Contribution à l’établissement des normes de fertilisation du pommier au Moyen Atlas. Par Dr Rachid Razouk (Chercheur, CRRA Meknès)

Dr Rachid Razouk, chercheur en agrophysiologie des arbres fruitiers et de l’olivier, URAPV - CRRA Meknès
Dr Rachid Razouk, chercheur en agrophysiologie des arbres fruitiers et de l’olivier, URAPV – CRRA Meknès

Pour améliorer leur compétitivité et assurer la durabilité de la qualité de leurs sols, les agriculteurs doivent constamment améliorer l’efficience de la fertilisation de leurs cultures. Cet objectif peut être atteint par la détermination du niveau critique de chaque élément nutritif. Il est à rappeler que ce niveau critique correspond à la concentration dans le sol au-dessus de laquelle la culture ne répond plus à l’apport de ce fertilisant. La détermination de ce niveau est basée sur des essais de doses croissantes de l’élément nutritif à différents niveaux de richesse du sol.

En arboriculture fruitière, la détermination précise des besoins en nutriments est particulièrement difficile. En effet, les nutriments et les métabolites peuvent être stockés dans le bois pour être utilisés l’année suivante par les pousses en croissance. A ces difficultés s’ajoutent celles liées à la migration des nutriments dans le sol et à la particularité du système racinaire des arbres.

L’analyse du sol permet de quantifier la richesse en éléments nutritifs du sol et d’estimer les besoins en engrais, mais n’indique pas leur utilisation par les arbres. Cependant, l’analyse foliaire est un outil efficace pour évaluer l’état nutritionnel des arbres et pour réajuster les besoins en engrais en tenant compte des facteurs qui peuvent affecter la disponibilité des nutriments et leur absorption par les racines. Ainsi, une carence en phosphore peut être expliquée par une faible concentration de ce nutriment dans le sol, une inhibition de son absorption en sol calcaire, ou par l’effet combiné de ces deux conditions. L’analyse foliaire révèle également des déficiences induites par certaines pratiques de fertilisation. Par exemple, une carence en potassium peut être induite par une fertilisation excessive en azote du fait que la croissance végétative issue de l’azote génère des besoins importants en potassium. L’analyse foliaire fournit des informations sur l’assimilation des engrais et, pour cette raison, elle complète l’analyse du sol.

Au Maroc, les travaux dans ce domaine sont limités, en particulier pour le pommier. Jusqu’à présent, l’interprétation des analyses des sols et foliaires pour les pommeraies marocaines est basée sur des normes de référence établies dans d’autres pays producteurs tels les États-Unis, la France, les Pays-Bas, le Royaume-Uni et l’Afrique du Sud. L’établissement de normes sous les conditions locales est donc nécessaire pour une gestion efficiente de la fertilisation des vergers marocains en tenant compte des pratiques agricoles et des performances locales de production. Pour cet objectif, un travail de caractérisation de l’état nutritionnel de 40 vergers de pommier en relation avec les pratiques de fertilisation et le potentiel de production a été mené dans la zone d’Imouzzer Kandar, une des principales zones de production de cette culture au Moyen Atlas. Les analyses du sol (0-35 cm) et du sous-sol (35-70 cm) ont concerné la terre fine, la texture, le calcaire total, le calcaire actif, le pH, la matière organique, l’azote total, le phosphore assimilable (P2O5) et les cations échangeables (K, Ca et Mg). Quant aux analyses foliaires, réalisées entre 65 et 75 jours après pleine floraison (troisième décade de Juin), elles ont concerné l’azote, le phosphore, le potassium, le calcium et le magnésium. En plus de ces analyses, une étude enquête a été réalisée auprès des producteurs sur les techniques culturales adoptées et les rendements obtenus. Il importe de noter que l’étude a concerné uniquement des vergers âgés de 12 à 15 ans, conduits en goblet à une densité de 667 arbres/ha (5×3 m) et basés sur la variété Golden delicious greffée sur MM106, cultivée en association avec la variété Starking delicious comme pollinisateur.

Normes de référence pour les analyses foliaires

Le niveau de rendement en vergers de pommier étudiés a varié en fonction des teneurs foliaires en éléments nutritifs suivant des équations polynomiales significatives (0,010<p<0,045). Selon les valeurs des coefficients de détermination des équations établies (r2), soit de 0,57 à 0,92 selon les éléments nutritifs, il a été constaté que le rendement était plus déterminé par les teneurs foliaires en potassium et azote que celles en phosphore, calcium et magnésium. Ce résultat a été également constaté par d’autres auteurs sur des cultures, autres que le pommier, telles que le poirier et le kiwi. Les courbes de ces équations ont indiqué que les normes de référence de l’analyse foliaire pour un rendement élevé en pommes dans la zone d’étude étaient de 2,75 à 3% pour l’azote, 0,20 à 0,22% pour le phosphore, 1,90 à 2,10% pour le potassium, 1,30 à 1,45% pour le calcium et 0,25 à 0,28% pour le magnésium (Tableau 1). La figure 1 montre la relation entre le rendement en pommes et la teneur foliaire en azote, selon un modèle de régression quadratique. En comparaison avec d’autres pays, ces normes sont similaires à

Figure 1 : Relation entre le rendement et la teneur foliaire en azote en vergers de pommier du Moyen Atlas

Figure 1 : Relation entre le rendement et la teneur foliaire en azote en vergers de pommier du Moyen Atlas

celles adoptées en France pour tous les macronutriments analysés sauf l’azote. Pour cet élément, comme pour tous les macronutriments analysés, à l’exception du potassium, les normes trouvées dans le Moyen Atlas sont similaires aux normes du Royaume-Uni. Cependant, en comparaison avec les normes américaines, les concordances ont été trouvées seulement pour le phosphore et le calcium.

Les normes trouvées impliquent que les ratios optimaux entre les concentrations de nutriments au niveau foliaire doivent être compris entre 1,38 et 1,63 pour le rapport N/K, 2 et 2,38 pour N/Ca, 1,31 et 1,61 pour K/Ca, 6,55 et 8,40 pour K/Mg et entre 4,48 et 5,80 pour Ca/Mg. Ces fourchettes de ratios sont en concordance avec les normes françaises pour N/K, K/Mg et Ca/Mg et avec les normes du Royaume-Uni pour N/Ca, K/Ca et Ca/Mg.

Normes de référence pour les analyses du sol

La relation entre les teneurs du sol et des feuilles en éléments nutritifs a été testée par analyse de régression logarithmique concernant P, K, Ca et Mg en tenant compte à la fois de la richesse initiale du sol et de la quantité d’engrais appliquée par l’agriculteur. Cependant, pour l’azote, la relation a concerné uniquement les apports en engrais azotés en raison du manque d’indications concernant la minéralisation de l’azote organique sous les conditions locales.

Les résultats ont montré que les teneurs en N, P, K, Ca et Mg au niveau foliaire sont significativement corrélées avec leurs teneurs au niveau du sol. Ainsi, pour chaque élément nutritif, les teneurs du sol correspondant aux normes de référence au niveau foliaire sont considérées comme des teneurs optimales pour obtenir un rendement élevé en pommes. Celles-ci peuvent être prises comme normes de référence pour l’interprétation des analyses du sol en vergers de pommiers de la zone d’étude en termes de P, K, Ca et Mg (Tableau 2).Toutefois, pour l’azote, les valeurs trouvées correspondent en fait aux apports optimaux en engrais azotés pour un rendement élevé en pommes, soit une moyenne de 88 kg/ha en sol argilo-limoneux et de 130 kg/ha en sol limono-sableux. Ces doses d’azote sont proches de celles généralement recommandées pour le pommier au Maroc. Elles le sont également pour les recommandations à l’ouest des États-Unis et à l’est du Canada. Cependant, elles sont supérieures aux recommandations françaises (50 kg/ha).

Comparativement aux normes d’interprétation du sol développées par Soltner (2000), les teneurs optimales en nutriments trouvées dans les sols argilo-limoneux sont classées comme faibles pour P, en classe « suffisante » pour K et en classe « élevée » pour Ca et Mg. Dans les sols limono-sableux, les valeurs optimales sont classées moyennes pour P et élevées pour K, Ca et Mg. Ce désaccord peut être lié en grande partie à la faiblesse du niveau de rendement au niveau de la zone d’étude qui est en moyenne de 26 t/ha, en raison des aléas climatiques (gelées, grêle) et la non maitrise des techniques culturales (irrigation, taille, protection phytosanitaire). Néanmoins, pour ce niveau moyen de rendement, les teneurs optimales en nutriments trouvées peuvent être utilisées comme normes de référence pour la région d’étude.

Tableau 1. Normes de référence pour l’interprétation des analyses foliaires du pommier (cv. Golden delicious) -           Tableau 2. Normes de référence pour l’interprétation des analyses du sol en verger de pommier à Imouzzer Kandar

Tableau 1. Normes de référence pour l’interprétation des analyses foliaires du pommier (cv. Golden delicious) – Tableau 2. Normes de référence pour l’interprétation des analyses du sol en verger de pommier à Imouzzer Kandar

Conclusion

En vergers de pommiers du Moyen Atlas, il existe de grandes variations en termes des niveaux de rendement, des apports d’engrais, de richesse du sol en éléments nutritifs et de leur concentration au niveau foliaire. Ces variations proviennent de différences dans les pratiques culturales, en particulier la fertilisation, car la relation entre le rendement en pommes et la teneur en éléments nutritifs au niveau du sol et des feuilles est significative. La relation entre le niveau de rendement et la teneur foliaire en nutriments a servi pour déterminer les normes de référence pour l’interprétation de l’analyse foliaire en N, P, K, Ca et Mg tenant compte des pratiques culturales et des conditions édapho-climatiques locales. De plus, la relation entre les teneurs foliaires en éléments nutritifs et leurs teneurs au niveau du sol a fait ressortir les besoins locaux en azote et les normes de référence pour l’interprétation de l’analyse du sol pour P, K, Ca et Mg. Cependant, il convient de souligner que les résultats trouvés sont en ordre préliminaire puisque l’étude a été menée pendant une année.

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