CARACTERISATION PHENOTYPIQUE D’UNE COLLECTION D’ACCESSIONS LOCALES ET ETRANGERES DE FEVEROLE. Par Oumaima Chetto (INRA CRRA Meknès), Mustapha Arbaoui et Loubna Belqadi (IAV Hassan II)

Ir Oumaima Chetto, chercheuse - URAPCRG CRRA Meknès

Ir Oumaima Chetto, chercheuse – URAPCRG CRRA Meknès

La fève (Vicia fabaL.) est l’une des légumineuses à graines les plus importantes au monde en raison de ses multiples utilisations, de sa valeur nutritive élevée et de sa capacité à croître dans un large éventail de conditions pédoclimatiques. Néanmoins, les rendements de cette culture, enregistrés au cours de ces cinq dernières décennies, au Maroc, sont instables, avec une tendance régressive. Au Maroc, entre 1973 et 2019, la superficie a diminué de plus de la moitié, en passant de 278.400 ha à 125.860 ha (FAOSTAT, 2021). Cet abandon progressif est dû à un ensemble de contraintes d’ordre climatique et technique. Par ailleurs, le nombre de variétés améliorées actuellement disponibles est très limité et ne peut répondre de manière adéquate à la demande des différentes zones agroécologiques (Fatemi et al., 2005).

La sélection végétale dépend de la disponibilité de la variation génétique utilisable pour le croisement et la sélection de génotypes d’intérêt. Cette diversité génétique est d’autant plus grande que les milieux de sélection, d’une part, et les idéotypes sélectionnés, d’autre part, sont différents. D’où l’intérêt d’avoir un germoplasme diversifié, constitué de lignées marocaines et d’accessions de différentes origines géographiques. Les accessions provenant des pays producteurs de fèves permettent l’introduction de caractéristiques nouvelles telles que la résistance aux maladies, la précocité, la taille et la couleur des graines, etc.

Afin de contribuer à l’amélioration génétique et à la sélection de nouvelles variétés de fèves, le présent travail s’est fixé comme objectif d’étudier la diversité phénotypique de 69 d’accessions d’origine marocaines et étrangères. Ce matériel végétal a été évalué dans deux sites sur la base de neuf traits agro-morphologiques, dans le cadre d’un programme de sélection variétale menée par une Société Semencière Privée (SSP) en collaboration avec l’Institut Agronomique et Vétérinaire Hassan II.

La variété de féverole ‘Zina’ (Fv705) en essai de multiplication à la station expérimentale de Douyet (Fatemi, 2017)

La variété de féverole ‘Zina’

L’essai a été installé dans deux régions géographiques différentes : chez un agriculteur dans la région Fès–Meknès, la province de Taounate, au sud-est du village Jbel Saoud Oued Jemaa  et dans la station expérimentale de la SSP située dans la région Rabat–Salé–Kénitra, la province de Khémisset, la commune de Tiflet, précisément, près de Sidi Allal El Bahraoui.

L’étude a porté sur 69 génotypes. Il s’agit de lignées avancées F6 en phase de criblage. Les accessions sont originaires du Maroc (57) et de l’étranger (12). Les 12 génotypes étrangers proviennent de l’Allemagne (2), l’Egypte (1), l’Espagne (2), la Grèce (1), le Pérou (1), le Yémen (1), l’Iran (1), l’Ethiopie (2) et l’Inde (1). Toutes ces accessions ont été testées en présence des témoins commerciaux qui sont des variétés de l’INRA et de la SSP, inscrites ou en cours d’inscription au Catalogue Officiel de l’ONSSA.

Chaque accession a été semée sur quatre lignes à raison de 30 graines /ligne. Les quatre lignes de quatre mètres de largeur et de trois mètres de longueur, constituent les parcelles élémentaires de 12 m².

Analyse descriptive des traits quantitatifs et qualitatifs

L’analyse descriptive des caractères quantitatifs mesurés a révélé une grande variabilité agro-morphologique (Tableau 1). Le rendement le plus faible est de 2,19 q/ha, enregistré par le génotype allemand 4, alors que le rendement le plus élevé est de 18,04 q/ha, obtenu par la variété témoin 19 « Alfia 27 » (Figure 1). Il en ressort que la majorité des génotypes productifs sont d’origine marocaine. Quant à l’analyse des traits qualitatifs, elle a montré une légère dominance de la couleur noire au niveau des gousses. En effet, 37,3% des gousses sont de couleur noire à maturité, 32,8% marrons et 29,8% de couleur beige. Le pourcentage de génotypes ayant un port érigé de la gousse est légèrement supérieur à celui des génotypes ayant des gousses pendantes et horizontales. 37,3% des accessions ont un port dressé. Ceux ayant une inclinaison retombante représentent 35,8% de l’ensemble des génotypes. Les accessions au port horizontal occupent le troisième rang et représentent 26,9% des accessions.

Une panoplie variée de couleurs des graines caractérise les différentes accessions étudiées, avec une forte dominance de la couleur verte présentant 56,7% des graines, suivies des graines de couleur beige (28,4%). Le reste est partagé par ordre décroissant entre des graines de couleur violette (7,5%), bicolore (6%) et noire marron (1,5%). Le hile noir est présent dans 73,1% des accessions, tandis que le hile blanc caractérise 26,9% des accessions.

Tableau 1 : Variabilité globale des paramètres agro-morphologiques mesurés

Tableau 1 : Variabilité globale des paramètres agro-morphologiques mesurés

 

 

 

 

Figure 1 : Rendement en graines des génotypes testés

Figure 1 : Rendement en graines des génotypes testés

L’analyse de variance (ANOVA) a révélé un effet hautement significatif de l’environnement et du génotype sur les variables hauteur et poids de 100 graines. Par contre, les génotypes sont comparables pour le rendement en graine en absence de tout effet significatif de l’environnement.

Analyse en composantes principales (ACP)

La plus grande variabilité observée a été expliquée par les deux premiers axes qui ont cumulé 67,8 % de la variance. La première composante (Axe 1) explique 42,8% de la variabilité et concerne principalement les variables agronomiques à savoir le rendement, le poids de 100 graines et la précocité. La seconde composante (Axe 2) explique 25% de la variabilité des caractères se rapportant à la hauteur et l’infestation par l’orobanche (Figure 2). L’axe 1, représentant le potentiel en production de grains, sépare les génotypes allemands, péruviens, indiens, iraniens, éthiopiens, grecs, yéménites et certains génotypes marocains d’un groupe fortement dominé par les génotypes marocains en plus de ceux de deux autres pays méditerranéens à savoir :  l’Espagne et l’Egypte. L’axe 2 oppose les pays méditerranéens (Maroc, Espagne, Grèce et Egypte) et les pays du Moyen Orient et de l’est de l’Afrique (Yémen et Ethiopie) aux pays de l’Asie du sud (Inde), de l’Europe centrale (Allemagne) et de l’Amérique latine (Pérou).

La projection des 69 accessions sur le plan, produit par les deux axes, a permis d’identifier quatre groupes distincts ;

  • G1 comprend des génotypes précoces et productifs. Cependant la dispersion des génotypes par rapport à la hauteur et au degré d’infestation par l’orobanche (axe 2) est étalée. Cela est dû à la grande étendue de ce groupe à contenu majoritairement marocain
  • G2 est constitué de génotypes courts, peu infestés par l’orobanche et à rendement et précocité moyens. Il s’agit de quelques génotypes marocains en plus des génotypes provenant de l’Ethiopie la Grèce et le Yémen.
  • G3 est formé par les génotypes allemands très peu productifs, tardifs, d’une hauteur et d’un degré d’infestation par l’orobanche moyens.
  • G4 comprend les accessions provenant du Pérou et d’Inde peu productives, tardives, hautes et très infestées par l’orobanche.
Figure 2 : Répartition des 69 accessions de fèverole par origine géographique selon les deux premières composantes principales

Figure 2 : Répartition des 69 accessions de fèverole par origine géographique selon les deux premières composantes principales

Analyse de regroupement : classification hiérarchique ascendante

La classification des 69 accessions de fèves a été effectuée sur la base des traits agro-morphologique (caractères quantitatifs et qualitatifs confondus) moyennant une matrice de distance euclidienne. Le dendrogramme résultant de l’analyse hiérarchique ascendantes a isolé les accessions marocaines des accessions étrangères (Figure 3), excepté celles provenant de l’Espagne et de l’Egypte. En effet, ces dernières s’écartent beaucoup du matériel végétal provenant des autres zones géographiques, et s’insèrent au milieu des accessions marocaines.

Figure 3 : Classification par origine géographique des accessions de féveroles selon la distance euclidienne sur la base de la totalité des traits agro-morphologiques

Figure 3 : Classification par origine géographique des accessions de féveroles selon la distance euclidienne sur la base de la totalité des traits agro-morphologiques

Conclusion

Sur la base des traits agronomiques quantitatifs, le regroupement des génotypes est fortement influencé par l’origine. Les génotypes nationaux adaptés aux conditions édapho-climatiques marocaines ont tendance à se regrouper et surpassent les génotypes étrangers en termes de performances de productivité. Toutefois, les accessions méditerranéennes (égyptienne et espagnole) rivalisent le matériel génétique marocain en termes de rendement et leur ressemblent morphologiquement. En effet, à l’exception de ces deux provenances, les génotypes introduits de l’étranger se distinguent fortement des génotypes nationaux pour tous les traits.

L’évaluation de la diversité génétique aide, dans une certaine mesure, à surmonter le risque éventuel d’érosion génétique et à établir des stratégies de conservation durables et résilientes. L’étude des liaisons génétiques sert de base au choix de parents génétiquement distants, en particulier, dans les programmes de sélection par hybridation, notamment les variétés synthétiques. De plus, les introductions étrangères méritent d’être envisagées dans les croisements en vue d’induire de nouvelles recombinaisons génétiques à même d’élargir la base génétique nationale de la culture des fèves.

Références bibliographiques

FAO, 2007. Marker-Assisted Selection, Current status future perspectives in crops, livestock, forestry fish. Rome, Italy.

FAOSTAT, 2021. FAO statistical database. Food Agriculture Organization (FAO) of the United Nations, Rome, Italy. Available www.fao.org/faostat (accessed January 2021).

Fatemi Z., Sakr B. & Abbad aloussi F., 2005. Chapitre IV : Amélioration génétique de la fève et féverole. Dans La création variétale à l’INRA : méthodologie, acquis et perspectives.

 

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