût élevé, et de sa faible efficacité vis-à-vis des mauvaises herbes présentes dans l’essai.

Les résultats obtenus laissent emmètre les recommandations  suivantes :

  • Connaitre la nature du cortège floristique est un préalable important avant d’envisager n’importe quelle intervention chimique ;
  • Choisir les produits adéquats avec les mauvaises herbes qui présentent un réel danger à court, moyen et long termes (nuisibilité réelle et potentielle) ;
  • Opter pour des herbicides à large spectre d’action anti-monocotylédones et anti-dicotylédones, car il y aura toujours des mauvaises herbes des deux classes ;
  • Raisonner le choix du désherbant dans la mesure où il ne dépasse pas le seuil économique ; c’est-à-dire que le coût de son utilisation doit être rentabilisé par la suite ;
  • Traiter précocement (stade 2-3 feuilles jusqu’au mi-tallage) afin de limiter la compétition des mauvaises herbes, au début de cycle, et permettre un bon démarrage de la culture ;
  • Employer les traitements dans les bonnes conditions et respecter les bonnes pratiques ;
  • Refaire cette étude pour une autre campagne agricole et dans d’autres zones agroécologiques (variabilité spatio-temporelle).

Références

Bensellam E. H., Touahar A., et Zidane L. (2021). Effet de quelques herbicides chimiques sur le rendement grain du blé dur et ses composantes dans les conditions pédoclimatiques du Gharb – Maroc. AFRIMED Agricultural Journal. Al Awamia (131) : 73-90.

Bouhache M., Rzozi S.B., Taleb A. et Sakhi M. (2000). Nécessité de désherbage précoce des céréales pour la valorisation des inputs. Transfert de technologie en agriculture N°74.

Boutahar K. (2000). Récolte mécanisée du blé tendre en agriculture pluviale marocaine : influence des adventices sur les pertes en grain et le taux d’impuretés au stockage. Proc. Journée nationale sur le désherbage des céréales : 27- 33.

Hajjaj B. (2010). Le désherbage tardif des céréales, une année de mauvaises herbes génère 7 années de désherbage. Agriculture de Maghreb (42) : 80.

Hajjaj B., Bouhache M., Mrabet R., Taleb A. (2016). Efficacité de quelques herbicides des céréales dans une culture du blé tendre conduite en semis direct. Revue Marocaine des Sciences Agronomiques et Véterinaires, 4 (3) : 48-56.

ONICL (2021). Office National Interprofessionnel des Céréales et Des Légumineuses sur www.onicl.org.ma.

Taleb A. (2007). Les mauvaises herbes des céréales au Maroc. Agriculture du Maghreb (25) : 52-56.

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(1) : INRA CRRA Meknès.

(2) : INRA CRRA Kénitra

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