Evaluation de la qualité des eaux de la nappe phréatique dans le bassin du Saïs. Par Dr Karima Bouhafa, Abdelhakim Lahjouj et Abdellah El Hmaidi

Dr Karima Bouhafa, chercheuse en sciences du sol (URGDRNESR - CRRA Meknès)

Dr Karima Bouhafa, chercheuse en sciences du sol (URGDRNESR – CRRA Meknès)

Le secteur agricole est en évolution continue grâce à la stratégie nationale « Plan Maroc Vert » adoptée par le Ministère de l’Agriculture, visant l’augmentation de la productivité de différentes filières. Pour atteindre les objectifs assignés par ce plan, une intensification agricole s’impose. Cette dernière aura certainement un impact négatif sur l’environnement. En effet, l’utilisation abusive des engrais chimiques notamment azotés, sans tenir compte de la nature des sols, des besoins des cultures et des conditions climatiques de l’année rend les fertilisants facilement lessivables vers la nappe phréatique et plus particulièrement l’azote nitrique qui est très mobile dans le sol. Il en résulte ainsi une contamination des eaux souterraines. Cette contamination de la nappe phréatique diminue le potentiel de la qualité des ressources hydriques, génère un risque sanitaire pour la population rurale et compromet le développement socio-économique du pays.

Une étude a été réalisée dans le bassin de Sais dont l’objectif est de déterminer  la qualité des eaux de la nappe phréatique, en référence aux normes de potabilité. Ce travail a porté sur 54 échantillons d’eau prélevés de manière aléatoire sur tout le bassin, durant la période s’étalant entre Mars et Mai 2018. Ces échantillons ont fait l’objet de différentes analyses (tableau 1) au laboratoire afin d’évaluer leur qualité par le biais de l’Indice de la Qualité de l’Eau (Water Quality Index) (Rizwan et al., 2010), en se basant à la fois sur les normes marocaines (CTNEAH, 2006) et celles établies par l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS, 2011).

Le calcul de l’indice WQI a montré, selon les normes marocaines, que 28 % des échantillons prélevés sont d’excellente qualité, 63 % sont de bonne qualité et 9 % sont de mauvaise à très mauvaise qualité. En se basant sur les normes de l’OMS, il est ressorti que 26 % des échantillons analysés sont d’excellente qualité, 61 % sont de bonne qualité et 13% sont de mauvaise à très mauvaise qualité.

L’analyse des différents paramètres de l’eau mesurés a montré que l’élément le plus contaminateur de la nappe est l’azote (les nitrates). En effet, 50 % des échantillons prélevés présentent des teneurs élevées en nitrates, dépassant ainsi la norme (50 mg/l) établie par l’OMS (figure 1). La concentration maximale de l’eau en nitrates a été largement supérieure à la norme de référence et a été de 321.6 mg/l. Les fortes concentrations en nitrates ont été enregistrées au Nord, Ouest et Centre du bassin de Sais. La valeur minimale en nitrates a été observée dans la limite sud du bassin et a été de l’ordre de 0.2 mg/l. Il est à noter que les faibles teneurs en nitrates ont été retrouvées dans la zone du Sud du bassin, au niveau des limites des causses des Moyens Atlas, caractérisée par une profondeur assez importante de la nappe et où se fait l’alimentation en eau.

Figure 1 : Carte des concentrations en nitrates des eaux prélevés

Figure 1 : Carte des concentrations en nitrates des eaux prélevés

La matrice de corrélation (tableau 2) a montré que les nitrates sont fortement corrélés positivement à l’indice de la qualité de l’eau (WQI1 et WQI2), ce qui confirme l’importance de ce paramètre dans la détermination de la qualité de l’eau de la nappe phréatique dans le bassin de Saïs.

La variation des concentrations en nitrates pourrait être due à plusieurs facteurs à savoir: la quantité apportée des engrais azotés, les précipitations, la recharge des eaux souterraines ainsi que la profondeur de la zone non saturée (Pauwles et al., 2001). Des études antérieures (Essahlaoui et al, 2014) ont rapporté que les fortes concentrations en nitrates sont situées dans des zones vulnérables au lessivage de ces derniers.

Le problème de la pollution nitrique de la nappe demeure préoccupant car ces eaux continuent d’alimenter les habitants des zones rurales. L’utilisation abusive des engrais azotés par les agriculteurs a certainement un impact négatif sur la qualité des eaux de la nappe phréatique. Un travail de recherche portant sur l’effet des doses d’azote, apportées à la culture de blé, sur la dynamique des nitrates dans le sol est en cours.Cette étude va nous permettre de rationaliser la fertilisation azotée de la culture de blé de manière à atteindre le meilleur rendement tout en préservant la nappe de la pollution nitrique. D’autres travaux de recherche suivront et qui vont concerner d’autres cultures consommatrices d’azote (cultures maraichères ; arboriculture).

Ce contenu a été publié dans Sciences du sol, avec comme mot(s)-clef(s) , , , , , , . Vous pouvez le mettre en favoris avec ce permalien.

Les commentaires sont fermés.