Introduction
La production des céréales dans le monde se caractérise par une forte augmentation de la demande et constitue un enjeu stratégique face à une démographie exponentielle. Les surfaces cultivées ne peuvent croître indéfiniment et la variabilité climatique est devenue une contrainte principale puisqu’il devient difficile de prédire les changements éventuels. Les précipitations sont de plus en plus irrégulières d’une année à l’autre pour un même environnement avec des rendements instables ce qui rend difficile la recommandation d’un génotype donné. La stabilité du rendement constitue donc un indice privilégié d’appréciation des blés à cultiver. On se propose d’évaluer et de classer des génotypes de blés selon leurs degrés de stabilité et de performance sur une succession d’années au Saïs. L’analyse de la stabilité agronomique et de la performance génotypique montre des différences significatives entre génotypes et un changement de classement des performances selon l’année montrant la présence d’une interaction génotype x années. On distingue des génotypes associant performance et stabilité et d’autres n’informant que sur la stabilité.
Matériel et méthodes
Des essais pluriannuels sont menés au domaine expérimental de l’INRA à Douyet entre 2011 et 2015. Dix génotypes commercialisés sont évalués au niveau du rendement grains dont six variétés de blé tendre: Achtar, Arrehane, Amal, Faiza, Radia, Rajae, et quatre variétés de blé dur: Irid, Kanakis, Karim, et Vitrico. La stabilité agronomique est approchée par le calcul des indices Si (2) et Si (3) de Nassar et al. (1987). Si (2) = ∑ (r ij – ri.)2 / (n-1) et Si (3) = ∑(r ij – ri.)2 /r i. avec r ij = classement du rendement du génotype i au cours de l’année j, ri. = moyenne des classements du génotype i sur l’ensemble des années et n = nombre d’années. L’indice de supériorité génotypique Pi = [Σ (Yij – Mj)] 2/2n où Yij = rendement du génotype i de l’année j, Mj = rendement du génotype le plus performant de l’année j, n = nombre d’années testées (Lin et Binns, 1988).
Résultats et discussion
La pluviométrie enregistrée au cours des différentes années montre bien d’importantes variations inter annuelles à Douyet. Le cumul pluviométrique sur quatre années successives varie de 299 à 632 mm (Figure 1).
L’analyse de la variance du rendement par année a montré un effet génotype significatif traduisant des différences de performances entre les variétés testées et la présence d’une interaction génotype x année (tableau 1).

Tableau 1. Moyennes du rendement grains (Qx.ha-1) des différents génotypes par année et en moyenne de l’ensemble des années (MG) et paramètres de stabilité agronomique Si(2), Si(3) et de supériorité génotypique Pi
Concernant la stabilité du rendement, Si(2) qui représente la variance des classements du rendement sur l’ensemble des années montre des génotypes stables qui ont une faible variance de classement mais qui n’ont pas forcément un bon classement par année. On trouve dans ce cas Amal, Achtar et Rajae pour les blés tendres; Kanakis et Irid pour les blés durs. L’indice Si(3) qui représente la somme des carrés des écarts des classements relativisée par rapport à la moyenne des classements de l’ensemble des années confirme le même classement que l’indice Si(2) et sont positivement corrélés entre eux (r = 0.969). La sélection de faibles valeurs de ces deux indices identifie des génotypes stables mais de faibles performances à travers les années. L’indice Pi qui mesure la distance qui sépare la performance du génotype d’intérêt de la meilleure performance réalisée au cours de l’année considérée montre que les faibles valeurs de Pi. indiquent des génotypes performants à travers des corrélations significatives entre les valeurs Pi. et les rendements de l’année favorable. En général, de tels génotypes valorisent les années favorables et se comportent autant ou mieux que les génotypes instables au cours des années contraignantes. On trouve dans ce cas la variété Faiza pour les blés tendres et Karim pour les blés durs.
Conclusion
Au terme de cette étude à Douyet, Achtar et Amal sont stables d’un point de vue biologique mais non performantes sur le plan agronomique. Faiza présente la meilleure performance agronomique mais elle est instable alors que Rajae est une variété stable et performante. Pour les blés durs, Irid et Kanakis sont stables et performants alors que Karim offre la meilleure performance en année favorable.
Références bibliographiques
Lin C.S. & Binns M.R., 1988. A superiority measure of cultivar performance for cultivar x location data. Can. J.Plant Sci., 68, 193-198.
Nassar R. & Huehn M., 1987. Studies on estimation of phenotypic stability: tests of significance for nonparametric measures of phenotypic stability. Biometrics, 43, 45-53.





