Utilisation des marqueurs moléculaires dans la vérification de l’authenticité variétale : cas du figuier (Ficus carica L.). Par Dr Jamal CHARAFI, Chercheur en Biotechnologie et amélioration des plantes (CRRA Meknès)

Dr Jamal Charafi, Chercheur à l'URAPCRG du CRRA Meknès

Dr Jamal Charafi, Chercheur à l’URAPCRG du CRRA Meknès

La culture du figuier (Ficus carica L.), très ancienne et importante au Maroc, est cultivée dans différentes régions sous conditions environnementales contrastées. Le plan Maroc vert a tracé une politique de développement de figuier basée sur l’extension des superficies cultivées et la modernisation du secteur. Cette stratégie est confrontée au problème de disponibilité des plants authentiques et des variétés sélectionnées. Cependant, une grande diversité génétique et une richesse variétale de cette culture ont été mises en évidence par de nombreuses études au Maroc, surtout dans les agroécosystèmes des montagnes du nord. L’identification des génotypes par les agriculteurs se fait à travers des caractères morphologiques comme la taille et la forme du fruit et de la feuille, ainsi que la couleur de l’épiderme. De ce fait, la culture du figuier reste confrontée à un problème de confusion variétale, de synonymies et d’homonymies.  Les variétés qui sont largement cultivées au Maroc sont de type polyclonale et elles présentent des problèmes d’authentification.

L’amélioration de la production passe par le choix du matériel végétal performant et adapté. L’étude de la variation génétique intra-variétale est souvent confrontée à l’instabilité et au faible nombre de caractères phénotypiques discriminants.  La caractérisation moléculaire a été utilisée pour contourner ces problèmes et plusieurs types de marqueurs ont été adoptés dans l’authentification variétale et l’étude de la diversité intra-variétale.  Les marqueurs microsatellites (SSR) sont parmi les plus adaptés grâce à leur stabilité, polymorphisme élevé, codominance et reproductibilité.

Etude de la diversité intra-variétale chez quatre types variétaux de figuier

Arbre phylogénétique des génotypes du figuier étudiés basée sur la méthode UPGMA et le calcul des distance

Arbre phylogénétique des génotypes du figuier étudiés basée sur la méthode UPGMA et le calcul des distance

Un travail d’analyse de la diversité intra-variétale de quatre principaux types variétaux cultivés au nord du Maroc a été réalisé à l’aide de marqueurs microsatellites. Le choix a été focalisé sur le type ‘Nabout’, très connu dans la zone de Taounate, ‘El Quoti’ et ‘Massari’ de la zone de Ouazzane et ‘Ghoudane’, très répandu dans toute la zone nord du Maroc.  Des échantillons de feuilles ont été prélevés à partir de plusieurs clones de chaque type variétal issu de plusieurs localités distinctes. Les mêmes variétés du Domaine Expérimental d’Aïn Taoujdate ont été utilisées comme référence.  La caractérisation moléculaire a été faite à l’aide de six locus SSR qui ont été déterminés comme clés d’identification variétale chez le figuier.

L’analyse des données moléculaires obtenus montre parfaitement que les quatre variétés sont très distinctes génétiquement. Un regroupement hiérarchique par type variétal a été ressorti sauf pour les clones de ‘Ghoudane’ (clones GT et GE) qui sont subdivisés en 2 sous-groupes différents. 

Répartition des génotypes du figuier étudiés dans le plan défini par les axes 1, 2 et 3 de l’AFC de l’analyse par les marqueurs SSR

Répartition des génotypes du figuier étudiés dans le plan défini par les axes 1, 2 et 3 de l’AFC de l’analyse par les marqueurs SSR

Ainsi, une distinction entre les génotypes de la région de Taounate et ceux la région d’Ouazzane est évidente, ce qui montre la présence d’une structuration phylo-géographique entre les deux zones.

L’analyse intra-variétale montre une diversité très faible au sien des deux types variétaux ‘El Qouti’ et ‘Massari’.  De petites différences alléliques ont été élucidées entre quelques clones qui seraient dues, vraisemblablement, à des variations somaclonales ou une confusion variétale (Synonymie / homonymie).  Cependant, le type ‘Naboute’ présente une grande diversité génétique intra-variétale. Ce résultat pourrait être expliqué par le fait que la dénomination « Naboute » serait utilisée par les agricultures de la région de Taounate pour tout cultivar de couleur claire, de bon calibre et apte au séchage. Pour les clones de ‘Ghoudane’, on constate la présence de deux pools génétiques différents. Les différences pomologiques entres les fruits des clones confirment cette diversité. Les deux formes pyriforme et globuleuse sont souvent rencontrées. En effet, plusieurs figues à épiderme noir sont nommées ‘Ghoudane’.

Ces résultats obtenus concordent avec ceux de plusieurs études antérieures ayant suggéré que les faibles différences alléliques seraient dues au phénomène de variation somaclonale. Par contre, les grandes différences alléliques montrent que les clones sont génétiquement différents et les dénominations seraient probablement dues aux confusions variétales et au problème d’homonymie.

Conclusion

Au niveau des peuplements locaux de figuier marocains, des études ont signalé l’existence de variétés polyclonales, des problèmes de confusion variétal ainsi que d’homonymies et de synonymies. La vérification de l’authenticité variétale de certaines types variétaux a montré que le profil variétal Naboute et Ghoudane est très diversifié. Cependant, Les variétés El Qouti et Massari sont en grande partie stables et authentiques. Un travail approfondi, faisant appel à la sélection clonale, est nécessaire pour exploiter cette polyclonalité et sélectionner des clones productifs et présentant de bonnes performances agronomiques et technologiques.

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