{"id":3885,"date":"2025-07-10T11:04:27","date_gmt":"2025-07-10T10:04:27","guid":{"rendered":"https:\/\/mag.inrameknes.info\/?p=3885"},"modified":"2025-07-10T11:21:33","modified_gmt":"2025-07-10T10:21:33","slug":"regards-contemporains-sur-levolution-mondiale-du-virus-y-de-la-pomme-de-terre","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/mag.inrameknes.info\/?p=3885","title":{"rendered":"REGARDS CONTEMPORAINS SUR L\u2019\u00c9VOLUTION MONDIALE DU VIRUS Y DE LA POMME DE TERRE"},"content":{"rendered":"\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Dr Zineb Belabess (INRA CRRA Mekn\u00e8s)<\/h2>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"alignleft size-large is-resized\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"669\" height=\"1024\" src=\"http:\/\/mag.inrameknes.info\/wp-content\/uploads\/2025\/04\/07-11-24_Photo-Zineb-669x1024.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-3778\" style=\"width:219px;height:auto\" srcset=\"http:\/\/mag.inrameknes.info\/wp-content\/uploads\/2025\/04\/07-11-24_Photo-Zineb-669x1024.jpg 669w, http:\/\/mag.inrameknes.info\/wp-content\/uploads\/2025\/04\/07-11-24_Photo-Zineb-196x300.jpg 196w, http:\/\/mag.inrameknes.info\/wp-content\/uploads\/2025\/04\/07-11-24_Photo-Zineb-768x1176.jpg 768w, http:\/\/mag.inrameknes.info\/wp-content\/uploads\/2025\/04\/07-11-24_Photo-Zineb-1003x1536.jpg 1003w, http:\/\/mag.inrameknes.info\/wp-content\/uploads\/2025\/04\/07-11-24_Photo-Zineb-1337x2048.jpg 1337w, http:\/\/mag.inrameknes.info\/wp-content\/uploads\/2025\/04\/07-11-24_Photo-Zineb-scaled.jpg 1671w\" sizes=\"(max-width: 669px) 100vw, 669px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">Dr Zineb Belabess<br>Chercheure en Virologie V\u00e9g\u00e9tale.<\/figcaption><\/figure><\/div>\n\n\n<p>Les virus transmis par les pucerons dans les cultures de pommes de terre repr\u00e9sentent une menace majeure pour les producteurs \u00e0 l\u2019\u00e9chelle mondiale, entra\u00eenant des pertes significatives en rendement et en qualit\u00e9 des tubercules (Yi et Gray, 2020). Parmi eux, le virus Y de la pomme de terre (PVY) se distingue par sa large propagation et son impact \u00e9conomique consid\u00e9rable (Belabess et al., 2024; Manasseh, 2023; Qing et al., 2023). Identifi\u00e9 dans les ann\u00e9es 1930, il constitue un agent pathog\u00e8ne redoutable des solanac\u00e9es, notamment la pomme de terre (da Silva et al., 2020; Karasev et Gray, 2013). Son origine est suppos\u00e9e sud-am\u00e9ricaine, avec une diffusion facilit\u00e9e par le commerce des tubercules et rhizomes (Quenouille et al., 2013).<\/p>\n\n\n\n<p>Le PVY engendre des pertes qualitatives et quantitatives consid\u00e9rables, pouvant atteindre 100% des r\u00e9coltes (MacKenzie et al., 2018; Tsedaley, 2015). Sa transmission repose principalement sur plus de 40 esp\u00e8ces de pucerons et la plantation de tubercules infect\u00e9s, selon un mode de transmission non persistant (Quenouille et al., 2013). Depuis sa d\u00e9couverte, divers groupes de souches et variants ont \u00e9t\u00e9 identifi\u00e9s, avec l&rsquo;\u00e9mergence r\u00e9cente de souches recombinantes rempla\u00e7ant les populations locales (Glais et al., 2017; MacKenzie et al., 2019a, 2019b).<\/p>\n\n\n\n<p>Cet article fait le point sur les avanc\u00e9es de la recherche sur le PVY, en abordant la caract\u00e9risation des souches, les sympt\u00f4mes, les m\u00e9thodes de diagnostic, les vecteurs, la transmission par semences et les strat\u00e9gies de gestion, avec un focus particulier sur la r\u00e9gion m\u00e9diterran\u00e9enne.<\/p>\n\n\n\n<!--more-->\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Taxonomie, structure g\u00e9nomique et organisation<\/h2>\n\n\n\n<p>Le <strong>PVY<\/strong> appartient au genre <em>Potyvirus<\/em> de la famille <em>Potyviridae<\/em> (Quenouille et al., 2013). Son g\u00e9nome est constitu\u00e9 d\u2019un ARN simple brin de 9,7 kb, portant une prot\u00e9ine virale (VPg) li\u00e9e \u00e0 son extr\u00e9mit\u00e9 5\u2032 et une queue poly(A) en 3\u2032 (Tsedaley, 2015). Les virions, de structure h\u00e9lico\u00efdale, se pr\u00e9sentent sous forme de filaments flexueux mesurant 730 nm de longueur et 12 nm de largeur (Hamza et al., 2018). Comme les autres <em>Potyvirus<\/em>, l&rsquo;ARN viral est encapsid\u00e9 par une prot\u00e9ine de capside (CP) de 30 kDa, pr\u00e9sente en 2 000 copies par particule. Le PVY poss\u00e8de un unique cadre de lecture ouvert (ORF), traduit en une polyprot\u00e9ine ult\u00e9rieurement cliv\u00e9e en 11 prot\u00e9ines multifonctionnelles : P1, HC-Pro, P3, 6K1, P3N-PIPO, CI, 6K2, VPg, NIa, NIb et CP (<strong>Figure 1<\/strong>) (Lacomme et Jacquot, 2017).<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-full\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"833\" height=\"117\" src=\"https:\/\/mag.inrameknes.info\/wp-content\/uploads\/2025\/07\/Figure-1.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-3891\" srcset=\"http:\/\/mag.inrameknes.info\/wp-content\/uploads\/2025\/07\/Figure-1.jpg 833w, http:\/\/mag.inrameknes.info\/wp-content\/uploads\/2025\/07\/Figure-1-300x42.jpg 300w, http:\/\/mag.inrameknes.info\/wp-content\/uploads\/2025\/07\/Figure-1-768x108.jpg 768w\" sizes=\"(max-width: 833px) 100vw, 833px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\"><strong>Figure 1\u00a0:<\/strong> Repr\u00e9sentation sch\u00e9matique du g\u00e9nome du PVY (environ 9,7 kb) montrant les positions nucl\u00e9otidiques d\u00e9finissant chaque produit fonctionnel potyviral, voir Belabess et <em>al<\/em>. (2024).<\/figcaption><\/figure><\/div>\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Structure et dynamique des populations<\/h2>\n\n\n\n<p>Le PVY est class\u00e9 en sept groupes en fonction de la r\u00e9ponse de l&rsquo;h\u00f4te et de son interaction avec les g\u00e8nes de r\u00e9sistance : PVYO (souche ordinaire), PVYC (souche \u00e0 taches sur les feuilles), PVYZ (souche Z), PVYN (souche \u00e0 n\u00e9crose des nervures du tabac), PVYE (souche E), PVYNTN (souche \u00e0 n\u00e9crose tub\u00e9reuse) et PVYN-Wi (souche Wilga) (Bahrami Kamangar, 2021; Glais et al., 2017; Tsedaley, 2015). Depuis les ann\u00e9es 1980, les souches recombinantes PVYNTN et PVYN-Wi ont \u00e9merg\u00e9, provoquant des sympt\u00f4mes plus s\u00e9v\u00e8res, notamment ceux associ\u00e9s \u00e0 <em>potato tuber necrotic ringspot disease<\/em>\u00a0(PTNRD) (Gray et al., 2010; Piche et al., 2004). Le PTNRD est une maladie qui a \u00e9t\u00e9 d\u00e9crite pour la premi\u00e8re fois en Hongrie dans les ann\u00e9es 1980. Elle se manifeste par des taches annulaires n\u00e9crotiques bien visibles \u00e0 la surface des tubercules de pomme de terre. Ces taches peuvent appara\u00eetre isol\u00e9ment ou en groupes, formant parfois des motifs complexes par fusion des anneaux (Beczner et al., 1984). Ces souches recombinantes remplacent progressivement les formes non recombinantes et peuvent coexister au sein d\u2019un m\u00eame champ ou d\u2019une m\u00eame plante (<strong>Figure 2<\/strong>) (Davie et al., 2017; Mondal et al., 2021)<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-full\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"727\" height=\"415\" src=\"https:\/\/mag.inrameknes.info\/wp-content\/uploads\/2025\/07\/Figure-2.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-3892\" srcset=\"http:\/\/mag.inrameknes.info\/wp-content\/uploads\/2025\/07\/Figure-2.jpg 727w, http:\/\/mag.inrameknes.info\/wp-content\/uploads\/2025\/07\/Figure-2-300x171.jpg 300w\" sizes=\"(max-width: 727px) 100vw, 727px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\"><strong>Figure 2\u00a0:<\/strong> Sch\u00e9ma des structures recombinantes du PVY, voir Belabess et <em>al<\/em>. (2024).<\/figcaption><\/figure><\/div>\n\n\n<p>L&rsquo;\u00e9volution rapide du PVY est favoris\u00e9e par la variabilit\u00e9 de son g\u00e9nome et sa forte capacit\u00e9 de recombinaison, facilit\u00e9e par la polym\u00e9rase virale et certaines structures de l&rsquo;ARN (Hu et al., 2009). Les mutations et recombinaisons entre souches permettent son adaptation aux diff\u00e9rents cultivars de pommes de terre (Karasev and Gray, 2013). Actuellement, les populations du PVY sont domin\u00e9es par des souches non recombinantes comme <strong>PVYC<\/strong><strong>, <\/strong><strong>PVYN<\/strong>et<strong>PVYO<\/strong><strong>,<\/strong> ainsi que par les recombinants <strong>PVYNTN<\/strong>et<strong>PVYN-Wi<\/strong> (Dupuis et al., 2018). L&rsquo;introduction de cultivars r\u00e9sistants a favoris\u00e9 l\u2019expansion des souches recombinantes, souvent difficiles \u00e0 d\u00e9tecter en raison de sympt\u00f4mes att\u00e9nu\u00e9s (Gray and Power, 2018). De plus, des facteurs environnementaux, notamment le climat, influencent la diversit\u00e9 du PVY. Des variations r\u00e9gionales significatives ont \u00e9t\u00e9 observ\u00e9es, comme en Astrakhan (Russie), o\u00f9 la diversit\u00e9 g\u00e9n\u00e9tique du virus est particuli\u00e8rement \u00e9lev\u00e9e (Samarskaya et al., 2023).<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Sympt\u00f4mes et impact \u00e9conomique <\/h2>\n\n\n\n<p>Les diff\u00e9rentes souches de PVY induisent divers sympt\u00f4mes et impactent le rendement des tubercules selon les cultivars de pommes de terre (MacKenzie et al., 2019a, 2019b). Les souches recombinantes sont particuli\u00e8rement pr\u00e9occupantes sur le plan \u00e9conomique, entra\u00eenant des pertes pouvant atteindre 100% (<strong>Tableau 1<\/strong>) (Tsedaley, 2015). Le PVY provoque une large gamme de sympt\u00f4mes, allant de l\u00e9gers (mosa\u00efque, marbrures) (<strong>Figure 3<\/strong>) \u00e0 s\u00e9v\u00e8res (n\u00e9crose, chutes des feuilles) (Schramm et al., 2011). La s\u00e9v\u00e9rit\u00e9 des sympt\u00f4mes est influenc\u00e9e par des facteurs abiotiques et par des infections mixtes qui exacerbent la maladie (Byarugaba et al., 2020). Elle d\u00e9pend \u00e9galement de la souche et de la concentration virale (del Toro et al., 2019). Par exemple, la souche <strong>PVYO<\/strong> induit des sympt\u00f4mes particuli\u00e8rement marqu\u00e9s chez les cultivars porteurs du g\u00e8ne <em>Ny<\/em> (Karasev et al., 2011). L&rsquo;impact \u00e9conomique du PVY ne se limite pas aux pertes de rendement, mais il entra\u00eene \u00e9galement des pertes post-r\u00e9colte. Les tubercules infect\u00e9s peuvent d\u00e9velopper des maladies comme la PTNRD, les rendant invendables (Lacomme and Jacquot, 2017). De plus, l&rsquo;infection alt\u00e8re la qualit\u00e9 des tubercules en r\u00e9duisant leur teneur en mati\u00e8re s\u00e8che et en amidon (Ospankulova et al., 2023).<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-full\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1019\" height=\"714\" src=\"https:\/\/mag.inrameknes.info\/wp-content\/uploads\/2025\/07\/Tab-1.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-3893\" srcset=\"http:\/\/mag.inrameknes.info\/wp-content\/uploads\/2025\/07\/Tab-1.jpg 1019w, http:\/\/mag.inrameknes.info\/wp-content\/uploads\/2025\/07\/Tab-1-300x210.jpg 300w, http:\/\/mag.inrameknes.info\/wp-content\/uploads\/2025\/07\/Tab-1-768x538.jpg 768w\" sizes=\"(max-width: 1019px) 100vw, 1019px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\"><strong>Tableau 1\u00a0: <\/strong>Impact \u00e9conomique de l\u2019infection par le PVY dans diff\u00e9rentes zones de production de pommes de terre dans le monde, voir Belabess et <em>al<\/em>. (2024).<\/figcaption><\/figure><\/div>\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-full\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"564\" height=\"209\" src=\"https:\/\/mag.inrameknes.info\/wp-content\/uploads\/2025\/07\/Figure-3.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-3894\" srcset=\"http:\/\/mag.inrameknes.info\/wp-content\/uploads\/2025\/07\/Figure-3.jpg 564w, http:\/\/mag.inrameknes.info\/wp-content\/uploads\/2025\/07\/Figure-3-300x111.jpg 300w\" sizes=\"(max-width: 564px) 100vw, 564px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\"><strong>Figure 3\u00a0:<\/strong> Sympt\u00f4mes de mosa\u00efque et de d\u00e9formation des folioles sur pommes de terre infect\u00e9es par le PVY dans la zone de Berkane (nord-est du Maroc) durant les saisons 2021-2022 (Belabess et al., 2024).<\/figcaption><\/figure><\/div>\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Transmission et \u00e9pid\u00e9miologie<\/h2>\n\n\n\n<p>Le PVY se transmet entre les plantes principalement par les pucerons, par propagation v\u00e9g\u00e9tative via les tubercules, ou par contact direct (da Silva et al., 2020). Il peut \u00e9galement \u00eatre transmis m\u00e9caniquement, notamment par les blessures ou la greffe (Lacomme et al., 2017). Les pucerons, en particulier <em>Myzus persicae Sulzer<\/em>, jouent un r\u00f4le cl\u00e9 en tant que vecteurs principaux, assurant une transmission non persistante et variable (Sastry et al., 2019; Tsedaley, 2015). La transmission du virus d\u00e9pend de plusieurs facteurs, tels que le type de plante h\u00f4te, la souche virale, les conditions environnementales et les esp\u00e8ces de pucerons impliqu\u00e9es<strong> <\/strong>(Bahrami Kamangar et al., 2019; Chung et al., 2016). Le changement climatique pourrait augmenter la pr\u00e9valence des pucerons, favorisant ainsi la propagation du virus (Torrance and Talianksy, 2020). Une m\u00eame esp\u00e8ce de puceron peut transmettre plusieurs souches simultan\u00e9ment, et l&rsquo;efficacit\u00e9 de cette transmission varie en fonction de la souche virale et de l&rsquo;esp\u00e8ce de puceron (Syller and Grupa, 2014). Les tubercules infect\u00e9s constituent une source majeure de transmission verticale, et l&rsquo;infection par les tubercules contribue \u00e0 la propagation du virus dans les champs (Lacomme et al., 2017). D&rsquo;autres vecteurs, tels que le r\u00e9seau mycorhizien commun, font \u00e9galement l&rsquo;objet d&rsquo;\u00e9tudes pour d\u00e9terminer leur r\u00f4le potentiel dans la transmission du virus (Deja-Sikora et al., 2023).<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">M\u00e9thodes de d\u00e9tection<\/h2>\n\n\n\n<p>L\u2019identification des souches de PVY repose principalement sur les sympt\u00f4mes qu\u2019elles induisent dans les plantes indicatrices, telles que le tabac et certaines vari\u00e9t\u00e9s de pommes de terre porteuses de g\u00e8nes de r\u00e9sistance (Singh et al., 2008). Les souches sont alors class\u00e9es en fonction de crit\u00e8res sp\u00e9cifiques, tels que les sympt\u00f4mes de mosa\u00efque ou de n\u00e9crose des nervures. Cependant, cette m\u00e9thode demeure lente et n&rsquo;est pas adapt\u00e9e \u00e0 un diagnostic \u00e0 haut d\u00e9bit (Glais et al., 2017). Les techniques s\u00e9rologiques, telles que l&rsquo;ELISA (<em>enzyme-linked immunosorbent assay<\/em>), utilisent des anticorps polyclonaux et monoclonaux pour d\u00e9tecter le PVY. Cette approche est largement privil\u00e9gi\u00e9e en raison de sa fiabilit\u00e9, de son faible co\u00fbt et de sa capacit\u00e9 \u00e0 traiter un grand nombre d\u2019\u00e9chantillons. Pour accro\u00eetre l\u2019exactitude des tests, l\u2019utilisation d\u2019un cocktail d&rsquo;anticorps monoclonaux est recommand\u00e9e afin d\u2019\u00e9largir la sp\u00e9cificit\u00e9 (Glais et al., 2017). Les tests PCR (<em>polymerase chain reaction<\/em>) et RT-PCR (<em>reverse transcription-PCR<\/em>) permettent une identification tr\u00e8s pr\u00e9cise des souches de PVY, offrant une grande sensibilit\u00e9 et sp\u00e9cificit\u00e9, notamment pour distinguer des souches comme <em>PVYNTN<\/em> et <em>PVYN<\/em> (Glais et al., 2017). La RT-PCR multiplexe est particuli\u00e8rement utile pour d\u00e9tecter les infections mixtes et pour la surveillance efficace de la propagation du virus dans les cultures de pommes de terre (Lorenzen et al., 2006). Ces m\u00e9thodes ont significativement am\u00e9lior\u00e9 la d\u00e9tection de PVY, m\u00eame dans des contextes complexes o\u00f9 les approches biologiques et s\u00e9rologiques \u00e9taient insuffisantes.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Strat\u00e9gies de contr\u00f4le<\/h2>\n\n\n\n<p>La certification des semences joue un r\u00f4le crucial dans la r\u00e9duction de la propagation du PVY, car les tubercules de semence constituent la principale source d&rsquo;inoculum (Gray and Power, 2018). Cependant, l&rsquo;\u00e9mergence de nouvelles souches difficilement d\u00e9tectables visuellement et l&rsquo;utilisation de cultivars asymptomatiques ont rendu n\u00e9cessaires l&rsquo;adoption de m\u00e9thodes int\u00e9gr\u00e9es de gestion (Schramm et al., 2011). Des strat\u00e9gies telles que l&rsquo;exclusion spatiale et temporelle, consistant \u00e0 s\u00e9parer la production commerciale de semences et \u00e0 ajuster les dates de plantation pour \u00e9viter les migrations de pucerons, se sont r\u00e9v\u00e9l\u00e9es efficaces (Gray and Power, 2018). Le contr\u00f4le des pucerons vecteurs demeure une priorit\u00e9, bien que des alternatives \u00e9cologiques, comme la cavitation hydrodynamique, offrent des solutions innovantes pour limiter la propagation sans recourir aux produits chimiques (Filipic et al., 2022). La culture de vari\u00e9t\u00e9s r\u00e9sistantes reste une m\u00e9thode essentielle, bien que les souches r\u00e9centes, telles que <em>PVYNTN<\/em>et <em>PVYN-Wi<\/em>, soulignent la n\u00e9cessit\u00e9 d&rsquo;une r\u00e9sistance plus large (Manasseh, 2023). Enfin, les biotechnologies, telles que la <strong>RNAi (<\/strong><em>RNA interference<\/em><strong>), <\/strong>les <strong>amiARNs (<\/strong><em>artificial microRNAs<\/em><strong>), <\/strong>etla technologie <strong>CRISPR\/Cas13 (<\/strong><em>Clustered Regularly Interspaced Short Palindromic Repeats<\/em><strong>),<\/strong> sont explor\u00e9es pour renforcer la r\u00e9sistance g\u00e9n\u00e9tique contre le PVY (Routhu et al., 2023; Zhan et al., 2023).<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Situation dans la r\u00e9gion M\u00e9diterran\u00e9enne<\/h2>\n\n\n\n<p>Le PVY est largement pr\u00e9sent dans de nombreux pays m\u00e9diterran\u00e9ens et constitue l\u2019un des virus les plus r\u00e9pandus dans la r\u00e9gion (Abdalla et al., 2016; Djilani-Khouadja et al., 2010; Larbi et al., 2012). Il a \u00e9t\u00e9 d\u00e9tect\u00e9 au Maroc (Chibane, 1999), en Tunisie (Boukhris-Bouhachem et al., 2007), en \u00c9gypte (Abdalla et al., 2016), et en Alg\u00e9rie (Allala-messaoudi et al., 2019). Dans le contexte alg\u00e9rien, une \u00e9tude men\u00e9e entre 2014 et 2016 a montr\u00e9 que le <strong>PVY<\/strong> repr\u00e9sentait 93% des \u00e9chantillons infect\u00e9s (Allala-messaoudi et al., 2019). En Tunisie, l\u2019incidence du PVY \u00e9tait \u00e9lev\u00e9e (90,2%), avec les souches dominantes <strong>PVYN<\/strong> et <strong>PVYNTN<\/strong> (Djilani-Khouadja et al., 2010). En \u00c9gypte, des enqu\u00eates r\u00e9alis\u00e9es entre 2010 et 2016 ont r\u00e9v\u00e9l\u00e9 plusieurs souches recombinantes de PVY, principalement <strong>PVYN<\/strong>, <strong>PVYNTN<\/strong>, et <strong>PVYN-Wi<\/strong> (Elwan et al., 2021, 2017). Les variations g\u00e9n\u00e9tiques de PVY, notamment les recombinaisons de souches, ont \u00e9t\u00e9 fr\u00e9quemment observ\u00e9es dans la r\u00e9gion, affectant principalement les cultures de pommes de terre.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Conclusions et perspectives d\u2019avenir<\/h2>\n\n\n\n<p>Le <strong>PVY<\/strong> repr\u00e9sente une menace majeure pour la culture de la pomme de terre, notamment en raison de l\u2019\u00e9mergence de souches recombinantes s\u00e9v\u00e8res telles que <strong>PVYNTN<\/strong>, difficiles \u00e0 d\u00e9tecter et capables de provoquer des pertes \u00e9conomiques importantes. La complexit\u00e9 de sa d\u00e9tection, li\u00e9e \u00e0 sa diversit\u00e9 g\u00e9n\u00e9tique, ainsi que les options de contr\u00f4le encore limit\u00e9es, rendent sa gestion particuli\u00e8rement d\u00e9licate.<\/p>\n\n\n\n<p>Une gestion durable et efficace du PVY repose sur une compr\u00e9hension approfondie de sa g\u00e9n\u00e9tique, de sa diversit\u00e9 et de la dynamique de ses populations virales. Le d\u00e9veloppement de cultivars r\u00e9sistants, associ\u00e9s \u00e0 l\u2019utilisation de nouvelles technologies de modification g\u00e9n\u00e9tique telles que CRISPR ou le <em>spray-induced gene silencing<\/em> (SIGS), offrent des perspectives prometteuses \u00e0 long terme. Par ailleurs, la caract\u00e9risation locale des isolats, l&rsquo;identification des vecteurs aphidiens et des h\u00f4tes secondaires, ainsi que l\u2019\u00e9valuation de la pr\u00e9valence du virus dans diff\u00e9rentes r\u00e9gions, constituent des axes de recherche essentiels. Ces travaux permettront de mieux comprendre l\u2019\u00e9pid\u00e9miologie du PVY et de d\u00e9velopper des strat\u00e9gies de lutte adapt\u00e9es et int\u00e9gr\u00e9es, \u00e0 l\u2019\u00e9chelle locale comme internationale.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">R\u00e9f\u00e9rences bibliographiques<\/h2>\n\n\n\n<p>Abdalla, O., Eraky, A., Mohamed, S., Fahmy, F., 2016. Molecular Identification of Viruses Responsible for Severe Symptoms on Potato (Solanum sp.) growing in Assiut Governorate (Upper Egypt). Int. J. Virol. Stud. Res. 4, 29\u201333. https:\/\/doi.org\/http:\/\/dx.doi.org\/10.19070\/2330-0027-160005<\/p>\n\n\n\n<p>Allala-messaoudi, L., Glais, L., Kerkoud, M., Boukhris-bouhachem, S., Bouznad, Z., 2019. Preliminary characterization of potato virus Y (PVY) populations in Algerian potato fields. J. Plant Pathol. 101, 1\u201314. https:\/\/doi.org\/10.1007\/s42161-018-0103-1<\/p>\n\n\n\n<p>Bahrami Kamangar, S., 2021. 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