Effet de la fertilisation minérale sur l’olivier en conditions pluviales dans le Sais. Par Karima Bouhafa, chercheuse en Science du Sol à l’URGDRNESR – CRRA Meknès

Karima Bouhafa, chercheuse en sciences du sol (URGDRNESR - CRRA Meknès)

Karima Bouhafa, chercheuse en Science du sol (URGDRNESR – CRRA Meknès)

Les normes de fertilisation pour l’olivier ne sont pas encore clairement définies à travers le monde. Peu d’études se sont intéressées à cet aspect. Les résultats de ces études ont été parfois différents et mêmes contradictoires. Les travaux de recherche sur cette thématique semblent être insuffisants et devraient être encore développés. Au Maroc, les études sur la fertilisation de l’olivier sont pratiquement inexistantes. Généralement, l’olivier est considéré, surtout par les petits agriculteurs, comme une espèce rustique ne nécessitant pas d’entretien. La fumure apportée dans les vergers oléicoles marocains est, dans la majorité des cas, aléatoire que ce soit de point de vue quantitatif que qualitatif. Aussi, l’absence des normes de fertilisation pour l’olivier, adaptées à chaque région agro-climatique, laisse les oléiculteurs marocains, qui sont plus ou moins avertis, dans l’obligation de suivre des pratiques traditionnelles de fertilisation ou dans les meilleurs des cas se rabattre sur des recommandations obtenues dans d’autres pays. Les essais au champ sont donc le moyen le plus fiable pour la détermination de normes appropriées permettant une rationalisation des apports en engrais notamment azotés, phosphatés et potassiques. Ces macroéléments sont généralement les plus exigés par la culture et ils contribueront certainement à l’amélioration des niveaux des rendements.
Ce travail a comme objectif l’étude de l’effet de la fertilisation N, P et K sur le rendement en olives, sur la teneur en huile d’olive et sur sa qualité.

Matériel et méthodes

Un essai a été installé chez un agriculteur au niveau de la région de Sais (N : 33°56.440’ W : 005°14.035’) sur un jeune verger (7 ans) de la variété Arbequine conduit en bour, durant la campagne 2010/2011. Avant l’installation de l’essai, un échantillon composite du sol a été prélevé sur les couches de sol de 0-30 cm et 30-60 cm et a fait l’objet d’analyses physiques et chimiques (tableau 1). Le dispositif expérimental adopté pour cet essai est factoriel en blocs aléatoires incomplets. Quatre niveaux de doses de chacun des éléments nutritifs étudiés : 0, 0.25, 0.5 et 1 kg N /arbre/an ; 0, 0.12, 0.25 et 0.5 kg P2O5/arbre/an et 0, 0.5, 1 et 2 kg K2O/arbre/an ont été testés. L’azote a été fractionné en deux apports : 1/2 en Mars (sulfates d’ammonium) et 1/2 en Mai (ammonitrate). Le phosphore (superphosphate triple) et le potassium (sulfate de potassium) ont été apportés en mois de Mars.

Tableau 1 : Caractéristiques physico-chimique des sols des trois sites d’expérimentations

Tableau 1 : Caractéristiques physico-chimique des sols des trois sites d’expérimentations

Les résultats des analyses du sol ont montré qu’il s’agit d’un sol alcalin, de texture à dominance limoneuse, non salin pour l’olivier, moyennement pourvu en matière organique et calcaire.

Résultats et discussions

Fig. 1 : Réponse de l’olivier à l’apport de l’azote

Fig. 1 : Réponse de l’olivier à l’apport de l’azote

L’azote et le phosphore n’ont pas affecté le rendement en olives dans ce site. Ceci pourrait être dû à la disponibilité de l’azote minéral (nitrates) et du phosphore assimilable, utiles pour la culture, dans le sol de ce verger (Tableau 1). Quant au potassium, son effet sur le rendement en olives a été significatif : le témoin a enregistré le rendement minimum alors que les trois doses apportées de K ont enregistré des valeurs statistiquement égales (figure 3).

Fig. 2 : Réponse de l’olivier à l’apport du phosphore

Fig. 2 : Réponse de l’olivier à l’apport du phosphore

L’effet de l’engrais azoté sur la teneur en huile d’olive a été hautement significatif : l’apport de l’azote a induit une chute de la teneur en huile d’olive. Le phosphore a eu un effet significatif sur la teneur en huile d’olive : C’est la dose maximale du phosphore (0.5 kg P2O5/arbre/an) qui a marqué la teneur maximale en huile d’olive. Le potassium n’a pas affecté la teneur en huile d’olive.

Fig 3. : Réponse de l’olivier à l’apport du potassium

Fig 3. : Réponse de l’olivier à l’apport du potassium

L’indice de peroxyde est un indicateur important de la qualité de l’huile d’olive qui exprime le degré d’oxydation de l’huile d’olive. Une élévation significative, de cet indice, a été enregistrée avec l’apport de l’azote : C’est la dose 1 kg N/arbre/an qui a permis sa valeur maximale. Par contre le taux d’acidité de l’huile d’olive a diminué avec l’apport de l’engrais azoté. Le phosphore et le potassium n’ont pas affecté les deux paramètres de la qualité de l’huile d’olive.

On peut conclure de ce qui précède que l’apport de l’azote n’a pas été bénéfique au niveau

Tableau 2 : Effet de l’azote sur la teneur et la qualité de l’huile d’olive

Tableau 2 : Effet de l’azote sur la teneur et la qualité de l’huile d’olive

de ce verger puis qu’il n’a pas amélioré le rendement en olives et a même affecté négativement la qualité de l’huile d’olive. Le phosphore n’a pas eu un effet significatif sur l’olivier. A noter que le sol de ce verger a été bien pourvu en ces deux éléments minéraux (azote et phosphore). Par contre, l’apport du potassium a amélioré le rendement en olives mais il

Tableau 3 : Effet du phosphore sur la teneur et la qualité de l’huile d’olive

Tableau 3 : Effet du phosphore sur la teneur et la qualité de l’huile d’olive

n’a affecté ni la teneur ni la qualité de l’huile d’olive. Les résultats de cet essai restent préliminaires vu la courte durée de l’expérimentation. Les essais au champ sur la fertilisation de l’olivier devraient être reconduits durant plusieurs années et dans différentes zones agro-climatiques pour pouvoir ressortir des normes fiables de fertilisation de la culture. Cependant,

Tableau 4 : Effet du potassium sur la teneur et la qualité de l’huile d’olive

Tableau 4 : Effet du potassium sur la teneur et la qualité de l’huile d’olive

d’après ce travail, on peut dire déjà que l’azote et le potassium sont les deux éléments les plus importants pour l’olivier et qui peuvent affecter aussi bien sa productivité que sa qualité. Pour le phosphore, il n’a pas eu un impact important sur la culture alors que nos agriculteurs l’apportent à des doses élevées par rapport au besoin de la culture.

 

 

 

 

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