La prédiction agrométéorologique des rendements céréaliers au Maroc. Par Dr Riad BALAGHI, Chercheur – INRA Rabat

Dr Riad Balaghi, Chercheur, Chef du Département de l’Environnement et des Ressources Naturelles, INRA Rabat

Dr Riad Balaghi, Chercheur, Chef du Département de l’Environnement et des Ressources Naturelles, INRA Rabat

La sécurité alimentaire repose sur une céréaliculture sensible aux aléas climatiques, aussi bien au Maroc que dans le monde. La production nationale de céréales est fortement exposée au risque climatique car elle est essentiellement localisée dans les zones arides et semi arides présentent des ressources en sol et en eau limitées et marginales par rapport aux besoins de croissance des cultures. En année moyenne la production céréalière nationale ne couvre pas les besoins alimentaires du pays. Ces besoins sont en partie assurés par les importations qui pèsent lourdement sur la balance commerciale du pays. Le poids du déficit est appelé à croître en raison de l’augmentation des prix des produits céréaliers sur le marché international qui est due à une demande soutenue, à la hausse du coût de certains intrants, à l’utilisation des matières premières agricoles pour la production de biocarburants et aux conséquences du changement climatique.

Le suivi de la campagne agricole ainsi que la prédiction des récoltes est une composante essentielle de la gestion du risque climatique. Dans le monde développé, mais surtout dans les pays en voie de développement, peu d’expériences de systèmes opérationnels et fiables de prédiction des récoltes agricoles sont connues. Dans les pays disposant de tels systèmes, on se rend compte qu’ils sont souvent la résultante d’une bonne gouvernance climatique avec la mise en place de programmes de recherche appliquée à long terme et des équipes dédiées.

L’intérêt d’étudier le climat et son impact sur la céréaliculture, pour prédire les récoltes céréalières, a été suscité, pour la première fois à l’INRA, par la sécheresse du siècle survenue durant la campagne agricole 1994-1995. Cette sécheresse a mis en relief la nécessité d’investir dans la recherche agrométéorologique afin de développer des méthodologies et des outils de prédiction des récoltes céréalières, qui soient peu coûteux, efficaces et rapides. Le programme de recherche à long termes entrepris, depuis le début des années 1990, à l’Institut National de la Recherche Agronomique (INRA) dans le domaine de l’agrométéorologie opérationnelle a ainsi permis de développer des approches scientifiques pour prédire les récoltes céréalières, mettant à contribution des informations agronomiques, météorologiques et satellitaires ainsi que des techniques statistiques d’analyse, parfois simples et d’autres fois très pointues.

Grâce à un développement technologique, entrepris depuis 2007 en collaboration avec le Centre de Recherche Commun de l’Union Européenne, ces approches scientifiques ont été formalisées dans un système national de prédiction des récoltes céréalières, appelé « CGMS_MA » (CropGrowth Monitoring System – Maroc). Le développement du système a également été appuyé par des institutions de recherche européennes et financé en partie par l’Union Européenne. Le système CGMS_MA est piloté par l’INRA et géré en consortium formel avec la Direction de la Météorologie Nationale (DMN) et la Direction de la Stratégie et des Statistiques (DSS) du Ministère de l’Agriculture.

Le CGMS_MA est le premier système opérationnel de prédiction agrométéorologique des récoltes céréalières au Maroc, institutionnalisé par un partenariat stratégique qui permet son développement et sa pérennisation. Il permet de prédire les récoltes céréalières à l’échelle nationale, au niveau des zones agro-écologiques et à l’échelle des provinces. Le système CGMS_MA est utilisé par le Ministère de l’Agriculture et de la Pêche Maritime, en appoint des enquêtes statistiques standard de terrain, pour réaliser le suivi de la campagne agricole et estimer précocement la production céréalière. L’intérêt additionnel de ce système de prédiction est qu’il permettrait d’aborder le marché international des céréales dans les meilleures conditions. Il permettrait également de planifier à l’avance les aides aux agriculteurs, de quantifier les impacts des sécheresses lorsqu’elles surviennent dans la perspective d’indemnisations par l’assurance agricole par exemple.

Cette recherche scientifique de long terme entreprise par l’INRA a été publiée dans un livre novateur de vulgarisation scientifique avancée, qui expose les étapes d’élaboration des approches de prédiction développées à l’INRA ainsi que les technologies utilisées par le système CGMS_MA. Ce livre est destiné aux professionnels, praticiens, universitaires et étudiants désirant comprendre comment le climat agit sur la production agricole au Maroc et comment utiliser ce savoir pour appuyer la gestion du risque climatique de façon générale et prédire les récoltes céréalières en particulier. Il présente également une mise en perspective des connaissances actuelles, par rapport aux approches éprouvées par le passé, dans le domaine de l’écologie végétale et de l’agrométéorologie opérationnelle.

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