Edito

Dr Rajae Kettani, Chercheure au CRRA Meknès

Dr Rajae Kettani, Chercheure au CRRA Meknès

Les céréales à paille, blé et orge, sont les principales cultures vivrières au Maroc cultivées sur près de cinq millions d’hectares. Ces cultures sont attaquées par un grand nombre de ravageurs qui déprécient les rendements en limitant le potentiel de production. La mouche de Hesse est l’un des principaux ravageurs du blé dont les dégâts sont plus importants dans les régions semi-arides, là où les plantes souffrent d’avantage de stress hydrique. Economiquement, les pertes dues à la cécidomyie dans les zones arides et semi-arides du Maroc ont été quantifiées à plus de 200 millions de DH par an. Une étude économique a montré que l’investissement dans la recherche pour développer des variétés résistantes à ce ravageur génère un taux de rentabilité interne de 39 %. Des progrès considérables ont été enregistrés en matière d’amélioration génétique et de création de variétés résistantes par l’INRA. Ainsi, Quatre variétés de blé tendre résistantes à la mouche de Hesse ont été enregistrées au catalogue officiel marocain ; Saada, Massira, Aguilal et Arrihane, en plus de cinq variétés de blé dur : Irden, Marwane, Nassira, Amria, et Chaoui.

Le blé est aussi sujet à d’autres contraintes biotiques, notamment les maladies cryptogamiques qui occasionnent des pertes substantielles aussi bien en rendement qu’en qualité des grains. L’émergence de nouvelles races de rouille noire identifiées en Sicile, et de rouille jaune identifiées au Maroc impliquent des efforts de recherche à travers une gestion intégrée, efficiente et durable des maladies du blé : introgression préventive de nouveaux gènes de résistance, constitution d’un stock de lignées prometteuses prêtes à l’adoption et utilisation d’une stratégie intégrée de lutte contre les maladies pour assurer la durabilité de la résistance des gènes et l’efficacité des fongicides.

Bien évidemment, les rendements céréaliers dans notre pays sont aussi corrélés à la pluviométrie, considérée généralement comme le facteur le plus limitant de la production. Pourtant, un phénomène moins spectaculaire se développe et aggrave les conséquences de la sécheresse qui le masque. Il s’agit de la dégradation des sols à laquelle contribuent plusieurs facteurs liés à l’évolution des pratiques agricoles. L’extension des emblavures, permise par la mécanisation du labour et de la moisson, a presque supprimé la pratique de la jachère nécessaire au repos du sol, à la reconstitution du stock d’humus, au maintien de la diversité microbienne du sol et à l’interruption des cycles de pathogènes, en particulier les maladies cryptogamiques des céréales. La mécanisation de la récolte de céréales n’a pas eu d’équivalent pour la récolte des légumineuses. Aussi la culture de légumineuses perd de sa compétitivité et de ses avantages. Sur les six décennies écoulées, nous sommes passés d’un assolement céréales-légumineuses-jachère à une quasi monoculture céréalière appauvrissante caractérisée par une non-restitution de matières organiques au sol. Face à ces contraintes, le développement de la connaissance scientifique sur les systèmes de semis direct et leurs impacts sur les systèmes de culture à travers la diversification des cultures et les rotations a permis de réduire la fragilité des sols en augmentant leur teneur en matière organique, l’efficience d’utilisation de l’eau contrôle des mauvaises herbes et des maladies.
La présente édition de « INRA Meknès Magzine » vous propose des éclairages en rapport avec ces différentes problématiques.

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