Amandier : évolution des disponibilités en froid et en chaleur pour les principales variétés dans la zone d’Aknoul dans le nord du Maroc. Par M. Ibnou Ali El Alaoui, A. Mamouni et A. Mekkaoui

Meriem Ibnou Ali El Alaoui, Chercheuses en Amélioration génétique des arbres fruitiers

Meriem Ibnou Ali El Alaoui, Chercheuses en Amélioration génétique des arbres fruitiers

Introduction

Le climat de la planète connait un réchauffement global enregistré dans différentes parties du monde. Au cours du dernier siècle la température du globe terrestre a augmenté de 0.5 à 1°C (IPCC, 2001) suite aux grandes émissions du gaz carbonique. Les chercheurs ont estimé que ce réchauffement a eu lieu selon deux périodes distinctes. La première période s’étale de 1910 à 1940 et la deuxième de 1976 jusqu’à nos jours (Walther et al., 2002). Mais les onze années s’étalant de 1995-2006 restent les années les plus chaudes de la planète depuis 1850. Malheureusement, le scénario climatique prévu par l’IPCC est pessimiste et prévoit encore des augmentations des températures moyennes allant de 1.8 °C à 4°C d’ici la fin du 21 ème siècle (IPCC, 2007). Les conséquences de ce réchauffement ont touché l’Homme, les animaux et les végétaux. Afin d’étudier ces conséquences chez les végétaux, les chercheurs se sont intéressées au déroulement des phénophases c‘est à dire les événements biologiques qui se répètent dans les saisons. A cet égard, la date de la floraison des espèces végétales se trouve très déterminée par la température et son occurrence a connu des variations ces dernières décades (Bradley et al., 1999 ; Ahas et al., 2002 ). En Bretagne par exemple, la date du début de la floraison a enregistré une avancée de 4.5 jours chez 358 espèces durant la dernière décade (Fitter et Fitter, 2002). Le réchauffement climatique est considéré la cause majeure de ces changements phénologiques (Chmielewski et al., 2004). Cette étude a pour objectif d’analyser l’évolution des quantités de froid et de chaleur disponibles pour la floraison des variétés d’amandier en culture dans la zone d’Aknoul au cours des quatre dernières années.

2. Matériel et méthodes

Les données climatiques relatives aux températures minimales et maximales journalières ont été aimablement fournies par le Directeur du CT 33.03 d’Aknoul. Elles concernent 4 années de 2008 jusqu’à 2012. Le modèle Utah (Richardson et al.,1974) transforme la température horaire en unité de froid allant de -1 à 1 selon leur effets sur la levée de dormance. Le nombre d’unité de froid d’Utah cumulé au temps t est exprimé comme suit :

Avec (U=0 pour T≤1.4 °C ; U=0.5 pour 1.4 °C<T≤2.4 °C ; U=1 pour 2.4 °C<T≤9.1 °C ; U=0.5 pour 9.1 °C<T≤12.4°C ; U=1 pour 12.4°C<T≤15.9 °C ; U= -0.5 pour 15.9°C<T≤18.0°C ; U=-1 pour T≥18.0 °C). Le nombre d’unité de froid a été calculé mensuellement pour la période allant du mois d’Octobre jusqu’à la fin de Décembre, phase qui précède la levée de la dormance des principales variétés d’amandier en culture. Les disponibilités en chaleur sont exprimées en nombre de degré heures de croissance (GDH) et ont été calculées selon la formule développée par Richardson et al., (1975).


(T : température horaire, seules les températures comprises entre 4.5 °C et 25 °C sont tenues en compte, pour les températures supérieures à 25 °C elle sont remplacées par une valeur de 25°C) (Richardson et al., 1975).

3. Résultats et discussion

1. Variabilité interannuelle des disponibilités en froid

Le nombre d’unité de froid cumulé jusqu’à la fin du mois de Décembre varie d’une année à l’autre. En effet ce nombre a enregistré un minimum de 360 unités en 2010 où l’hiver a été doux et un maximum de 1071 unités en 2009. Les années 2011 et 2012 ont enregistrées des valeurs de 689 et 777 unités de froid respectivement (figure 1). Les principales variétés plantées dans la région d’Aknoul sont Desmayo, Marcona, Fournat, non pareil, Ferragnès et Ferraduel . Les besoins en froid de ces variétés varient de 403 à 444 unités de froid (Alonço et al., 2005). Ainsi, le site étudié couvre largement ces besoins en froid à partir de la fin du mois de Décembre à l’exception de l’année 2010 où l’hiver a été doux cette quantité n’est satisfaite qu’en mois de Janvier.

Figure 1 : Evolution du cumul des unités de froid d’Utah pour la période Octobre-Novembre-Décembre entre 2009 et 2012 à Teghzratine (Aknoul).

Figure 1 : Evolution du cumul des unités de froid d’Utah pour la période Octobre-Novembre-Décembre entre 2009 et 2012 à Teghzratine (Aknoul).

2. variabilité interannuelle des disponibilités en chaleur

La somme des degrés heures disponibles pour les mois de Janvier et Février a enregistré un maximum de 7365 GDH°C pour l’année 2010 et un minimum de 4332 GDH°C pour l’année 2012. Ces disponibilités en chaleur ont enregistré des valeurs de 4431 GDH°C et 6951 GDH°C pour les années 2009 et 2011 respectivement (Figure 2). Les besoins en chaleur des principales variétés en culture varient de 5458 à 8051 GDH°C (Alonso et al., 2005). Ainsi les variétés ayant des besoins en chaleur faibles telles que Desmayolargueta 5458 GDH°C, DesmayoRojo 6418 GDH °C ont satisfait leur besoins en chaleur pour les années 2010 et 2011. Alors que pour les variétés ayant un besoin fort en chaleur telles que Non pareil 7758 GDH°C et Ferragnès 8051 GDH°C, les quantités de chaleur disponibles sont inférieurs par rapport à leur besoins et par conséquent elles ne fleurissent qu’en mois de Mars.

Figure 2 : Evolution du cumul mensuel en chaleur pour la période de Janvier et Février à Tighzratine (Aknoul) entre 2009 et 2012.

Figure 2 : Evolution du cumul mensuel en chaleur pour la période de
Janvier et Février à Tighzratine (Aknoul) entre 2009 et 2012.

 

 

 

 

 

 

 

4. Conclusion

Cette étude a permis de caractériser le site de Tighzratine à Aknoul par les disponibilités en unités de froid et de chaleur qui sont nécessaires à l’amandier pour fleurir et fructifier. Les résultats ont mis en évidence l’existence d’une variabilité interannuelle significative pour le nombre d’unités de froid et de chaleur. Aussi, l’accomplissement de la floraison des principales variétés d’amandier se trouve déterminé, dans ce site, par la satisfaction des besoins en chaleur que par les besoins en froid. Une autre contrainte s’ajoute au niveau de ce site liée aux gelées qui peuvent avoir lieu au mois de février et mars et qui peuvent engendrer des dégâts majeurs sur la production. Ainsi, le programme d’amélioration génétique sur amandier mené à l’INRA de Meknès vise le développement de variétés à floraison tardive et nécessitant pas de pollinisateur (auto fertiles) pour pallier à ce genre de contraintes de décalage de floraison entre la variété de fond et son pollinisateur.

Références bibliographiques

- Ahas R, Aasa. A, Menzel A, Fedotova VG, Scheifinger H. 2002. Changes in Europeanspringphenology. Int J Climatol 22 :1727-1738.
- Alonso J.M, J.M Anson, M.T. Espiau and R.Socias i Company. 2005. Determination of endodormancy break in almondflowerbuds by acorrelation model using the averagetemperature of differentdayintervals and its application to the estimation of chill and heatrequirements and blooming date. J.Amer.Soc.Hort.Sci. 130(3) :308-318.
- Bradley NL, Leopold AC, Ross J, Huffaker W. 1999. Phenological changes reflectclimate change in Wisconsin. Proc NatlAcadSci USA 96 :9701-9704.
- Chmielewski FM, Muller A, Bruns E. 2004. Climate changes and trends in phenology of fruit trees and fieldcrops in Germany, 1961-2000. Agric For Meteorol 121 :69-78.
- Fitter AH, FitterRSR . 2002. Rapid changes in flowering time in British plants, Science 296 :1689-1691.
- IPCC, 2007. Summary for policymakers. In :climate change 2007 : the physical science basis. Contribution of working group I to the fourthassessment report of the intergovernmenttal panel on climate change (Solomon, S., D. Qin, M. Manning, Z
- Richardson EA, Seeley SD, Walker DR. 1974. A model for estimating the completion of rest for Redhaven and Elbertapeachtrees. Hortscience. 9(4):331–332.
- Richardson EA, Seeley SD, Walker DR, JL Anderson, and GL Ashcroft ; 1975. Phenoclimatography of springpeachbuddevelopment. HortScience 10 :236-237.

NDLR. Ce travail a été réalisé dans le cadre du projet INRA-Millenium Challenge Consortium.

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