Le sésame au Maroc : un intérêt certain, une diversité génétique restreinte. Par Dr Abdelghani Nabloussi(1), Jamal Charafi(1), Meriem El Harfi(1,2), Hafida Hanine(2) et Mohamed El Fechtali(1)

Dr Abdelghani Nabloussi, Amélioration génétique des oléagineux annuels, Coordinateur de l’URAPCRG - CRRA Meknès

Dr Abdelghani Nabloussi, Amélioration génétique des oléagineux annuels, Coordinateur de l’URAPCRG – CRRA Meknès

Le sésame (Sesamum indicum L.), appartenant à la famille des Pedaliaceae, est l’une des plus anciennes cultures oléagineuses connue par l’Homme. Il fût cultivé et domestiqué dans le subcontinent indien durant les ères Harappéen et Anatolien, il y a plus de 2600 années avant J.-C. Actuellement, il se trouve cultivé dans plusieurs parties du monde, notamment en Asie et en Afrique.

La culture du sésame est principalement adaptée au climat tropical et subtropical, mais peut aussi prospérer sous climat tempéré. Le fruit du sésame est une capsule axillaire contenant, en général, plus de 50 graines. La graine, riche en huile (50-60%) et en protéines (25%), est d’une grande valeur nutritionnelle et médicinale reconnue par l’OMS. En effet, elle est riche en fer, en magnésium, en manganèse, en calcium, en acides gras insaturés (40% d’acide oléique et 40% d’acide linoléique), en acides aminés de base, en vitamine E (antioxydant) et en fibres. De même, la graine du sésame est une source de vitamine B1 et de lignanes (sésamine, sésamol), jouant un rôle dans la réduction du taux du mauvais cholestérol et dans la protection du système cardiovasculaire.

Les produits commercialisés du sésame sont la graine entière, l’huile extraite de la graine et le tourteau. Les graines entières, ou sous forme de pâte, sont particulièrement utilisées comme ingrédients dans la préparation de quelques produits et recettes alimentaires, notamment dans certains sirops sucrés, biscuits, pains et d’autres produits boulangers. L’huile du sésame est utilisée dans la cuisson, la préparation des salades et pour la fabrication des margarines. Elle est aussi utilisée pour des fins pharmaceutiques et industrielles, notamment dans la fabrication du savon, des peintures, des parfums et des lubrifiants.

Situation au Maroc

Au Maroc, la superficie moyenne est de l’ordre de 2500 ha, le rendement moyen reste inférieur à 8 q/ha et la production moyenne avoisine 1800 t par année. Le périmètre de Tadla assure 90% de la production nationale, alors que la zone de Meknès et celle de Safi assurent le reste (10%). La culture du sésame est considérée comme produit de terroir de la région du Tadla-Azilal, et constitue donc une filière prioritaire dans son Plan Agricole Régional (PAR), dans le cadre du pilier I du Plan Maroc Vert. Ce dernier prévoit une augmentation de la superficie réservée à cette culture de 60% pour atteindre 4000 ha à l’horizon 2020 et une augmentation de la production de 225% pour passer de 1800 T actuellement à 6400 T à l’horizon 2020. Malgré les potentialités de cette région productrice du sésame au Maroc par excellence, cette filière reste peu développée à cause de plusieurs contraintes, dont notamment la non utilisation de variétés améliorées, le faible recours aux techniques modernes de production, la faible valorisation de la production et la non organisation du circuit de commercialisation. En amont de la chaîne de production de la filière du sésame, le matériel végétal (semences) utilisé par les producteurs est méconnu et aucune étude scientifique n’a été réalisée pour sa caractérisation. L’importance de telle caractérisation réside, à moyen terme, dans la proposition aux producteurs de sésame des meilleurs génotypes existants et, à long terme, dans l’exploitation du matériel caractérisé dans le programme futur d’amélioration et de sélection de variétés améliorées.

Ainsi, une étude récente a été entreprise pour élucider la variabilité et la diversité génétiques des populations locales cultivées par les producteurs de sésame dans notre pays. Cette étude, basée sur une caractérisation agro-morphologique et moléculaire, a concerné un ensemble de 33 populations issues de différentes zones du périmètre irrigué de Tadla.

Caractérisation agro-morphologique

Figure 1. Essai d’évaluation agro-morphologique de sésame au Domaine Expérimental de Aïn Taoujdate, 2014

Figure 1. Essai d’évaluation agro-morphologique de sésame au Domaine Expérimental de Aïn Taoujdate, 2014

Les populations collectées ont été caractérisées au niveau de trois environnements différents, Afourar (Tadla) durant deux années consécutives (2013 et 2014) et Aïn Taoujdate (Saïs) en une seule année (2014), sur la base de 13 descripteurs morphologiques et agronomiques (Figure 1). Le tableau 1 montre les valeurs moyennes et les écarts-types de ces paramètres au niveau des trois environnements. Une variation importante et significative parmi les populations n’a été observée que pour trois traits agro-morphologiques, à savoir la hauteur de la première capsule, le nombre de graines par capsule et le poids de mille graines. L’environnement a eu un effet hautement significatif sur tous les paramètres étudiés, à l’exception de la taille de la capsule et de la teneur en huile. Les valeurs moyennes des paramètres étudiés montrent que l’environnement Afr-14 est le plus favorable pour la plupart de ces paramètres, en particulier le rendement en graines (1,32 t / ha) et le poids de mille graines. Des corrélations significatives et intéressantes ont été observées entre le rendement en graines par plante et d’autres paramètres. Comme implication pertinente de ces corrélations, le nombre de capsules par plante et le nombre de graines par capitule pourraient être utilisés comme indices de sélection pour l’amélioration du rendement du sésame. Cependant, une variation limitée et non significative entre les populations de sésame pour la plupart des paramètres étudiés indiquerait que ces populations sont génétiquement très proches et qu’elles seraient dérivées d’un même cultivar ou d’un seul matériel génétique de base. Une caractérisation moléculaire additionnelle est nécessaire pour confirmer ou réfuter cette hypothèse.

Tableau 1. Valeurs moyennes, écarts-types (ET) et variation des paramètres agro-morphologiques de 33 populations de sésame marocaines évaluées au niveau de trois environnements différents

Tableau 1. Valeurs moyennes, écarts-types (ET) et variation des paramètres agro-morphologiques de 33 populations de sésame marocaines évaluées au niveau de trois environnements différents

Caractérisation moléculaire

Figure 2. Dendrogramme UPGMA illustrant les relations génétiques entre les populations de sésame étudiées

Figure 2. Dendrogramme UPGMA illustrant les relations génétiques entre les populations de sésame étudiées

La diversité génétique a été analysée en utilisant des marqueurs ISSR comme méthode simple permettant de révéler le polymorphisme au sein des 33 populations de sésame évaluées antérieurement sur le plan agro-morphologique. Un total de 160 individus représentant ces populations a fait l’objet de cette étude utilisant vingt-quatre amorces ISSR (Inter Simple Sequence Repeat). Seules sept amorces ont présenté des profils génomiques lisibles et reproductibles avec un nombre intéressant de bandes (57) dont 47 sont polymorphes. Le coefficient de similarité (simple matching coefficient) entre les génotypes varie de 0,509 à 1, avec une moyenne de 0,79. La similarité la plus élevée (1) a été enregistrée entre 537 paires d’individus, ce qui indique qu’aucun marqueur ne différencie ces individus et qu’ils ont le même profil génétique. La similarité la plus faible (0,509) a été détectée entre trois individus uniquement, suggérant une distance génétique maximale entre eux. Vingt-huit marqueurs différents différencient ces individus. Parmi les 8911 comparaisons deux-à-deux, un nombre de 6556 combinaisons de paires différenciées (73,57%) se distinguent par moins de 11 marqueurs, alors que les 2355 paires restantes se sont distinguées par 11 à 28 marqueurs. Ceci explique la faible diversité des populations de sésame étudiées. De même, le dendrogramme (Figure 2) confirme cette faible diversité avec une première différenciation en deux principaux groupes (I et II), avec un coefficient de similarité de 0,86. Les importantes distinctions entre les génotypes apparaissent à un niveau supérieur à 0,93 comme coefficient de similarité.

Conclusion

L’étude de la diversité génétique chez plusieurs cultivars de sésame cultivés dans différentes localités de la zone du Tadla, impliquant aussi bien l’approche agro-morphologique que moléculaire, a révélé une variabilité génétique très étroite entre ces cultivars. Ceci confirme qu’ils seraient tous dérivés d’un pool génétique restreint qui pourrait être un seul cultivar ou une seule population de départ. Les variations mineures observées pour certains caractères seraient dues à des mutations qui seraient survenues au cours du temps ou à des pressions de sélection exercées par les agriculteurs durant l’histoire de la culture du sésame au Maroc. Par ailleurs, afin de lancer un programme de sélection de sésame au Maroc, un nouveau matériel génétique devrait être introduit de différents pays producteurs du sésame, notamment d’Afrique et d’Asie. Autrement, une nouvelle variabilité génétique pourrait être induite dans les populations de sésame marocain à travers l’utilisation de la mutagenèse chimique et/ou physique.

———————–

1 : Unité de Recherche Amélioration de Plantes et Conservation de Ressources Phyto-Génétiques, INRA-CRRA de Meknès.

2 : Laboratoire de Bioprocédés et Bio-Interfaces, Faculté des Sciences et Techniques, Université Sultan Moulay Slimane, Béni-Mellal.

Ce contenu a été publié dans Amélioration génétique, Plantes oléagineuses, avec comme mot(s)-clef(s) , , , , , . Vous pouvez le mettre en favoris avec ce permalien.

Les commentaires sont fermés.