Irrigation de l’olivier : de bonnes pratiques pour chaque système de production. Par Dr Rachid RAZOUK, INRA – Meknès

Dr Rachid Razouk, chercheur en agrophysiologie des arbres fruitiers, URAPV - CRRA Meknès

Dr Rachid Razouk, chercheur en agrophysiologie des arbres fruitiers, URAPV – CRRA Meknès

L’olivier se caractérise par une faible efficience d’utilisation de l’eau. Selon la variété, celle-ci varie généralement de 0,5 à 2 kg/m3 sous irrigation localisée pour un verger en pleine production. L’espèce tolère le déficit hydrique mais à partir d’un seuil critique, la croissance végétative et le rendement baissent considérablement. La réponse de l’olivier au stress hydrique apparaît également sur certains paramètres de qualité de l’huile. Il augmente significativement la concentration des phénols et diminue celle de la chlorophylle et certains acides gras, notamment oléique et linoléique, alors qu’il n’affecte pas l’acidité libre qui est le critère le plus important pour la détermination de la qualité des huiles.

L’irrigation au goutte-à-goutte

En goutte-à-goutte, les apports d’eau sont effectués à une fréquence fixe permettant de maintenir en permanence un bulbe humide sous les goutteurs. Les doses varient par conséquence selon les besoins en eau de l’olivier. Ceux-ci correspondent globalement à son évapotranspiration (ETc) qui varie en fonction de la demande climatique exprimée par l’évapotranspiration de référence (ET°), l’importance de la couverture du sol par la frondaison (Kr), le coefficient cultural (Kc) et l’efficience du système d’irrigation (Esys = 0.9 pour le goutte-à-goutte) suivant l’équation : ETc = Kr x Kc x ET°/Esys en tenant compte de la pluviométrie efficace estimée généralement à 80% du niveau pluviométrique enregistré. L’évapotranspiration de référence (ET°) est fournie par les stations météorologiques au niveau des sites de production comme elle peut être estimée par un bac évaporant à la parcelle. En absence de ces moyens de mesure, l’évapotranspiration de référence peut être estimée à partir des données climatiques de plusieurs années de la station météorologique la plus proche ou à travers la température maximale (Tmax) en utilisant l’équation de régression: ET° = 0,16 x Tmax + 0,14 établie par l’INRA de Meknès pour la région de Sais qui donne une précision d’environ 93 %. Toutefois, les disponibilités hydriques sont dans la plupart des cas insuffisantes pour assurer les besoins de l’olivier. Dans ce cas, il conviendra d’appliquer des restrictions hydriques raisonnées en dehors des périodes critiques de croissance du fruit (figure 1) tout en associant des techniques amélioratrices de l’efficience d’utilisation de l’eau telles l’irrigation souterraine, le paillage du sol en interlignes, la mycorhization des plants et l’utilisation de bactéries bio-stimulantes.

Figure 1 : Périodes critiques d’irrigation de l’olivier dans la région du Saïs en relation avec les courbes de croissance du fuit et de la pousse

Figure 1 : Périodes critiques d’irrigation de l’olivier dans la région du Saïs en relation avec les courbes de croissance du fuit et de la pousse

Dans ce sens, ont été entrepris des expérimentations agronomiques orientées vers la recherche de modèles d’irrigation déficitaire raisonnée affectant peu les rendements et améliorant l’efficience d’utilisation de l’eau. Les résultats ont montré que le niveau de rendement et de croissance végétative de l’olivier ne sont pas significativement affecté sur une période de 3 à 4 années par une irrigation déficitaire à 75% de l’ETc pendant les phases critiques : avril – mi-juillet et mi-aout – mi-septembre et à 50% de l’ETc pendant les phases moins critiques : mi-juillet – mi-aout et mi-septembre – novembre (tableau 1). En dessous des ces doses, l’irrigation déficitaire affecte considérablement le rendement de l’olivier dès la première année de son application. En effet, dans un essai mené sur deux vergers d’Arbequine et de Menara x Haouzia, une irrigation déficitaire à 50% de l’ETc appliquée durant toute la période d’irrigation (avril-octobre) avait induit une réduction du rendement en fruits d’une moyenne de 20%  comparativement à une irrigation à la demande.

Tableau 1 : Valeurs moyennes des besoins mensuelles en eau et régime d’irrigation déficitaire optimale de l’olivier en production dans la région du Saïs durant la période avril-octobre

Tableau 1 : Valeurs moyennes des besoins mensuelles en eau et régime d’irrigation déficitaire optimale de l’olivier en production dans la région du Saïs durant la période avril-octobre

 

L’irrigation gravitaire en zones de PMH

Dans certaines zones de PMH, l’eau est assez abondante et l’irrigation se fait suivant un tour d’eau d’une semaine qui s’allonge parfois vers deux semaines en été. Etant donné que l’olivier craint davantage les situations d’hydromorphie que la sécheresse, il est donc nécessaire de raisonner l’irrigation dans cette situation de manière à limiter la stagnation d’eau.
Toutefois, dans certaines zones où le tour d’eau ne suffit pas d’irriguer toutes les cultures pratiquées, il faut retenir que les stades critiques de croissance et de développement de l’olivier se situent au printemps (avril) correspondant à la période de préfloraison et au début de l’été (fin mai à mi-juillet) correspondant à la période s’étalant de la nouaison au durcissement des noyaux. Autrement dit, les apports d’eau après le durcissement des noyaux ont une valeur ajoutée moindre et donc l’agriculteur peut détourner certains tours d’eau qui viennent après cette période vers d’autres cultures plus exigeantes.
Dans tous les cas, les doses d’irrigation ne doivent pas dépasser la réserve utile du sol sur la profondeur d’enracinement (60 à 80 cm) pour limiter les risques de stagnation d’eau est de grandes pertes par percolation.

L’irrigation d’appoint en zones arides et semi-arides

Dans ces zones qui abritent plus de 60 % de la superficie oléicole nationale, la production oscille entre 0,5 et 1,5 t/ha, assurée par les faibles réserves hydriques en provenance des précipitations automnales et hivernales ainsi que par les orages qui surviennent en été.
L’apport d’eau dans ces zones, sous forme d’irrigation d’appoint, est désormais possible pour certains vergers qui se situent à proximité de ressources en eau tels les oueds ou possédant des puits à faible capacité. Cette technique consiste à apporter une faible quantité d’eau pendant les phases critiques de croissance de l’olivier (figure 1). Dans un essai mené par l’INRA sur un verger pluvial de la région de Meknès, un apport d’eau juste après le stade nouaison (début juin) à une dose équivalente à 2/3 de la réserve utile du sol (500 l/arbre), a permis une augmentation importante du rendement en fruits et en huile, d’une moyenne de 47% par rapport au régime pluvial. Notons qu’en année sèche, un apport d’eau en période de préfloraison (avril) permet une amélioration importante de la production.
La mise en œuvre de cette technologie est conditionnée par l’acheminement de l’eau à partir des ressources disponibles jusqu’aux vergers d’olivier. Pour ceux qui sont aux bords des oueds ou disposant de puits, des systèmes de pompage de l’eau sont à prévoir (pompe, conduite en PVC ou en plastique). Les vergers peu éloignés des oueds nécessitent le pompage et l’acheminement de l’eau dans des citernes. De tels investissements sont à déduire des recettes escomptées afin d’évaluer l’efficience économique de la technologie et prendre la décision quant à sa faisabilité.
Une autre technique alternative et prometteuse au niveau de ces zones consiste en la collecte des eaux pluviales dans des cuvettes confectionnées autours des arbres (impluviums). Cette technique est recommandée plus particulièrement pour les terrains non sablonneux et en légère pente.

Ce contenu a été publié dans Agronomie, Olivier, Résultats de recherche agronomique, avec comme mot(s)-clef(s) , , , , , , , , , , , , , , . Vous pouvez le mettre en favoris avec ce permalien.

Les commentaires sont fermés.