TOLERANCE A LA SECHERESSE CHEZ L’OLIVIER : IDENTIFICATION DE MARQUEURS MORPHO-PHYSIOLOGIQUES DISCRIMINANTS ET CLASSEMENT DE 32 VARIETES. Par Rachid Razouk et Ahmed El Bakkali

Dr Rachid Razouk, Chercheur en agrophysiologie des arbres fruitiers et de l’olivier (URAPV - CRRA Meknès)

Dr Rachid Razouk, Chercheur en agrophysiologie des arbres fruitiers et de l’olivier (URAPV – CRRA Meknès)

La sécheresse est le stress environnemental majeur qui affecte fréquemment et significativement les niveaux des productions agricoles au Maroc. Les efforts déployés par l’Etat en termes de gestion et d’économie d’eau en agriculture, dont les plus importants sont la construction des barrages et la promotion de l’irrigation localisée, restent désormais insuffisants pour satisfaire la demande en eau qui augmente continuellement, conjuguée à la faiblesse et l’irrégularité de la pluviométrie (Hssaisoune et al., 2020). D’autres stratégies devraient donc être prises en agissant en aval pour consolider ces efforts, notamment en matière d’optimisation de l’irrigation déficitaire et la sélection de matériel végétal tolérant à la sècheresse. Ces stratégies, faisant appel à la recherche agronomique, sont toutes les deux intéressantes à entreprendre, bien que la deuxième stratégie semble plus justifiée dans le cas de l’olivier, étant largement cultivé en pluvial ou sous régimes sévères d’irrigation déficitaire. En outre, la sélection de variétés d’olivier tolérantes à la sécheresse est un objectif de recherche prometteur en raison de la rusticité de l’espèce et de sa tolérance connue à la sécheresse.

Dans ce contexte, deux essais complémentaires ont été menés sur une collection de variétés méditerranéennes d’olivier au domaine expérimental de l’INRA à Ain Taoujdate. Le premier essai a consisté en l’évaluation de la réponse au stress hydrique, induit tout au long du cycle de croissance des arbres, chez cinq variétés : « Arbequine », « Frantoio », « Madural », « Picholine Marocaine » et « Seviellanca ». En effet, pour chacune de ces variétés, deux régimes hydriques, pluvial et irrigué, ont été comparés sur la base des niveaux de croissance végétative (surface foliaire, densité du feuillage) et de production (rendement en fruit, rendement en huile, calibre du fruit, teneur en huile). Dans le deuxième essai, un screening morpho-physiologique pour la tolérance à la sècheresse a été réalisé sur 32 variétés, incluant celles testées pour la réponse au stress hydrique dans le premier essai. Ce screening s’est basé sur certains traits liés à l’efficience d’utilisation de l’eau et la régulation du statut hydrique chez l’olivier, à savoir : nombre de feuilles par inflorescence, nombre de feuilles par 10 cm de la pousse (densité du feuillage), surface foliaire, densité du bois, élasticité du pétiole, taux de déshydratation de feuilles détachées à 30°C, densité stomatique et taille des stomates (évaluée par mesure de la longueur du pore stomatique).

La démarche méthodologique a consisté en fait à identifier les traits morpho-physiologiques significativement corrélés à la réponse de l’olivier au stress hydrique chez un certain nombre de variétés (premier essai) et dresser ainsi, par extrapolation des corrélations, un classement des variétés en collection pour la tolérance à la sécheresse sur la base des traits discriminants identifiés (deuxième essai).

Tableau 1. Production et croissance végétative de cinq variétés d’olivier sous régimes irrigué et pluvial

Tableau 1. Production et croissance végétative de cinq variétés d’olivier sous régimes irrigué et pluvial.

Les résultats acquis dans le premier essai ont fait ressortir que la « Picholine Marocaine » était la plus tolérante au stress hydrique, suivie des deux variétés « Seviellanca » et Frantoio ». Alors que la plus sensible était la variété « Arbequine », suivie de « Madural » (Tableau 1). En effet, chez la picholine Marocaine le passage au régime pluvial a induit des chutes significatives de fruits et de feuilles, ayant généré des réductions significatives, mais moins importantes comparativement aux autres variétés, du niveau de rendement et densité du feuillage, sans affecter significativement le poids moyen du fruit et la surface foliaire. Cependant, chez la variété Arbequine, la chute du rendement suite au passage au régime pluvial a été très marquante, avec un rendement moyen par arbre de 0,60 kg de fruits et 0,11 kg d’huile.

Les corrélations testées sur les cinq variétés entre les taux des réductions des paramètres de production et végétatifs induits par le stress hydrique (moyennes en pluvial/moyennes en irrigué), d’une part et les valeurs moyennes de leurs traits morpho-physiologiques, d’autre part, ont permis d’identifier quatre indicateurs discriminants de la tolérance à la sècheresse chez l’olivier, à savoir : nombre de feuilles par inflorescence, densité stomatique, taille des stomates et taux de déshydratation de feuilles détachées à 30°C (Tableau 2). Elles ont indiqué ainsi que les variétés d’olivier tolérantes à la sécheresse sont caractérisées par un ratio « feuilles/inflorescences » élevé, une faible densité stomatique, des stomates de petite taille et une faible perte d’eau par transpiration foliaire, et vice-versa.

Tableau 2. Matrice de corrélation entre les ratios " (P)/(I) " et les valeurs moyennes des traits morpho-physiologiques observés sur les cinq variétés d’olivier testées

Tableau 2. Matrice de corrélation entre les ratios  » (P)/(I)  » et les valeurs moyennes des traits morpho-physiologiques observés sur les cinq variétés d’olivier testées.

Tableau 3. Classement des variétés d’olivier pour la tolérance à la sècheresse par la méthode des scores basé sur les traits morpho-physiologiques discriminants

Tableau 3. Classement des variétés d’olivier pour la tolérance à la sècheresse par la méthode des scores basé sur les traits morpho-physiologiques discriminants.

Sur la base des variations de ces quatre traits au sein de la collection variétale d’olivier, un classement de 32 variétés pour la tolérance à la sécheresse a été donc dressé suivant la méthode d’attribution de scores (Tableau 3) (Gerfel et al., 2007). Celle-ci a consisté à accorder des scores allant de 1 à 5 aux classes de moyennes homogènes de chaque trait, révélées par le test de comparaison des moyennes de Student-Newman et Keuls (SNK). Ceci, en affectant un score maximal de 5 aux valeurs indiquant un bon niveau de tolérance à la sécheresse : valeurs maximales pour le nombre de feuilles par inflorescence et valeurs minimales pour la densité stomatique, taille des stomates et taux de déshydratation de feuilles détachées. Il en ressort que la « Picholine Marocaine » s’est révélée la plus tolérante de la collection étudiée, suivie de « Lichin de Sevilla », « Americano », « Azeradji » et « Meslalla ». Cependant, la variété « Arbequine » s’est montrée la moins tolérante, suivie de « Madural », « Celina », « Craputea », « Morisca » et « Vernina ».

Cette étude a permis à présent d’identifier quatre marqueurs morpho-physiologiques potentiels pour l’évaluation de la tolérance au stress hydrique chez l’olivier, sur la base d’une analyse comparative entre régimes irrigué et pluvial chez cinq variétés. Les marqueurs identifiés ont permis ainsi de dresser un classement de 32 variétés, en collection à l’INRA de Meknès, pour la tolérance à la sècheresse par extrapolation des corrélations. Les résultats de cette étude sont ainsi importants pour l’orientation du choix variétal en zone d’aridité prononcée et aussi pour les recherches en amélioration génétique de l’espèce face aux changements climatiques.

Références :

Hssaisoune, M., Bouchaou, L., Sifeddine, A., Bouimetarhan, I., Chehboun, A. Moroccan groundwater resources and evolution with global climate changes. Geosciences. 2020, 10(81) :2-26.

Guerfel, M., Boujnah, D., Baccouri, B., Zarrouk, M. Evaluation of morphological and physiological traits for drought tolerance in 12 Tunisian olive varieties (Olea europaea L.). Journal of Agronomy. 2007, 6(2), 356-361.

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