TOLERANCE AU STRESS HYDRIQUE DE QUELQUES VARIETES DE POMMIER EN CULTURE DANS LE MOYEN ATLAS. Par Mohamed El Kadi(1,2), Rachid Razouk(1), Jamal Charafi(1) et Saïd Bouda(2)

Mohamed El Kadi, Doctorant INRA-CRRA Meknès / FST Beni Mellal

Mohamed El Kadi, Doctorant INRA-CRRA Meknès / FST Beni Mellal

Le bassin méditerranéen est parmi les régions les plus vulnérables à la sécheresse, aussi bien actuellement que dans les années à venir comme prédit par les différents scénarios climatiques. Certaines investigations dans ce domaine mettent en garde contre des impacts significatifs à la fois sur les précipitations moyennes et la variabilité des systèmes hydrologiques, avec une diminution prévisionnelle de 20% de la disponibilité en eau. Au Maroc, la température moyenne a augmenté de 0.42 °C par décennie depuis 1990 et les précipitations ont diminué de plus de 20% entre 1961 et 2005. Cette situation déjà alarmante serait aggravée dans les années futures selon les prévisions climatiques qui indiquent que l’augmentation de l’aridité se poursuivra au Maroc, par une hausse supplémentaire de la température de 1.5 °C d’ici 2050 suivant le scénario climatique RCP4.5, ou 2°C suivant le scénario RCP8.5, associée à une baisse des précipitations de l’ordre de 15%.

La réduction des disponibilités hydriques, conjuguée à une forte demande en eau, impose aux agriculteurs marocains l’adoption de programmes d’irrigation déficitaire avec une surexploitation des eaux souterraines, dont la gravité pourrait augmenter dans l’avenir comme prévue par les changements climatiques. Les acteurs agricoles marocains sont donc appelés à développer des réflexions pour l’adoption de stratégies durables d’économie d’eau, notamment pour les cultures les plus exigeantes en eau, dont fait partie une grande partie des arbres fruitiers. Pour faire face à la pénurie d’eau, les travaux de recherche se focalisent sur deux stratégies principales : (i) l’utilisation de techniques innovantes et précises de gestion de l’irrigation déficitaire capables d’améliorer l’efficience d’utilisation de l’eau, tout en minimisant l’impact sur le potentiel productif des cultures, et (ii) l’utilisation de matériel végétal moins exigeant en eau ou tolérant au stress hydrique avec un impact minimal sur le rendement et la qualité du fruit.

C’est dans cette seconde optique où s’est inscrit un travail de caractérisation de 11 variétés de pommier, en collection au domaine expérimental de l’INRA à Annoceur, pour la tolérance au stress hydrique en période de croissance du fruit. En effet, un niveau de stress hydrique sévère, équivalent à 50% de l’évapotranspiration de la culture (ETc), a été appliqué du stade nouaison à la récolte sur les onze variétés, en comparaison à une irrigation à la demande (100% ETc). L’objectif était d’évaluer le degré de tolérance et/ou sensibilité des variétés de pommier au stress hydrique ainsi que d’approfondir les connaissances en termes de mécanismes physiologiques d’adaptation. Les observations ont concerné le rendement et ses composantes, la croissance végétative, le comportement stomatique ainsi que l’accumulation de proline et cires cuticulaires au niveau foliaire.

Les résultats obtenus ont montré que les onze variétés ont été affectées différemment par le stress hydrique pour l’ensemble des traits observés (Tableaux 1 et 2). Le niveau de rendement et ses composantes ont été maintenus chez les deux variétés Burki gala et Royal gala sous déficit hydrique. Cependant, des réductions importantes en termes de rendement ont été enregistrées chez les autres variétés, allant de 42% pour Golden smoothee à 93% pour Golden reinders, comparativement à l’irrigation complète. Ces réductions du rendement ont été liées à une accentuation des chutes des fruits (24 à 88% suivant les variétés), combinée à une diminution significative du poids du fruit (21 à 44%), excepté chez la variété Galaval, pour laquelle la diminution du rendement était originaire d’une accentuation des chutes des fruits sans effet significatif sur le poids du fruit.

En termes de croissance végétative, le déficit hydrique appliqué a significativement réduit la surface foliaire et l’allongement des pousses chez certaines variétés. Alors que la densité de feuillage et la concentration des pigments chlorophylliens sont restées inchangées pour l’ensemble des variétés testées (Tableau 1). En effet, la surface foliaire a été significativement réduite de 3 à 68% en réponse au déficit hydrique chez 9 variétés. Les réductions les plus élevées, de plus de 50%, ont été relevées chez les quatre variétés Golden reinders, Washinton spur, Galaval et Golden delicious. Les réductions les plus faibles, de moins de 10%, ont été observées chez les variétés Brookfield et Jeromine. Cependant, la surface foliaire n’a pas été affectée chez les deux variétés Burki gala et Ozanne golden. Quant à l’allongement des pousses, il a été significativement affecté chez 6 variétés. Le taux de réduction le plus élevé pour ce paramètre a été enregistré pour les variétés Golden reinders (24%) et Fuji zen (32%), alors que le taux le plus faible a été observé pour les trois variétés Burki gala (6%), Golden smoothee et Jeromine (8%).

Il ressort de cette analyse descriptive des effets que le classement des variétés pour la tolérance au stress hydrique diffère selon le trait mesuré. Cependant, la classification hiérarchique des variétés suivant la méthode UPGMA, basée sur les ratios moyens de l’ensemble des traits entre l’irrigation déficitaire et l’irrigation complète (indice de stabilité), a fait ressortir 3 principaux groupes homogènes au sein des 11 variétés (Figure 1). Le premier groupe (C1) est constitué des deux variétés Burki gala et Royal gala dont le niveau de rendement et le calibre du fruit n’ont pas été affectés par le stress hydrique, classées ainsi plus tolérantes parmi les variétés testées. Toutefois, ces deux variétés ont été moyennement affectées pour certains traits végétatifs, notamment au niveau de leur surface foliaire, ce qui pourrait indiquer leur sensibilité à moyen (ou long) terme au déficit hydrique. Le deuxième groupe (C2) renferme uniquement la variété Golden reinders, dont le niveau de production et calibre du fruit ont été dramatiquement affectés par le stress hydrique, en plus de réductions importantes en termes de croissance des pousses et surface foliaire. Cependant, le troisième groupe (C3) regroupe les autres variétés, classées à des niveaux intermédiaires en termes de tolérance au stress hydrique.

A la lumière des résultats obtenus, un premier classement des variétés de pommier étudiées pour la tolérance au stress hydrique a été dressé en se basant sur des traits de production, végétatifs et physiologiques. Notons que ce travail est en continuité à l’INRA de Meknès sur une durée de deux années supplémentaires, en vue de confirmer le classement avancé et inclure d’autres variétés de pommier en collection, avec un approfondissement des connaissances en termes de mécanismes physiologiques impliqués dans la tolérance du pommier au stress hydrique. Les résultats de cette étude peuvent être exploités à différents niveaux, dont l’orientation du choix variétal sous contrainte hydrique et l’identification de pools génétiques en termes de tolérance à la sécheresse, pouvant être utilisés dans les programmes d’amélioration génétique du pommier.

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(1) : INRA – CRRA Meknès

(2) : FST – Beni Mellal

Ce travail de recherche est réalisé au titre d’une thèse de doctorat.

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